| Richard Bergeron, l'homme qui veut faire autrement |
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| Nouvelles générales - Politique municipale | |||||
| Écrit par Valérie Dufour | |||||
| Lundi, 02 novembre 2009 12:52 | |||||
| Mise à jour le Mardi, 03 novembre 2009 19:40 | |||||
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Pantoufles aux pieds et une grosse tasse multicolore remplie de café à la main, Richard Bergeron discute tranquillement assis à sa table de cuisine de l’agenda de la journée avec Joël, son attaché de presse. Le ton est courtois, la conversation, optimiste. Et pour cause: on est à trois jours des élections et un sondage place le chef de Projet Montréal au coude à coude dans la course à la mairie de Montréal.
«On a fait le pari d’offrir un nouveau type de formation politique qui tournerait le dos à la vieille façon de faire la politique et la population a répondu», répète comme un mantra M. Bergeron en croquant un biscuit. Dans la cuisine, sa femme, Amina, lui jette un regard complice. Rue Frontenac a été invité à partager l’intimité de M. Bergeron pendant les derniers moments de la campagne électorale 2009. Nous avons suivi le candidat pas à pas lorsqu’il menait le dernier droit d’une course enlevée où ses adversaires, Gérald Tremblay et Louise Harel, ont été éclaboussés par des scandales et des allégations de corruption et de collusion. En bout de ligne, les électeurs ont choisi de reporter M. Tremblay au pouvoir, mais Projet Montréal a marqué des points en faisant élire 13 candidats, dont neuf siégeront au conseil municipal. Vidéo embarrassante Mais ce vendredi 30 octobre, tous les espoirs étaient encore permis. Et la job de Joël en ce matin d’automne était de préparer son candidat à affronter la journée en révisant avec lui des messages-clés à marteler et en s’assurant que Richard Bergeron soit prêt à toutes les questions des journalistes, surtout qu’une vidéo embarrassante dans laquelle il tient des propos controversés sur la vitesse excessive et les femmes au volant avait refait surface. «En conférence de presse, tu vas annoncer que John Gomery va faire partie de ton comité de transition, mais les journalistes vont te poser des questions sur l’augmentation des taxes municipales, sur le sondage et aussi sur la vidéo», insiste Joël. « Où est mon aide-mémoire?» demande Richard Bergeron en saisissant la feuille préparée pour lui. «Comment on va se défendre pour la vidéo?» dit son attaché de presse. «C’est une campagne de salissage de Louise Harel. C’est de la petite politique et les Montréalais en ont marre. Elle prétend vouloir faire le ménage et elle commence par me salir… J’ai envie de le tourner en boutade», laisse tomber le candidat. «Pas de blague. Ce n’est pas le temps des blagues», tranche Joël. «C’est le temps d’être un leader», ajoute sa collaboratrice Militza.
Marche santé Bien réveillés grâce au café, le petit groupe se prépare à partir. Les troupes de Projet Montréal ont rendez-vous aux alentours de midi dans leur quartier général pour une conférence de presse où on annoncera l’appui d’une quarantaine d’artistes montréalais. Et dans ce parti, les déplacements du chef se font à pied, à vélo ou en transport en commun. Comme les bureaux sont à 15 minutes de marche, cela laisse amplement le temps à Richard Bergeron d’en griller une ou deux. Tout au long de son parcours, les gens le saluent, des automobilistes klaxonnent pour lui signifier leur appui. Le local de Projet Montréal est situé dans l’ancien Pub Frontenac, à l’angle de l’avenue Papineau et de la rue Ontario. Et même si les militants ont décoré les lieux aux couleurs de ce parti vert, les vieilles pompes à draft et le trou laissé dans une fenêtre par une balle témoignent du passé récent des lieux. Dans ce décor un peu glauque, quelques bénévoles font du pointage, d’autres s’affairent à préparer des assiettes de fromage, de salade et de saumon fumé pour les invités qui commencent à arriver. «On a fait une campagne avec 200 000$. L’argent ne coule pas à flots, mais c’est confortable», signale Richard Bergeron entre deux entretiens téléphoniques. Point de presse fructueux Et le clan Bergeron a de quoi être satisfait. Son point de presse attire une cinquantaine de personnalités, dont John Gomery, Amir Khadir et une quinzaine de représentants des médias. Comme prévu, le candidat à la mairie se fait poser des questions sur le compte de taxe, on lui demande de commenter les derniers sondages et de faire le bilan de sa campagne. «Nous n’avons pas été naïfs. Nous avons travaillé sur d’autres valeurs. Nous proposons le retour de l’intégrité à l’hôtel de ville. Nos avons des projets audacieux, mais réalistes pour Montréal», glisse Richard Bergeron durant le scrum, pendant lequel le juge Gomery est installé à sa gauche. Personne ne parle de la vidéo compromettante. Les journalistes finissent par quitter les lieux et le candidat peut enfin boire un petit verre de vin blanc et se faire une assiette avec ce qu’il reste des victuailles: un bout de pain, du fromage et des fruits. Il va ensuite fumer une cigarette dehors avant de marcher jusqu’à la tour de Radio-Canada pour une entrevue avec la radio anglaise. Piège Ce n’est qu’une fois la lumière rouge allumée dans le studio que l’entrevue accordée en 1999 à l’ex-journaliste Michaëlle Jean revient le hanter. Les recherchistes de l’émission avaient parlé de faire un bilan de la campagne avec le candidat, mais l’animateur met en ondes des extraits sonores de la vidéo où M. Bergeron raconte qu’il a déjà frôlé un piéton à 120 km/h rue Saint-Denis et où il explique que les femmes sont moins dangereuses au volant parce qu’elles sont moins expérimentées en la matière. C’est la catastrophe, d’autant plus que la barrière de la langue l’empêche de bien se défendre. Richard Bergeron sort du studio en fulminant. «Tabarnak! C’était un piège. Ça donne de la dimension à cette histoire-là. C’est un dérapage. Je ne serais jamais venu si j’avais su et, en plus, c’était en anglais!» lance le bouillant candidat à son attaché de presse. Sur le trajet nous menant jusqu’à son domicile, où nous sommes attendus pour le thé, Richard Bergeron ne cesse de répéter que les extraits de cette entrevue sont trompeurs et que ses propos ont été déformés. Joël le rassure en lui disant que le dernier sondage fait de lui une cible de choix pour ses adversaires qui veulent aller chercher des votes à la veille du jour J. Du thé Arrivé à la maison, il ouvre la porte-fenêtre pour griller une cigarette et Amina lui dit que Harel et Tremblay sont en mode attaque et que ses adversaires l’accusent de se livrer à un one-man-show. «Quelle est son équipe, à Harel? Elle avait Labonté et on sait ce que ça a donné… Tremblay a des gens d’expérience, mais ils nous ont coûté des centaines de milliers de dollars. Moi, j’ai cinq doctorats et de 15 à 20 maîtrises dans mon équipe… Ils font de la petite politique.» Ce n’est qu’une fois assis dans son salon avec un verre de thé à la menthe à la main et la bouche pleine de douceurs au miel que le candidat se décrispe un peu. Entouré de sa femme, de son fils, Guillaume, et de sa fille, Nadiani, Richard Bergeron retrouve le sourire. «Je suis de 10 à 12 heures de cours d’anglais chaque mois, mais dès que je serai élu maire, je vais suivre de vrais cours», lance-t-il en guise de résolution. On peut bien détester la vieille façon de faire de la politique, mais on ne peut pas l’ignorer complètement. C’est l’expérience qui rentre.
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