| Hélène Mercier, une Québécoise puissante en France |
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| Spectacles - Livres | ||||||||
| Écrit par Michel Larose | ||||||||
| Jeudi, 02 juillet 2009 09:24 | ||||||||
| Mise à jour le Vendredi, 03 juillet 2009 10:22 | ||||||||
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PARIS — Elle vient d’obtenir une importante couverture médiatique en France à l’occasion de la publication de son livre Au fil des notes. Hélène Mercier, pianiste concertiste québécoise, est l’épouse de Bernard Arnault, propriétaire de LVMH, numéro un mondial du luxe avec les marques Louis Vuitton, Moët et Chandon, Hennessy et les parfums Dior, première fortune de France selon le magazine Forbes et l’un des hommes les plus riches de la planète, au 15e rang.
C’est pourtant en toute simplicité qu’Hélène Mercier a donné une entrevue à RueFrontenac.com dans un restaurant parisien du VIIe arrondissement. Seule, sans relationniste, et curieuse de connaître le malheur qui frappe les 253 employés mis en lock-out par la direction du Journal de Montréal. Elle se gardera bien de prendre position, s’interrogeant toutefois sur le pragmatisme de cette décision. C’est la directrice littéraire de la maison d’édition Plon qui lui a proposé d’écrire ce livre. Le but de notre rencontre était de parler de cette publication, un journal de vie en fait. Mais la Québécoise, qui a un parcours impressionnant, est facilement sortie de son sujet pour livrer ses impressions sur la culture, l’identité québécoise, sa relation avec son fortuné mari, qui fait d’elle une femme puissante.
Le décès de sa sœur Madeleine, il y a plus d’une dizaine d’années, l’a bouleversée. Et ce fut la raison du livre. «Embarquée dans cette aventure, j’ai vu une occasion de rendre un hommage à ma sœur et de partager mes sentiments avec d’autres qui ont vécu cette expérience douloureuse de perdre un être cher pour leur transmettre une lueur d’espoir», dit-elle. «Avec ma sœur qui accompagne ce livre tel un ange gardien, je parle de musique classique à travers la vie, à travers les coulisses, les peurs, les doutes, les rendez-vous avec la plénitude, la rigueur, la discipline, tout ça sans chronologie», explique-t-elle d’entrée de jeu. «A priori, il n’y pas un ordre logique entre les passages, mais ça a été travaillé. Il y a des respirations voulues dans les moments plus denses ou plus pointus.» Un départ tragique De six ans son aînée, sa sœur Madeleine, souffrant de bipolarité et consommant des drogues douces depuis très longtemps, s’est suicidée. Le cocktail a-t-il joué un rôle dans son geste irréparable? «Peut-être, pense Hélène Mercier. On a trouvé par la suite à travers les études scientifiques que cela pouvait développer des psychoses et des maladies psychiatriques chez les personnes fragiles.» Ce départ tragique l’amène à se demander si elle sera encore capable de poursuivre sa carrière. Un soir après un concert, Lady Diana est allée dans sa loge et Hélène Mercier lui a exprimé ses sentiments. «Ce fut la première personne à qui j’ai parlé de la disparition de ma sœur et elle fut la première à me donner une lueur d’espoir. Par son ton, sa simplicité. Elle a su me réconforter. L’intimité s’est créée rapidement et je l’ai revue plusieurs fois», raconte-t-elle. «Lady Diana, que je ne connaissais pas beaucoup à l’époque, m’a dit que c’était normal que pour l’instant je ne ressente que le vide et le manque. Qu’il fallait que j’attende un peu, que je finirai par sentir ma sœur en moi et que même elle me protégerait. «C’est à ce moment que j’ai eu un déclic et que j’ai laissé petit à petit entrer ma sœur en moi, ça s’est fait surtout à travers la musique, qui était devenue pour moi une sorte de prière. Je n’avais jamais abordé la musique de cette façon. Lady Diana est probablement la femme qui m’a le plus subjuguée.» Identité culturelle Hélène Mercier a quitté le Québec à l’âge de 15 ans pour étudier le piano à Vienne. Elle a connu les chefs d’orchestre et les musiciens des pays de l’Est. Elle fut même témoin de la chute du mur de Berlin. Elle a compris le carcan politique. «La liberté de pensée est une valeur essentielle. Mais on ne peut être libre que dans un cadre structuré. Si vous n’avez que de la liberté, vous ne l’avez plus. Ça devient de l’anarchie. L’anarchie doit combattre la discipline et la discipline doit combattre l’anarchie. C’est important qu’il y ait les deux», dit-elle. «L’identité culturelle est importante. J’ai passé presque toute ma vie en Europe, mais manifestement il est resté quelque chose de mon enfance de très fort en moi. «Je ne sais pas si cette identité québécoise est aussi forte de nos jours. Je présente peut-être une vision du Québec complètement dépassée dans mon livre, uniquement à travers une nostalgie. C’est vrai que je ne connais pas le Québec d’aujourd’hui. Je n’y passe que trop peu de temps pour en avoir une vision juste. «Mais je garde le souvenir d’une enfance extraordinaire, un peu fantasque mais extraordinaire à tous points de vue. Ce rapport à la nature, cette liberté, pour un enfant, ce sens des valeurs, cette impression d’appartenir à une minorité, à un peuple différent de tous les autres, qui ne ressemble à aucun autre. Le Québécois est complètement à part. Il a une identité très forte», constate-t-elle. «Il faut savoir être idéaliste et pragmatique. Je crois beaucoup au pragmatisme, aux réalités économiques. C’est primordial de garder l’identité culturelle, mais aussi d’avoir des idéaux économiques. On ne peut survivre que sur une identité culturelle, mais ça ne passe pas forcément par une séparation politique. Ce n’est plus d’actualité. Ce n’est plus à l’ordre du jour mondialement de vouloir se séparer. Aujourd’hui avec Internet, les voyages, tout se fond un peu. Au Québec, il faut lier la culture à un pragmatisme économique, être moins frileux et timide sur ce plan-là. Se débarrasser un peu d’un complexe d’infériorité», estime la pianiste. La France «Je me sens très confortable en France. Paris est une grande capitale qui a un côté humain. On rencontre toutes sortes de gens, de pensées très diverses, de différents milieux. Je ne ressens pas le phénomène de la pensée unique comme aux États-Unis. Il y a un petit microcosme comme partout ailleurs dans le monde, mais à Paris, on a accès à toutes sortes de choses, notamment aux artistes. Il faut savoir repérer tout ça. «La France est un pays merveilleux par sa tolérance, ses demi-teintes, son sens de la nuance», observe-t-elle. «Le fait de vivre à l’étranger fut un défi pour moi, me permettant de me tirer vers le haut. Dès que vous vous retrouvez dans un milieu qui n’est pas votre milieu d’origine, que vous n’êtes pas toujours confortable, vous êtes toujours appelé à vous adapter, je trouve ça intéressant comme défi. Parce que vous vous améliorez tout en ne perdant pas votre identité de base. Pour moi, c’est un défi permanent. Je me sens encore étrangère dans ce pays. Et puis, je n’aime pas être confortable et rassurée», dira-t-elle. Son mari Si on ne choisit pas sa famille, on peut choisir son mari. C’est ce qu’elle raconte dans son livre. «Bernard était déjà allé au Québec en 1976, bien avant de me connaître. Il avait envie d’investir là-bas. Il avait un attrait pour le Québec et les Québécois. J’arrivais dans un terrain favorable en tant que Québécoise.» Elle vivait à Paris depuis de nombreuses années, ce n’était pas exceptionnel qu’elle le rencontre par hasard au cours d’une soirée chez des amis. «Je pense que pour un Français, notre façon d’être directs, sincères, inspire confiance. Pas snobs, avec un esprit d’indépendance qui plaît. Ça permet à mon mari d’avoir du répondant. Il aime que je lui tienne tête, ce qui diffère des femmes françaises, qui ont une attitude plutôt soumise. «J’ai la chance d’avoir un métier qui m’appartient. Il n’a pas de prise là-dessus», ajoute-t-elle, contente de se réaliser à travers son art tout en étant la mère de trois enfants. Elle donne une vingtaine de concerts par année, pas plus. Spécialiste des œuvres de Beethoven, la blonde pianiste veut rester créative, ne pas tomber dans une routine. Les pays de l’Est et l’Allemagne sont les endroits où elle aime jouer car la qualité d’écoute du public envers la musique classique y est la meilleure du monde. Hélène Mercier sera à Montréal le 7 juillet, où elle fera la promotion de son livre et profitera de ses moments libres pour visiter le Festival de jazz.
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