Sextett : un univers grinçant et délirant PDF Imprimer Envoyer
Spectacles - Théâtre
Écrit par Claudia Larochelle   
Mardi, 26 janvier 2010 09:49
Mise à jour le Mardi, 26 janvier 2010 12:16

Il ne se fait pas tant de comédies érotico-dramatiques. Encore moins sur fond d’onirisme. Sextett, présentée à Espace Go, en est une pure et dure. Sans nudité ou grande vulgarité, soyez rassurés – ou déçus... –,  elle met plutôt à l’avant-plan des émotions confondues et un soupçon d’audace que les déjantés aimeront. Pour ce qui est des puristes ou des conservateurs, c’est plus risqué…

C’est qu’il faut se laisser aller, s’abandonner d’une manière un peu extatique quand on assiste à une pièce qui triture quelques tabous tel que cette œuvre du Français Rémi De Vos, qui donne à voir dans une mise en scène d’Éric Vigner une distribution internationale avec la Portugaise Marie de Medeiros, dont on se rappelle les performances dans Pulp Fiction, Henry & June ou mieux encore, dans le grand et délicieux film La Lectrice, de Michel Deville.

Marie-France Lambert est impeccable de justesse dans la difficile peau… d’une chienne !  Photo courtoisie

Ses fans la retrouvent donc sur scène chez nous dans ce Sextett étrange, et découvrent peut-être surtout le Français Micha Lescott, un acteur poignant dans le rôle principal de Simon. Simon qui pète les plombs. Normal, direz-vous, puisque de retour à la maison de sa mère après son enterrement, ce jeune agent publicitaire devient la proie de cinq femmes aux pulsions sexuelles débridées. Cinq créatures  qui ne se ressemblent pas, intenses et impudiques, parfois violentes, qui se succèdent dans l’univers « simonesque » trouble. Comme elles cassent la baraque familiale à coups de mots, d’attitude, de soifs diverses, elles font bien sûr sourire.

Orgie de spécimens

Tiré à quatre épingle, plutôt efféminé, le Simon qui glisse dans une sorte de moon walk plus qu’il ne marche augmente l’absurdité de cet univers qui n’est possible que dans le rêve et le fantasme.

Existent-elles vraiment, ces assaillantes délurées comme cette Claire (Anne-Marie Cadieux), la collègue éprise qui questionne, ou encore Jane et Blanche, ces deux voisines chanteuses (Maria De Medeiros et Jutta Johanna Weiss), dont les chants apportent peu à l’histoire ?

Puis, il y a Sarah (Johanna Nizard), cette caricature de la femme ultra-refaite de la tête aux pieds, sorte d’imitation de la défunte Lolo Ferrari ou d’autres dont je tairai les noms… Un personnage très, très intéressant puisqu’elle incarne à elle seule l’amour, le sexe et la mort, et parce qu’elle nous fait côtoyer l’horreur et le beau, la frayeur et le refuge. Un paradoxe XXX juché sur des talons hauts de 18 centimètres qui doit être une partie de plaisir pour son interprète.

Le jeu semble tout aussi sportif pour une Marie-France Lambert, impeccable de justesse dans la difficile peau… d’une chienne ! Elle s’appelle Walkyrie, porte un collier et incarne l’animalité féminine, l’aspect sournois de celle qui peut mordre la main qui la nourrit. On est très loin de Cornemuse… Toutes les cinq rappellent à Simon qu’il est désormais libre, qu’il peut jouir sans la castration maternelle. Mais est-ce vraiment le nœud de son problème ?

Sextett transporte les spectateurs dans plusieurs directions, parfois trop rapidement dans des zones d’ombre qui mériteraient d’ailleurs d’être plus explorées à travers les décors très 70’s et délirants d’Éric Vigner. On ne se lasse pas de l’observer tant il s’inscrit à ravir dans les dialogues teintés d’un humour noir, brillant, grinçant. C’est plein de malaise. Le genre de situation théâtrale où il fait bon voir les réactions corporelles de son voisin de siège. J’en ai encore un sourire moqueur. En plein le genre de pièce qui secoue tout en montrant du doigt, sans appuyer, les différentes facettes de l’homme et de ses rapports à la mère et aux femmes dans notre société actuelle. Des heures de discussions s’ensuivent.

Sextett, de Rémi De Vos, est présenté à Espace Go jusqu’au 6 février.

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