Boucar Diouf — Des sujets mille fois ressassés PDF Imprimer Envoyer
Spectacles - Humour
Écrit par Philippe Meilleur   
Jeudi, 04 février 2010 16:06
Mise à jour le Jeudi, 04 février 2010 16:38

Pour son deuxième one-man-show, dont la première montréalaise avait lieu mercredi au Gesù, l’humoriste Boucar Diouf a (encore) fait de l’intégration et du multiculturalisme ses thèmes centraux. Une bonne idée ? On a de gros doutes.

Ceux qui espéraient être surpris par ce deuxième spectacle seront déçus. Dans L’Africassé-e, Boucar Diouf traite de sujets mille fois ressassés, comme l’intégration des immigrants, le choc culturel et l’avènement du multiculturalisme. Il revient longuement sur son arrivée en Gaspésie il y a vingt ans, sa rencontre avec sa copine Caroline et les commandements de la « commission Boucar », une parodie de la commission Bouchard-Taylor.

Ces choix ne sont pas forcément mauvais, même s’ils sonnent à mes oreilles aussi redondants que des blagues sur les relations homme-femme. Soyons sérieux : combien de bonnes jokes reste-t-il à faire sur les particularités climatiques, les femmes et le langage coloré du Québec ? Très peu, si on en juge par ce que nous a servi Diouf mercredi. Ça se résume à dire qu’il fait froid en hiver, que la bouffe est différente, que les filles sont belles et que les Québécois sacrent beaucoup. Méchantes découvertes…

Sortir de la zone de confort

Pourtant, Boucar Diouf est capable de sortir des sentiers battus. Et, lorsqu’il ose, il se révèle au sommet de sa forme.

L’humoriste en fait la preuve en deuxième partie de spectacle, alors qu’il délaisse le multiculturalisme quelques minutes pour raconter l’accouchement de sa femme. Voilà un numéro rafraîchissant, qui nous tient en haleine et qui, plus important encore, nous fait rire aux éclats. On fait le même constat pour ces blagues sur le prénom du bébé et celles sur les choix de société (« La guédille, ça entre dans la bouche ou ça sort par le nez ? Faudrait se décider ! »). Autre bon flash aussi que cet enchaînement irréprochable de métaphores alimentaires destiné à clouer le nez d’une coloc française végétalienne.

Boucar Diouf aurait intérêt à sortir de sa zone de confort. Photo Alain Décarie

Ces numéros permettent aussi de confirmer que ce détenteur d’un doctorat en océanographie a un talent inné pour les doubles sens et les jeux de mots. « On passe notre vie à perdre la santé pour gagner de l’argent et ensuite, à dépenser notre argent pour retrouver la santé. » Elle est bonne, comme on dit.

On voit que le regard de l’humoriste, lorsqu’il se pose ailleurs que sur l’immigration, peut être aiguisé, précis et efficace. Diouf aurait donc gagné à sortir davantage de sa zone de confort et à explorer de nouveaux territoires.

Trop de musique

Un deuxième irritant habite malheureusement L’Africassé-e : la musique.

Pendant une bonne partie du spectacle, Diouf est en effet accompagné de sa copine Caroline, qui joue de la guitare et exécute quelques pas de danse. Le duo offre notamment des pièces québécoises traduites en wolof, l’une des langues sénégalaises, en demandant au public de l’accompagner en chantant ou en tapant des mains.

Plusieurs humoristes intègrent ce genre de numéros musicaux à leurs spectacles. On n’a qu’à penser aux Denis Drolet, à Laurent Paquin ou aux Chick n’ Swell pour se convaincre qu’un tel format peut être réussi.

On n’en dira pas autant des pauses musicales de L’Africassé-e, qui, si elles sont intéressantes au point de vue artistique, ont le gros défaut de ne pas être drôles et de casser le rythme du spectacle. Avait-on vraiment besoin de ces looongues minutes d’Agadou-dou-dou, de La Complainte du phoque en Alaska et de La Bastringue ? Ennuyant. Il n’y a pas d’autre mot pour décrire ce que j’ai ressenti, même si, pour être équitable, je dois souligner que les spectateurs plus âgés que moi ont semblé apprécier. Peut-être qu’avec les années…

Vers les sciences

À la fin du spectacle, tandis qu’il répondait aux questions des spectateurs comme il en a l’habitude, Diouf a dit que son prochain one-man-show allait traiter de sciences. Il s’agit d’une excellente nouvelle puisque nous avons amplement, amplement fait le tour du jardin multiculturel.

En attendant, L’Africassé-e est une œuvre correcte, strictement réservée aux amateurs de contes humoristiques et de chansons à répondre. Les autres, passez votre tour.

L’Africassé-e sera présenté au Gesù les 6 et 13 février, à 20 heures. Supplémentaires les 5 et 6 mars.

Commentaires (2)

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tous les goûts...
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J'ai vu le spectacle en question...

J'ai beaucoup aimé.Il peut sembler redondant pour des critiques qui se tapent à l'année des spectacles.

Pour moi, j'ai vu un artiste polyvalent, vrai.Bizarrement, j'ai détesté ce que vous jeune chroniqueur avez aimé le numéro de l'accouchement...on l'entend depuis 15 ans, par tous les humoristes qui deviennent père.
Eric Belanger , février 05, 2010
réaction !
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Est-ce que Boucar Diouf serait la saveur du mois ? À mon sens la question d'être posé ? Je passerai pour un raciste et je l'assumerai pleinement. Boucar Diouf est selon moi plus un musicien qu'un humoriste. Personnelement, je n'irais jamais à un spectacle de Boucar Diouf, mais j'aime bien le voir au Festival Juste pour Rire, ou à Belle et Bum ou encre à des Kiwis et des hommes, mais pour le reste mon appréciation est assez limités !
Éric Harris , février 05, 2010

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