Un juge refuse la liberté à un admirateur de Marc Lépine PDF Imprimer Envoyer
Nouvelles générales - Justice
Écrit par David Santerre   
Jeudi, 04 février 2010 14:36
Mise à jour le Jeudi, 04 février 2010 22:09

Un juge a refusé de remettre en liberté Jean-Claude Rochefort, un adorateur de Marc Lépine qui tenait un blogue célébrant son « héros » et appelant les hommes à se révolter et à tuer le plus de femmes possible. Si l’homme invoque sa liberté d’expression, le juge le considère comme « une bombe à retardement ».

Rochefort a été arrêté le 4 décembre dernier, deux jours avant les commémorations du 20e anniversaire de la tuerie de l’École polytechnique, perpétrée par son idole Marc Lépine.

Rochefort est accusé de menaces « contre la moitié de la population », a illustré le juge Claude Leblond, ce jeudi, lors de son enquête sur remise en liberté. Il croupit derrière les barreaux depuis. Il a subi une évaluation psychiatrique afin que soit établie son aptitude à comparaître, ce qui s’est avéré positif.

Blogue haineux

Sur son blogue, outre plusieurs montages photo représentant Marc Lépine armé de mitraillettes, des femmes l’incitant à leur tirer dessus, et même des policiers félicitant Lépine pour son œuvre, on retrouve plusieurs textes inquiétants que le juge Leblond qualifient de « recette pour un massacre ».

Il y glorifie évidemment Lépine, qu’il appelle « Saint-Marc ».

« Ce que Marc Lépine a fait est un geste de légitime défense collective. Il a tué ces mauvaises femmes qui voulaient faire disparaître les hommes », écrivait notamment Rochefort, sous les pseudonymes de Rick Flachman, John Gisogod ou Giskhan.

D’autres textes donnent des instructions pour réussir une bonne opération de meurtres de masse, de la planification à la logistique, en passant par les méthodes pour enfermer un groupe de femmes sur lesquelles on souhaite tirer et par la nécessité d’être prêt à mourir plutôt que d’être arrêté.

Quelques images tirées du blogue de Jean-Claude Rochefort.

« Qui a dit que ces 14 victimes n’étaient pas Hitler en personne ? » demande Rochefort dans un texte intitulé « Est-ce que les 14 victimes de Polytechnique étaient vraiment innocentes ? ».

Plus loin dans ce texte, il répond à sa question.

« Il a tué 14 femmes qui étaient occupées à lire Solanas et à discuter de la façon d’exterminer le genre masculin et à prendre la société en otage. Il a attaqué un bastion féministe qui planifiait un génocide, un gendercide », écrit-il.

Vains avertissements

Le sergent-détective de la police de Montréal Marco Caya, qui a enquêté sur le blogue de Rochefort, a raconté jeudi au juge Leblond qu’il avait reçu le 22 octobre dernier une plainte de l’organisme L’Après-rupture, qui vient en aide aux hommes.

Après vérification, il se rendait compte que l’homme de 60 ans possédait un vieux pistolet Whalter 9 mm, enregistré sous l’ancien registre des armes à feu.

Usant de ce prétexte, il s’est présenté chez Rochefort le 2 novembre pour le saisir, et lui faire signer une promesse de comparaître en cour sous l’accusation de possession illégale d’une arme à feu, comparution qui allait se dérouler le 23 novembre.

Il en a profité pour lui suggérer d’arrêter d’écrire sur son infâme blogue.

« Il a répondu que s’il cesse, il va se sentir opprimé dans sa liberté d’expression, mais il admettait que c’est de mauvais goût et disait qu’il arrêterait », a témoigné l’enquêteur.

Mais bien au contraire, Jean-Claude Rochefort a continué de plus belle.

En cours d’enquête, le sergent-détective Caya s’apercevait que le module de cybercriminalité de la Sûreté du Québec avait aussi à l’œil le blogue de Rochefort, et même qu’un de ses collègues montréalais avait rencontré l’accusé à ce sujet à la suite d’une plainte en juin précédent, sans que cela se traduise par des accusations.

C’est finalement le 4 décembre qu’il obtenait un mandat d’arrestation pour arrêter Rochefort.

« Ils ont voulu me faire taire, ils ont réussi », aurait commenté le prévenu au moment de son arrestation.

Explications farfelues

Rochefort a également témoigné, y allant d’une explication boiteuse quant à son pistolet.

Il a dit l’avoir acheté en 1984 dans un « gun show » à la suite des pressions d’amis lui disant qu’il s’agissait d’une arme de collection à accrocher dans son salon.

« Je n’aime pas les armes », a-t-il juré.

Il a ajouté que le canon de l’arme a été tronçonné dans le passé, par des policiers.

« J’avais fait une tentative de suicide aux médicaments et mon ex-conjointe avait appelé l’ambulance. Quand je suis revenu de l’hôpital huit jours plus tard, mon arme était sur la table de cuisine, le canon coupé. J’ai assumé que c’était la police », a-t-il raconté, ce que le juge a trouvé complètement farfelu.

Souhaitant faire libérer son client en attente de son procès, Me Guillaume Langlois a suggéré au juge que la question à savoir s’il s’agissait de « menaces ou seulement d’idées dérangeantes » méritait d’être posée.

« Moi, j’y vois une recette pour un massacre », a rétorqué le magistrat.

« L’accusé va beaucoup plus loin qu’exprimer une idée. Il s’agit d’une incitation à la haine des femmes, à commettre des meurtres de femmes et des menaces de mort à l’égard des femmes. Il avait une obsession à gagner une guerre contre les femmes qui voulaient éliminer les hommes », a-t-il poursuivi.

Se disant inquiet par le fait qu’il a continué à alimenter son blogue malgré l’avertissement de M. Caya, et considérant que les probabilités de condamnation de Rochefort sont bonnes, il a refusé de le libérer.

Le dossier sera repris en cour le 16 février.

Commentaires (7)

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Rapport minoritaire...
0
1- Je considère que le blog du type en question est de mauvais gout
2- Je trouve qu'emprisonner des personnes sous pretexte que c'est gens pourrait peut-être éventuellement commettre un crime est un exercise EXTREMEMENT DANGEREUX. Ça me laisse une déagréable impression de «Rapport Minoritaire». Si on peut mettre en prison une personne non pas parce que cette personne à commise un crime mais parce qu'une police ou une juge pense-imagine-présume que cette eprsonne fera ceci ou cela bien c'est purement et simplement la fin de l'Etat de Droit. La fin de la liberté de la justice, un retour à l'arbitraire et à la tyrannie.
Mamouth , février 20, 2010
Clarifications
0
En réponse aux commentaires précédents. Ce n'est pas arbitraire, mais découle plutôt de la discrétion du juge. Avec la formation qu'ils ont je crois que l'on peut s'en remettre un temps soit peu à leurs réflexion. Avec la discrétion d'un juge vient une justice plus équitable qui s'adapte aux circonstances. Dans un tel cas, mieux vaut prévenir que guérir.

En second lieu, pour ce qui est de l'aptitude à suivre son procès, c'est une notion quelque différente de la santé mentale. Être apte à suivre son procès c'est la capacité de comprendre les accusations portées contre lui, comprendre le déroulement et les conséquences de tout cela. Un schizophrène n'est pas pour autant un imbécile. Il est peut-être désaxé, mais toujours en mesure de comprendre ce qui se produit.
Elise Paiement , février 19, 2010
Quelle farce
0
Ce gars là, est emprisonné pour son petit blog humoristique sur Marc Lepine, et pendant ce temps là ils aquittent Martin Rondeau (la gars qui a tué une religieuse à coups de poing) et l`on remet à Alain Piché l`héritage de ses deux parents qu`il a décapité. Cherchez à comprendre ??
Michel Côté , février 11, 2010
Inquiétante dérive
0
Lorsqu'un régime se permet ainsi d'emprisonner arbitrairement ses citoyens pour prévenir d'éventuels crimes, nous ouvrons toute grande la porte à des dérives plus graves encore.

Qu'en est-il de la liberté d'expression, de la présomption d'innocence ? Il ne s'agit pas de la première bourde de Claude Leblond, un petit juge bien complaisant qui figure parmi les intimes de JJ Charest, au point d'avoir appris sa nomination à la magistrature d'un simple coup de téléphone du PM.

En voici un autre exemple

http://www.fathers-4-justice.ca/fr/mtl/affaireCamille.shtml

Sous quel chef M. Rochefort est-il inculpé ? Menace envers « les femmes »! Qui sont ces femmes ? Bien malin celui qui pourrait répondre. Et les féministes d'ânonner en choeur : « Ne touchez pas à notre Marc Lépine ». La justice au service d'une idéologie, c'est la recette parfaite pour l'avènement de la tyrannie...
Hermil LeBel , février 09, 2010
Il ne peut pas être sain d'esprit.
0
Ce qui me surprend le plus dans cette nouvelle, c'est que suite à l'évaluation psychiatrique, il soit jugé apte à subir son procès. Il y en a qui sont considérés dangereux pour bien moins que ça. À cultiver et propager autant de haine et d'idées négatives sur les femmes, on peut s'attendre à ce que tout cela explose un jour. Encore une fois il sera trop tard.
C.Pelletier , février 05, 2010
Ce n'est pas un homme...
0
Je me considères comme un homme à part entière.Avec mes qualités et mes défauts.

Mais cet «être» est loin d'être un homme.Un être aigri et frustré par sa vie.

En espérant que personne n'est «entendu» ses messages.
Eric Belanger , février 05, 2010
Possession simple !
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Oh ! Pauvre monsieur, ça ne va pas très bien entre les deux oreilles. Ce n'est pas d'un psychiatre dont il a besoin mais d'un exorciste ?!!
p.s Gardez le en dedans longtemps......
Pierre Véronneau , février 04, 2010

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