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Afghanistan: Cannon réagit aux propos de son jeune diplomate PDF Imprimer Envoyer
Nouvelles générales - Politique fédérale
Écrit par Mathieu Bélanger   
Jeudi, 19 novembre 2009 11:17
Mise à jour le Jeudi, 19 novembre 2009 11:41

OTTAWA – Vingt-cinq minutes de pure stupeur. Pendant 25 minutes, le diplomate canadien Richard Colvin a raconté aux parlementaires, mercredi, comment le Canada s'est rendu complice de torture en remettant des détenus aux services secrets afghans.

Ce témoignage très attendu au comité spécial sur la mission canadienne en Afghanistan a tout pour plonger le gouvernement de Stephen Harper dans l'un des pires scandales de l'histoire du pays.

Coups avec des câbles électriques, électrocutions, privation de sommeil, blessures à l'arme blanche, brûlures, sévices sexuels et viols étaient choses courantes en 2006 et 2007 lors des interrogatoires des détenus transférés aux services secrets afghans par l'armé canadienne, a lancé sans détour le diplomate en poste en Afghanistan d'avril 2006 à octobre 2007.

« Nos pratiques là-bas allaient à l'encontre de nos valeurs, des intérêts politiques officiels et des lois internationales, a ajouté M. Colvin. Ces pratiques étaient non canadiennes et probablement illégales. »

Contrairement aux Britanniques, le Canada n'assurait pas le suivi de ses détenus une fois transférés. Le Canada comptait plutôt pour ce faire sur la Commission des droits de la personne de l'Afghanistan qui n'a pas accès aux prisons et à la Croix-Rouge, qui pouvait attendre des semaines, voire des mois, avant d'obtenir du Canada de l'information concernant les détenus.

« Les prisonniers que transférait l'armée canadienne n'étaient pas des cibles de haute valeur, a ajouté M. Colvin. La plupart étaient des petits agriculteurs, des paysans, des jeunes, là au mauvais moment, a-t-il expliqué. Nous avons détenu et fait torturer des innocents. »

Richard Colvin affirme avoir alerté les plus hautes instances du pays de ce qui se passait dans les prisons de Kandahar avec les prisonniers de l'armée canadienne, depuis l'ancien chef d'état-major des Forces canadiennes, Rick Hillier, jusqu'au bureau du Conseil privé, le ministère du premier ministre. Il a été plusieurs fois recommandé par le diplomate que le gouvernement canadien assure lui-même la responsabilité de ses détenus.

En plus de ne rien faire pour que cesse la torture, le gouvernement canadien aurait même demandé au diplomate de se taire et de ne plus rien écrire à ce sujet dans ses rapports. « Nos conseils n'ont pas été bien accueillis et en mai 2007 je me suis fait dire de me taire et de ne plus rien écrire sur le sujet pour plutôt discuter de ces informations au téléphone », a-t-il révélé.

« Le Canada a continué, pendant un an et demi à transférer ses détenus aux services secrets afghans en dépit qu'il était au fait du risque très élevé de torture, a précisé M. Colvin. Cette complicité du Canada dans la torture a poussé certaines communautés à se retourner contre nous et à joindre l'insurrection », a-t-il indiqué.

Réaction de Lawrence Cannon

Pour le gouvernement canadien, il n'y a jamais eu de preuve quant à la torture de ses détenus dans les prisons afghanes.

De Kandahar, où il assiste à l'assermentation du président Amid Karzaï, le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a toutefois indiqué, lors d'une conférence de presse téléphonique, jeudi matin, que le Canada n'a jamais nié avoir eu des préoccupations.

« Le gouvernement canadien a effectué environ 180 visites dans les établissements de détentions de Kandahar et Kaboul, a indiqué le ministre. Le gouvernement a investi plus de 132 millions de dollars pour améliorer la justice afghane. Soyons clairs, le Canada a bien réagi aux allégations de mauvais traitements. On a pris ça au sérieux, mais nous ne tolérons pas les allégations d'abus sans preuve. Nous prenons et nous avons toujours pris nos responsabilités au sérieux en ce qui concerne le traitement des prisonniers talibans et nous espérons que le gouvernement afghan fasse de même. Le respect de la primauté du droit est un aspect essentiel de nos opérations là-bas. Nous avons agi pour améliorer les modalités de transfert des détenus qui avaient été mises en place par le gouvernement libéral précédent. Nous pouvons maintenant suivre les prisonniers après leur transfert aux autorités afghanes.

POUR ÉCOUTER LE TÉMOIGNAGE DE RICHARD COLVIN: Choisir «réunion 15»

 

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