Un suaire en Saran wrap: une oeuvre intime et rassembleuse à la fois PDF Imprimer Envoyer
Spectacles - Théâtre
Écrit par Claudia Larochelle   
Mercredi, 16 septembre 2009 07:19
Mise à jour le Mercredi, 16 septembre 2009 08:56

Ginette de Granby est morte du cancer le 1er janvier 2007. Ginette n’a jamais écrit de best-seller, n’est jamais passée à la télé, à part peut-être comme figurante, et ne prenait pas part à des missions spatiales révolutionnaires. Ginette était réceptionniste dans un camping. C’est là qu’elle connaissait ses minutes de gloire. Quand, dans un micro, elle s’adressait aux campeurs pour leur annoncer la pluie et le beau temps.

Dans une urne qu’elle a elle-même choisie « parce qu’elle lui allait bien », elle connaîtra ces prochains jours la popularité la plus grande de sa vie, sur scène, entre les mains de Manon Lussier, sa fille unique.

La comédienne présente jusqu’au 3 octobre à la Salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui Un suaire en Saran wrap, solo autobiographique de près d’une heure trente qu’elle a écrit et mis en scène inspirée par sa relation avec sa mère Ginette.

C’est après le salon funéraire, en rentrant chez elle en voiture avec l’urne de sa mère sur ses genoux, que Manon Lussier a eu le déclic, qu’elle a su
qu’elle devait créer à partir de la perte de sa mère, à partir aussi de sa voix qu’elle avait enregistrée sur dictaphone à la fin de sa vie, alors que
toutes deux savaient qu’elles ne se verraient plus jamais.

Accompagnée de ses paroles, de ses dernières respirations aussi, la comédienne s’est enfermée dans un loft du quartier Saint-Henri pour rassembler photos, lettres et objets ayant appartenu à la défunte. Elle a ensuite peaufiné son histoire qu’elle a présentée devant un petit groupe. Marie-Thérèse Fortin, du Théâtre d’Aujourd’hui, y était et a craqué pour cette œuvre intime et rassembleuse à la fois.

Manon Lussier a créé une pièce autobiographique inspirée par sa relation avec sa mère Ginette, aujourd'hui décédée. Photo courtoisie Geneviève Langlois

Instants cocasses, rires et... larmes

La fille de Ginette a surtout voulu rester authentique tout en rejoignant le plus de monde possible. « C’est un spectacle qui fait résonner notre propre regard sur nos parents, nos souvenirs d’enfance, ce qu’ils nous ont laissé, et sur la mort, la leur, la nôtre… », explique la créatrice qui ne fera pas que pleurer les spectateurs.

Bien sûr, quelques passages nous tirent quelques larmes, mais il y a aussi des bouts plus drôles, des instants cocasses qui enrayent toute trace de pathétisme ou de tragédie. « Depuis, j’ai une distance par rapport à l’événement. Quand elle choisi le buffet qu’elle offrira aux invités au salon funéraire et qu’elle demande qu’il n’y ait pas trop de cornichons… parce qu’ils en mettent toujours trop, ça m’a fait rire. Je la vois encore tout organiser ça pour que ce soit parfait. »

Ginette voulait que les choses soient bien faites. Manon Lussier estime qu’elle aurait aimé sa création. « Je sens que j’ai son accord », dit-elle en songeant à ses cendres qu’elle promènera de sa bibliothèque à la scène, soir après soir. Ginette n’est jamais loin de sa fille. Juste à y penser, la comédienne ressent moins le trac.



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