Contrat informatique à la RRQ — Cyrille Béraud contre les Goliath de ce monde PDF Imprimer Envoyer
Nouvelles générales - Justice
Écrit par Valérie Dufour   
Jeudi, 21 janvier 2010 15:06
Mise à jour le Vendredi, 22 janvier 2010 12:11

Cyrille Béraud sait qu’il s’attaque à gros, mais la question de principe est trop importante pour qu’il se laisse intimider par la chose, car les conséquences d’un jugement favorable seraient énormes pour toute l’industrie du logiciel libre. Sa cause : dénoncer la décision de la Régie des rentes du Québec qui a accordé sans appel d’offres un contrat de 722 848 $ à Microsoft Canada.

Et après deux ans d’attente et de batailles contre une brochette d’avocats du gouvernement du Québec et de Microsoft Canada qui ont déposé 25 requêtes en annulation, il verra sa cause enfin entendue en Cour supérieure au début du mois de mars. « Ce qui s’est passé à la RRQ se passe dans tous les ministères québécois. Les grandes corporations ont la mainmise sur tous les contrats informatiques », souligne l’homme d’affaires en entrevue avec RueFrontenac.com.

« Ce que je reproche au gouvernement du Québec, ce n’est pas de ne pas avoir été choisi, c’est de ne pas avoir pu soumettre une offre. C’est le droit de toutes les entreprises québécoises de soumissionner pour des contrats de plus de 25 000 $. On soumet notre offre, et que le meilleur gagne. Mais pour choisir la meilleure solution, il faut les évaluer », tonne Cyrille Béraud.

Linux

M. Béraud est le président de Savoir-faire Linux, une entreprise de services informatiques spécialisée dans l’utilisation de logiciels libres. En plus d’être gratuits, les logiciels libres ont des codes sources ouverts qui permettent à ceux qui les installent d’adapter les programmes à leurs besoins et de les modifier au gré de leurs expériences.

Cyrille Béraud est le président de Savoir-faire Linux. Photo Alain Décarie

À l’opposé, les logiciels propriétaires vendus par les grandes corporations comme Microsoft et Oracle viennent avec une licence d’utilisation. Cette licence permet d’utiliser les programmes comme Word et Excel, mais elle interdit de redistribuer le logiciel ou de le modifier, car le code source n’est pas fourni à celui qui l’achète.

« Il y a 15 ans, il n’y avait que Microsoft dans le marché. Mais aujourd’hui, la plupart des administrations publiques à travers le monde se tournent vers le logiciel libre. C’est le cas en France, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Chine, en Espagne et en Angleterre. Au Brésil, il n’y a plus de soumissions informatiques qui sont acceptées si le logiciel n’a pas un code ouvert. […] Au Québec, c’est la chape de plomb », soutient Cyrille Béraud en ajoutant que le site web de la Maison-Blanche roule ses applications sous logiciel libre, tout comme Google et Firefox.

Le vase déborde

La goutte qui a fait déborder le vase, c’est un avis d’intention publié le 21 décembre 2007 par la Régie des rentes du Québec pour « procéder à la mise à jour des postes de travail » et dans lequel on indiquait qu’on était sur le point d’octroyer un contrat de plus de 720 000 $ pour migrer sur Microsoft Office et Vista.

« Toute l’année qui a précédé l’octroi de ce contrat, j’ai multiplié les rencontres avec des hauts fonctionnaires. Quand j’ai vu l’avis d’intention, j’ai envoyé des lettres et j’ai rencontré à nouveau des gens pour les convaincre de faire un appel d’offres, mais rien n’a fonctionné. À force de rencontrer des murs, j’ai dit : ça suffit ! , raconte Cyrille Béraud.

« J’ai 47 ans et c’est la première fois de ma vie que je rencontrais un avocat. Je n’ai pas la gâchette facile, mais c’était un cas exemplaire. […] C’est clair que les besoins exprimés de la RRQ étaient de faire migrer les postes de travail de XP à Vista. Mais il y avait des solutions alternatives et je savais que Savoir-faire Linux était capable de réaliser le contrat  », croit-t-il.

Projets coûteux

Comme preuve que l’approche unique d’utilisation de logiciels propriétaires ne fonctionne pas, il cite l’informatisation du dossier santé dans laquelle le ministère de la Santé et des Services sociaux a investi 320 millions de dollars, et les quelque 100 millions de dollars dépensés pour moderniser les systèmes informatiques de la CSST et de la Commission administrative des régimes de retraite.

« C’est une nécessité technologique d’être capable de maîtriser ses codes sources. Le gouvernement bâtit des cathédrales au lieu de bâtir des écosystèmes, et c’est pour cela que ses gros projets informatiques ne fonctionnent pas. […] Nous n’avons rien contre Microsoft, on est partenaires avec eux. Je me bats contre l’État et contre le monopole des grandes corporations. »

M. Béraud ne comprend pas l’entêtement du gouvernement du Québec. Il signale, par exemple, que l’État a acheté pour 20 millions de dollars de licences Microsoft Vista « alors que tout le monde disait qu’il était trop lourd et plein de problèmes et que même le fournisseur lui-même suggérait d’attendre que Windows 7 sorte », signale l’homme d’affaires.

« Même si au final, un gouvernement choisit une grande corporation comme fournisseur, le fait d’être obligé de faire un appel d’offres va faire baisser les prix. C’est ce qui est arrivé en France. Auparavant, la facture était de 1000 $ par poste de travail et maintenant elle est de 100 euros par poste. En termes de gestions, on appelle ça des gains de productivité. C’est quoi, cette obstination du Québec à ne pas faire comme les autres ? », demande Cyrille Béraud.

« Jusqu’à maintenant, nous avons pris le parti de ne pas commenter ce dossier, car il va aller devant les tribunaux », indique le porte-parole de la Régie des rentes du Québec, Herman Huot.

Commentaires (8)

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Déni total d'utiliser Windows
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Personnellement, depuis 2005, j'utilise à temps plein que du Mac ou du Linux. Pour moi le Mac est une plateforme sur laquelle je pouvait rouler Photoshop et utiliser un lecteur multimédia sans me casser la tête. Mais Linux est ma seule référence. Tellement que lorsque je suis en mandat de consultation et que le réseau est sous Microsoft... je ne peux me retenir d'agir comme avocat de la cause.
Comme "Un payeur de taxe qui demande de l'audace et de la cohérence" le dit, je ne saurait dire mieux. Évidemment je suis un enthousiaste il y a un facteur de biais dans ce que je dis mais imaginez la différence de coût. Elle est faramineuse.
Il faut qu'ils arrêtent de faire l'autruche.
Renoir Boulanger , mars 03, 2010
Un procès historique
0
Une chose qui ne transparait pas vraiment dans l'article, c'est que ce procès est une première mondiale. Si Savoir-Faire Linux gagne sa cause, il y aura précédent. Plusieurs administrations publiques pourraient, par prudence, accepter d'évaluer les propositions basées sur les logiciels libres. Ce que la plupart ne font pas présentement, par paresse. Résultat: un marché du logiciel plus compétitif, et (possiblement) une meilleure appropriation par les administrations publiques de leurs plateformes technologiques. Tout le monde y gagne, qu'on soit "pour" ou "contre" les logiciels libres, tant soit peu qu'on soit un contribuable.

Bonne chance, M. Béraud.
EtienneG , février 23, 2010
...
0
excellent article j ai migrer depuis 2003 sous debian et passer 100% au 64bits depuis fin 2006, et je peut vous dire y a absolument rien a envier a d'autre...

Je constate depuis plusieurs année le recule comparer a d'autre pays vers l'open source mais ce n'est qu'une question de temps...

Pendant que les autres crever de faim ou vive dans des conditions lamentable que fais notre bon gouvernement il investie des millions voir des milliards a bilou, et en disant comme prétexte que c'est moins coûteux que de donner la formation, vraiment n'importe quoi! regarder les russes et les autres ils ont franchi le pas depuis longtemps mais ici c'est l'hiver ne l'oublier pas!!!

J'espère de tout coeur que savoir faire linux ne se découragera pas!!!
Bob , janvier 23, 2010
Un payeur de taxe qui demande de l'audace et de la cohérence
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On ne peut pas parler de qualité logiciel et ignorer le processus de développement logiciel de type communautaire.
On ne peut pas parler d'interropérabilité et oublier les produits à code ouvert.
On ne peut pas dire qu'on veut favoriser le développement des PME et donner des gros contrats à de grosses sociétés.
On ne peut pas organiser des rencontres sur les finances publiques et ignorer les outils de travail moins coûteux.

Le payeur de taxe en moi réclame à son appareil gouvernemental plus d'audace, plus de cohérence.
Pascale Tardif , janvier 23, 2010
Un bel exemple de barbaro-angélisme
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M. Béraud, vous n'avez pas compris la vraie nature du problème: lorsque la corruption est installée aussi viscéralement qu'elle l'est avec la clique libérale au pouvoir, à un point tel que les barèmes des pots-de-vin deviennent notoires (par exemple: fourchette de pots-de-vin de 20 à 30 mille dollars au PLQ pour obtenir un permis de garderie subventionnée), il est beaucoup plus rentable de donner $100,000 à la caisse électorale du parti libéral du Québec que de donner le même montant en honoraires d'avocats.

Rappelez-vous des libéraux fédéraux: des fortunes en contrats d'informatique à KPMG, Groupe Everest, etc., pour des travaux d'informatique dignes de cégépiens, comme le constatait le juge Gomery.

J'ai en mémoire cette vieille caricature de Beaudet, en 2005, comparant les libéraux fédéraux à un troupeau de porcs. Fédéral ou provincial: ce n'est pas la même auge, mais c'est toujours le même troupeau.
Guy Rochefort , janvier 23, 2010
Gratuits?
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Article presque sans reproche; cela dit, il faut éviter d'associer systématiquement « logiciel libre » et « gratuit ». Bien que la plupart des logiciels libres soient distribués sans frais, beaucoup de développeurs de logiciels libres sont payés pour leur travail.

De cette confusion d'ailleurs est née le terme « open source » utilisé en anglais, pour éviter la confusion entre les deux sens de « free ».
Patrice Levesque , janvier 22, 2010
Enfin! Une journaliste qui sait de quoi elle parle
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Quand les journaux parlent du logiciel libre on a l'impression que le ou la journaliste n'y comprend strictement rien. Ce n'est pas le cas ici.

Félicitations à Mme Dufour. Bonne chance à M. Béraud
André Cotte , janvier 22, 2010
Dommage …
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L'article est très bien rédigé et il est dommage que la RRQ n'est pas souhaité donner son point de vue sur la situation. En effet si 25 demandes d'annulation ont été déposées, notamment par la RRQ, on peut imaginer qu'ils ont de bonnes raisons de ne pas souhaiter d'aller devant un tribunal.

Il aurait été intéressant de mettre en évidence pour contrebalancer cette absence de réaction de reprendre les demandes en annulation, si rendues publiques, pour donner un aperçu du point de vue de la RRQ.

Merci pour cet article.
Nicolas S. , janvier 22, 2010

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