Gilles Carle – Le premier cinéaste québécois reconnu à l’international est mort PDF Imprimer Envoyer
Spectacles - Cinéma
Écrit par Maxime Demers   
Samedi, 28 novembre 2009 21:26
Mise à jour le Dimanche, 06 décembre 2009 12:21

Gilles Carle est mort dans la nuit de vendredi à samedi à l’hôpital de Granby à l’âge de 80 ans. Le cinéma québécois perd un de ses pionniers, mais aussi un de ses premiers et plus grands ambassadeurs dans le monde.

Il était hospitalisé depuis quelques semaines déjà, ayant souffert d’une pneumonie et d’un infarctus. Gilles Carle était atteint de la maladie de Parkinson depuis une quinzaine d’années. Le cinéaste aura droit à des funérailles nationales.

Il a bénéficié longtemps des soins de sa conjointe, Chloé Sainte-Marie, qui militait en parallèle pour la reconnaissance publique des aidants naturels. Il y a une semaine, la chanteuse inaugurait d’ailleurs, dans sa maison de Saint-Paul-d’Abbotsford, une résidence pour personnes âgées en perte d’autonomie.

«  Ce que nous avons bâti, c’est une maison de partage. Gilles tenait à ce projet parce que c’était une solution aux aidants naturels. Ma grande peine, ma colère, c’est que j'ai fait cette maison pour qu’il puisse y vivre. Je ne comprends pas… », a confié Chloé Sainte-Marie sur les ondes de RDI quelques minutes après l'annonce de son décès.

Carle a été un de nos premiers cinéastes à faire rayonner notre cinéma à l’étranger. Il a été le premier réalisateur québécois à être sélectionné en compétition officielle à Cannes avec un film de fiction (La Vraie Nature de Bernadette, en 1972) et un des premiers à exporter son cinéma (en France surtout, où on l’a rapidement adopté).

Gilles Carle, qui a été décoré de la Légion d’honneur par la France en 1994, a eu droit à des rétrospectives de son œuvre à Mexico, Paris, Madrid et New York et a été, pendant longtemps, un habitué du circuit des grands festivals internationaux, surtout celui de Cannes, où il a été invité à présenter six de ses longs métrages. Il y a même gagné, en 1989, la Palme d’or du meilleur court métrage, pour 50 Ans, qui raconte l’histoire de l’ONF.

C’est simple : Gilles Carle est le premier à avoir mis vraiment le cinéma québécois sur la mappe. Il est aussi l'un des rares à avoir su combiner succès cinéphile et populaire. Les Plouffe, par exemple, ont connu un grand succès populaire au Québec, en plus d’avoir été présentés à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes et d’avoir raflé six Génies à Toronto.

Le coffret regroupant cinq des meilleurs films de Gilles Carle a été lancé en mars dernier.

« Nous récoltons aujourd’hui ce que toi, tu as semé », résumait récemment l’actrice et cinéaste Micheline Lanctôt (la vedette de La Vraie Nature de Bernadette) dans un texte hommage adressé à Gilles Carle à l’occasion de la sortie d’un coffret regroupant quelques-uns de ses films.

De longues études

Gilles Carle est né à Maniwaki le 31 juillet 1929, mais a grandi à Rouyn-Noranda, en Abitibi. À 16 ans, il quitte la ville de son enfance pour aller s’installer à Montréal et s’inscrire à l’École des beaux-arts. Il y obtient un diplôme en publicité et marketing, en peinture et en histoire de l’art. Il part ensuite faire un stage d’études en histoire de l’art à Paris, à Rome et à Bruges. À son retour au Québec, il poursuit ses études en imprimerie, gravure et photographie avant d’entreprendre un certificat en belles-lettres.

Dans les années 1950, il touche un peu à tout : l’édition (il cofonde les Éditions de l’Hexagone avec Gaston Miron), le journalisme (il travaille comme critique pour différents journaux et magazines sous différents pseudonymes) et la publicité (il a été publiciste au quotidien Le Soleil).

Il se tourne vers le cinéma au tournant des années 1960. En 1961, il s’inscrit à l’ONF, d’abord comme recherchiste puis comme scénariste et réalisateur. Il tourne quelques documentaires avant de réaliser en 1965 son premier long métrage de fiction, La Vie Heureuse de Léopold Z (gagnant du Grand Prix du cinéma canadien).

Suivront rapidement Le Viol d’une jeune fille douce (1968), Red (1969), Les Mâles (1970) et, bien sûr, La Vraie Nature de Bernadette (1972), probablement son film le plus célébré (il a été proclamé « un des dix meilleurs films de l’année » par la presse internationale).

Il rencontre par la suite Carole Laure, à qui il donnera le rôle principal de plusieurs de ses films suivants: La Mort d’un bûcheron (1973), Les Corps célestes (1973) La Tête de Normande Saint-Onge (1975) et LAnge et la Femme (1977).

Dans les années 1980, Carle revient au documentaire (Jouer sa vie, Ô Picasso, Moi, je fais mon cinéma, Épopée en Amérique, une histoire populaire du Québec) et explore la comédie musicale (Fantastica, qui ouvre le Festival de Cannes 1980). La Guêpe, qui met en vedette sa nouvelle muse (Chloé Sainte-Marie) et qui marque son retour à la fiction, en 1986, est accueilli froidement par la critique et le public.

C’est au début des années 1990 que Gilles Carle apprend qu’il est atteint de la maladie de Parkinson. Il continue quand même de tourner, mais ses films (La Postière, Pudding chômeur) ne font plus l’unanimité.

De plus en plus handicapé par le Parkinson, il arrête finalement de tourner, mais il continue d’écrire (L’Ami Willie en 2000, Mona McGill et son Vieux Père malade en 2001).


Gilles Carle et Chloé Sainte-Marie photographiés en juin dernier. Photo d’archives Rue Frontenac

Conjointe de Gilles Carle depuis 27 ans, Chloé Sainte-Marie aura accompagné le cinéaste pendant toutes ces années dans cette lutte contre la maladie, militant pour l’aide aux aidants naturels. Ensemble, ils ont d’ailleurs inauguré la semaine dernière la Maison Gilles-Carles, une maison d’hébergement située en Montérégie qui accueillera des gens en perte d’autonomie.

Gilles Carle laisse dans le deuil sa conjointe, Chloé Sainte-Marie, et ses enfants, Sylvain, Ariane, Martine et Valérie. Chloé Sainte-Marie doit annoncer plus tard la semaine prochaine les détails concernant les funérailles.

Voici quelques réactions au décès de Gilles Carle :

– « Son apport (au cinéma québécois) est majeur. C’est un des pionniers, un des plus grands. Il a été le premier à ouvrir les portes à l’étranger, en France. Gilles est allé sept fois en compétition à Cannes. Il a mis le peuple québécois à l’écran comme Gaston Miron nous a écrits. Gilles nous a montré tel qu’on était. » (Chloé Sainte-Marie sur les ondes de RDI)

– « Gilles m’a donné la force de dire non et d’analyser avant de faire des choix. Gilles était un libre-penseur et il m’a appris à être libre. » (Chloé Sainte-Marie sur les ondes de RDI)

– « Avant de rencontrer Gilles Carles, je ne savais pas ce que j’allais faire dans la vie. J’avais fait 55 métiers et je travaillais pour vivre. Et par hasard, j’ai eu la chance et le privilège de rencontrer Gilles par l’entremise d’un ami. Ç’a cliqué tout de suite. Il m’a demandé de jouer dans son film Le Viol d’une jeune fille douce et ç’a lancé ma carrière. Ç’a changé ma vie. Ça lui a donné un nouveau souffle. » (Donald Pilon sur les ondes de RDI)

– « Gilles Carle a été un des cinéastes les plus marquants du Québec, un homme au talent immense connu et reconnu dans le monde entier. Afin que les Québécoises et les Québécois puissent rendre un ultime hommage à ce grand cinéaste et grand Québécois, le gouvernement du Québec a offert à la famille et aux proches de Gilles Carle la tenue de funérailles nationales. » (le premier ministre Jean Charest, par communiqué)

– « Ses films ont nourri notre imaginaire et ont influencé plusieurs jeunes réalisateurs. Il a été à la base d’une véritable renaissance du cinéma québécois en lui donnant un style unique et reconnaissable. » (la ministre de la Culture Christine Saint-Pierre, par communiqué)

Avec la collaboration de Caroline Roy.

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