Le baby-bump renverse la tendance démographique PDF Imprimer Envoyer
Nouvelles générales - Société
Écrit par Yves Chartrand   
Mercredi, 15 juillet 2009 16:38
Mise à jour le Mercredi, 15 juillet 2009 22:10

QUÉBEC – Le nouveau goût des Québécois pour les bébés est en train de faire mentir les sombres prévisions faites par les démographes depuis plusieurs années. Dans un document rendu public mercredi, l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) estime maintenant que le Québec connaîtra une croissance de sa population d’ici 2056, au lieu de péricliter comme annoncé antérieurement.

 

Selon les «Perspectives démographiques du Québec et des régions 2006-2056» de l’ISQ, la population du Québec grimpera à quelque 8 millions d’âmes en 2012 et à 9,2 millions en 2056.

Il s’agit là d’un changement de cap radical puisque toutes les prévisions démographiques des dernières décennies prévoyaient plutôt un déclin de population à compter de 2031. Selon le coauteur du document, le démographe Frédéric Payeur, «la hausse des naissances conjuguée à l’apport de l’immigration et à l’amélioration de l’espérance de vie sont responsables de ce redressement». Le document a établi un apport migratoire moyen de 47500 nouveaux venus par année.

Les prévisions baissières des démographes étaient fondées sur le taux de natalité des Québécoises, qui a chuté dramatiquement au milieu des années 60 avec l’entrée massive des femmes sur le marché du travail et l’avènement de la fameuse pilule contraceptive. Le taux de natalité a atteint un niveau plancher au Québec en 1987 avec une moyenne de 1,36 enfant par femme, note le démographe. Pour maintenir une population, le taux doit être de 2 enfants par femme en moyenne.

Juste à titre comparatif, en 1951, en plein baby-boom, le taux de natalité était de 4,1 enfants par femme au Québec!

Le taux de natalité a cependant recommencé à monter de façon notable il y a quatre ans et se poursuit depuis ce temps, dit Frédéric Payeur. Il est passé de 1,54 en 2005 à 1,65 en 2006, 1,68 en 2007 et 1,74 en 2008.

Pas d'essoufflement

«Et ça ne semble pas s’essouffler pour les premiers mois de 2009, selon les premières informations», ajoute le démographe, qui croit toutefois que la crise économique actuelle pourrait temporiser les projets familiaux des couples québécois. «Nous en saurons plus avec les chiffres de l’automne», dit-il.

Même si aucune relation formelle n’a été établie, les démographes s’entendent pour dire que les mesures prises par le gouvernement du Québec pour favoriser les naissances ont joué un rôle déterminant dans cette augmentation de la fécondité. On parle principalement de la mise sur pied d’un réseau de garderies publiques à faible coût et d’un régime d’assurance parentale très avantageux.

Mais cette hausse inattendue de la natalité au Québec, conjuguée à un apport plus important de l’immigration, ne sera pas assez significative pour éviter la tendance lourde du vieillissement de la population.

Si la population grossira de 1,6 million d’habitants en 2056, les personnes de 65 ans et plus augmenteront de 1,5 million, fait remarquer Frédéric Payeur, doublant leur poids démographique (de 14 à 28 pour cent plus précisément).

Davantage d'impôts à payer

Parallèlement, le nombre de citoyens en âge de travailler, le groupe de 20 à 64 ans, stagnera à environ 4,8 millions. Ce groupe ne représentera plus que 52 pour cent de la population québécoise en 2056, à comparer à 63 pour cent actuellement. Cette situation est lourde de conséquences notamment pour le financement des services publics.

En gros, cela signifie que chaque contribuable devra apporter un support fiscal supplémentaire pour les services. On peut donc prévoir que pour maintenir les services actuels, les prochaines générations de travailleurs devront payer davantage d’impôts.

Le «rapport de dépendance», comme le nomment les démographes, ne sera juste accru par les baby-boomers retraités, fait remarquer Frédéric Payeur. «Il faut aussi planifier les services pour les 100 000 bébés de plus que prévu. Cela veut dire, entre autres, plus d’écoles et de garderies», dit-il.

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