| Butler, Werner et Marsalis | Trois classes de maîtres |
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| Spectacles - Festival de jazz | |||||||
| Écrit par Philippe Rezzonico | |||||||
| Lundi, 06 juillet 2009 00:11 | |||||||
| Mise à jour le Lundi, 06 juillet 2009 01:02 | |||||||
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Qu’on en commun un guitariste auteur-compositeur australien, un pianiste blanc américain et un saxophoniste noir? À priori, peu de choses, si ce n’est une maîtrise étonnante de leurs instruments respectifs.
Du lot, c’est forcément John Butler qui nous a fait tomber à la renverse, parce qu’on ne l’avait jamais vu auparavant. Le guitariste s’est pointé tout seul sur scène et il s’est mis à jouer comme s’il était dans un petit pub de Brisbane. En fait, on avait l’impression d’y être tant l’ovation qui l’a accueilli était énorme. On savait que le monsieur a créé un «buzz» autour de lui, mais on ne s’attendait pas à ça… et lui non plus. Par contre, on était estomaqués quand il a amorcé son set avec Used To Get High. Non pas que l’on soit familiers avec cette bonne chanson, mais tous les spectateurs massés au devant de la scène du Club Soda chantaient les paroles, cette fois, comme si on était dans un club très populaire de Sydney.
Nul doute que Butler a des qualités indéniables d’écriture. Il milite quand il dédie sa composition Johnny’s Gone à l’ancien premier ministre d’Australie John Howard et il fait sourire quand il salue les aborigènes du Canada. Mais c’est vraiment son jeu à la guitare qui impressionne. Pour Treat to Mama, il a allongé sa guitare sèche – pas une électrique – sur ses jambes pour offrir la chanson en «slide». Sauf que Butler, il a les ongles de la main droite très longs, comme les guitaristes classiques ou ceux qui jouent du Flamenco. Lui, c’est sans pic dans la main droite, en picorant ses cordes, qu’il livre la chanson, alors que la gauche «slide» sur le manche. Fameux. Butler est aussi renversant avec une douze cordes qu’avec une six cordes en mains et il peut jouer à une vitesse supersonique. Quand il a offert son instrumentale Ocean – sa pièce la plus populaire –, il a grimpé d’intensité de trois ou quatre paliers avant de faire exploser le Soda. On a raté la deuxième partie, mais parions qu’on le reverra sous peu.
La touche Werner Au théâtre Jean-Duceppe, on retrouvait le pianiste Kenny Werner que l’on a souvent vu ses dernières années lors de programmes partagés avec l’harmoniciste Toots Thielemans. Son jeu lisse, peu flamboyant, mais d’une grande beauté nous avait charmé à tous les coups. Voilà pourquoi on a été un peu pris de court durant la première demi-heure. En quintette, Werner a offert les compositions de son disque de 2007, Lawn Chair Society, qui sont denses, sombres, et peu mélodiques. Comme il l’a expliqué par la suite, bon nombre des compositions reposaient sur une critique sociale des États-Unis de 2007. Ceci explique cela. N’empêche, malgré de bons solos du saxophoniste David Sanchez et du trompettiste Randy Brecker, on avait l’impression que c’est lorsque Werner, le contrebassiste Scott Colley et le batteur Antonio Sanchez jouaient sans les deux autres que l’ensemble était le plus soudé.
Troisième étape, un aparté en extérieur avec les Stomp All-Stars avant le show de Branford Marsalis. Quand on a un collectif qui regroupe des membres des Planets Smashers et des Kingpins, le détour vaut la peine, surtout en cette soirée où il ne pleuvait pas. Enfin! Un bon petit 25 minutes vitaminé sur des rythmes de ska et des classiques des Clash (Rudie Can’t Fail). Excellent. L’éclectisme de Branford Au théâtre Maisonneuve, Branford Marsalis et les copains de son quartette se sont peut-être inspirés des Stomp All-Stars tant ils ont amorcé leur performance en quatrième vitesse. Pendant dix minutes, Marsalis et ses potes ont trituré l’espace sous toutes ces formes, le saxophoniste ayant déjà l’air installé dans une zone bien à lui. Sphere, avec son petit tempo moyen, ainsi que The Long Goodbye, offerte avec un impeccable solo de contrebasse et une batterie toute en retenue, étaient, chacune à leur façon radicalement différente de la première offrande. Marsalis maîtrise à ce point son instrument et son groupe, qu’il est maintenant de la race – il n’a pas 50 ans – des maîtres de son art. Et comme s’il fallait encore le démontrer, la livraison épique de Rhythm-A-Ning, de Thelonious Monk, a mis tout le monde d’accord. Trois artistes différents, trois classes de maîtres. À voir également: Un dimanche soir en photos
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