| Un impensable crescendo explosif |
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| Spectacles - Festival de jazz | |||||||
| Écrit par Philippe Rezzonico | |||||||
| Mercredi, 01 juillet 2009 23:33 | |||||||
| Mise à jour le Jeudi, 02 juillet 2009 14:53 | |||||||
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N’importe quel artiste ou musicien vous le dira: le truc, pour avoir un bon spectacle, c’est de créer une courbe ascendante au terme de laquelle tout le monde va quitter la salle pleinement satisfait. Facile à faire quand il s’agit exclusivement de ton spectacle, presque impossible à vivre pour un journaliste qui s’offre un parcours au Festival de jazz. Sauf que…
À 18h, mercredi, le Français Erik Truffaz offrait le premier volet de son triptyque Rendez-Vous au Gesù. En ouverture, le trompettiste nous offrait le plus ambiant de ses trois projets, Benares. Accompagné du spécialiste des tablas, Apurba Mukherjee, et du pianiste Malcoff Braff en ouverture, Truffaz et ses collègues se sont payé une mise en bouche où chacun des instrumentistes a pris le contrôle des opérations, les autres colorant le travail de celui qui imposait la direction musicale. Braff a pratiquement transformé son clavier en tambour. L’arrivée de la chanteuse indienne Indrani a complètement modifié l’approche. Là, c’est son chant aérien et plaintif qui a pris le dessus sur l’apport créatif de ses collègues. Le mot dépaysement est encore trop limitatif pour définir ce qu’on a ressenti. Plongés dans la noirceur du Gesù, nous nous sommes tous envolés vers Calcutta.
Mukherjee peut, lui aussi, chanter. Ou du moins apporter une contribution vocale qui se situe quelque part entre le chant et un scat plus farci d’onomatopées que jamais. Il a mis la table pour un morceau durant lequel les ambiances ont fait place aux rythmes. Lui, en constante progression sonore, Braff, en passant son temps à évoluer sur des tempos saccadés et en rupture, tel un discipline de Monk auquel sa barbe fait un peu penser. Une heure à la hauteur de ce qu’on espérait. La révélation Hilary Direction Wilfrid-Pelletier, où Hilary Kole faisait la première partie de Jamie Cullum. On ne sait rien d’elle, sinon qu’elle est Américaine et que son premier disque vient d’être lancé sur l’étiquette montréalaise Justin Time. Dans sa robe vermeil qui semblait transparente avec le contre-jour des réflecteurs, avec sa longue chevelure brune, son approche sensuelle et son sens inné du rythme, Kole nous a fait l’effet d’un coup de cœur. Elle négocie avec aisance des classiques comme Deed I Do, elle prouve qu’elle a du talent à la composition en nous interprétant un titre de son cru au piano (When Are the Angels), elle survole du Tom Waitts (Old Boyfriends) et nous hypnotise avec la chanson titre de son album, Haunted Heart. Ovation du public au terme d’un fort joli set de 45 minutes. Notre crescendo venait de monter d’un cran…
L’ouragan Cullum Dix minutes plus tard, Jamie Cullum se pointe sur scène en baskets, vêtu d’un costume, cravaté… et avec un verre de vin à la main. Si Sinatra était né il y a trente ans, il aurait pour nom Jamie Cullum. Le Britannique imprévisble au possible se lance alors dans Don't Stop the Music, tube de Rihanna qu’il offre en mouture jazz. Un titre qui sera sur son album à paraître à l’automne. Sidérés, sommes-nous. Évidemment, avec Jamie, le piano passe toujours un mauvais quart d’heure. Il tapoche directement à l’intérieur de la caisse de résonance, transforme le noble instrument en batterie en cognant dessus sur toutes ses faces, incluant le DESSOUS du piano, et, bien sûr, il monte sur ce dernier pour y chanter, avant de faire un saut vers les planches, pour le plus grand plaisir des photographes qui n’attendaient que ça.
Comme tant d’autres cette semaine, Cullum offre son hommage à Michael Jackson, livrant Thriller à la sauce jazz, mais en s’aidant de cartons pour chanter les paroles. Comme pour le succès de Rihanna, Cullum arrive à faire passer la chanson pop dans l’univers jazz comme si elle avait pris naissance dans ce dernier. Il se paie ensuite une formidable relecture de Just One of Those Things, non sans créer un nouveau couplet pour le 21e siècle dans l’amorce, puis il nous joue une toute nouvelle composition (Love Ain’t Gonna Let You Down) et s’attaque à son archi-succès, Twentysomething. Et là, en plein milieu de la chanson, il arrête tout et nous dit en murmurant: «Je vais avoir 30 ans. C’est peut-être la dernière fois que je la fais. Vous m’aidez o.k.? », dit-il, avant de faire signe à l’assistance de se lever debout. Et là, seulement soutenu par la mesure tapée à la main par 3000 personnes, Cullum finit la chanson dans un tourbillon en se payant sa désormais fameuse course vers son piano. Tout le monde debout. Incendie au Métropolis C’était tout aussi vrai au Métropolis avec Kool & the Gang, mais pas pour les mêmes raisons. Là, tout le monde était debout tout le temps, du parterre bondé jusqu’aux balcons qui débordaient. Il faut noter que les vétérans n’ont pas ménagé la poudre avec Fresh, Johanna et Too Hot dans le premier quart d’heure.
Mais ce n’était que le menu fretin. Quand la bande à Robert «Kool» Bell a enchaîné les bombes des années 1970 que sont Hollywood Swinging et Jungle Boogie, le feu a pris naissance parmi la foule qui allait des sexagénaires – comme les plus vieux membres du band – jusqu’aux gamins dans la vingtaine, qui ne pensaient jamais entendre ces chansons-là sur scène. Hormis un passage un peu acid jazz pour rappeler que Kool & the Gang était un band jazz en 1969, tout le reste fut prétexte à une liesse sans fin. Quand ça danse comme des malades jusqu’au bar du fond du Métropolis, il se passe quelque chose de rare. Ladies’ Night et Get Down On It ont allumé un incendie alors que les gars faisaient rugir les cuivres et exploser les basses lourdes. Partout, ça sautait sans retenue, juste un peu moins que pour la finale hallucinante de Celebrate avec cette foule ivre de bonheur et détrempée au max, dans le Métropolis qui avait retrouvé son appellation de Saunapolis. De 18 heures à 23 heures, notre parcours fut un invraisemblable crescendo explosif. Et nous n’étions qu’au deuxième soir du Festival de jazz. Il en reste dix. Yahoo!
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