MCN21: L'importance d’investir dans l'économie verte PDF Imprimer Envoyer
Nouvelles générales - Environnement
Écrit par RueFrontenac.com   
Samedi, 11 avril 2009 17:05
Mise à jour le Lundi, 13 avril 2009 00:32

Plus qu’un livre, Maîtres chez nous, 21e siècle est un véritable projet de société sur l’avenir énergétique du Québec élaboré par quelques environnementalistes aussi chevronnés que visionnaires. Dénonçant les scandales et décisions illogiques tout comme le manque de vision stratégique du gouvernement québécois et de la société d’État Hydro-Québec depuis les 15 dernières années en matière d’énergie, ils proposent des pistes de solutions simples et viables pour que le Québec prenne le contrôle de son énergie, qu’il se libère du joug des énergies fossiles et qu’il devienne un véritable leader en matière d’énergies vertes.

MCN21 entreprendra une tournée à travers le Québec pour que, collectivement, les Québécois puissent choisir et élaborer un réel projet de société en matière d’énergie.

RueFrontenac.com vous présente quelques extraits tirés du livre Maîtres chez nous, 21e siècle. Voici le quatrième et dernier extrait portant sur l’importance d’investir dans l'économie verte. Le chapitre a été écrit par Vincent François et peut être consulté dans sa globalité à la fin de l’extrait.

L'économie et l’importance de l’investissement dans l'économie verte

Qui dit relance dit investissement. Qui dit nouvelle technologie dit investissement. Qui dit avenir dit investissement.

Verte ou pas, nouvelle ou pas, l'économie va devoir investir. «On estime à 2 500 milliards de dollars américains les investissements réalisés dans le secteur de l'économie verte dans les prochaines années, soit plus que dans les TIC!»

«Selon le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), l'investissement mondial dans les énergies qui n'émettent pas de gaz à effet de serre atteindra 1 900 milliards de dollars d'ici à 2020. Dans le monde entier, près de 2 millions de personnes sont employées dans les secteurs de l'énergie solaire et de l'énergie éolienne, dont la moitié en Chine.»

Toujours selon ce rapport 2008, la nouvelle économie verte dirige également l'invention, l'innovation et l'imagination des ingénieurs a une échelle qui n'a probablement pas été vue depuis la révolution industrielle
d'il y a plus de deux siècles. «Il faudrait consacrer 1% du PIB ou environ 750 milliards – moins de 10% que ce qui a été dépensé pour les banques, les grandes entreprises et les primes de leurs cadres – afin de transformer cinq secteurs économiques.(...) Ces 750 milliards devraient susciter une activité économique d'une valeur globale de (...) 3 000 milliards.»

Les investissements à mettre en oeuvre doivent soutenir les objectifs vus plus haut, aider à accompagner les changements, casser les résistances nuisibles, appuyer les nouveautés technologiques ou organisationnelles, absorber les échecs, les prototypes.

Augmenter l'efficacité énergétique ne se limite pas à l'augmentation de la productivité, à la résorption des pertes en transport ou à la bonne allocation finale. Il nous faut bâtir «autour du concept de sobriété énergétique et de productivité informationnelle et cognitive.» Dépenser moins, consommer moins, pour continuer.

«Les investissements nécessaires pour convertir notre société à une économie sobre en carbone – des investissements qui peuvent changer la façon dont nous vivons et travaillons – pourraient fournir le moteur de la croissance pour les deux ou trois prochaines décennies. Ils garantiraient que la croissance et les améliorations induites de niveau de vie soient durables. La voie que nous avons empruntée jusqu'alors ne l'est pas.»

(...) «Les investissements du privé réagissent aux signaux du marché. Ces signaux sont faussés parce que nous avons chiffré à zéro le prix de l'une des ressources les plus rares dans le monde: une atmosphère de qualité, et que les coûts sociaux des émissions qui nous conduisent vers une atmosphère polluée ne sont pas pris en compte.»

Le marché nous a pourtant bien montré sa totale inefficacité quand il s'agissait de faire les choix en matière énergétique. «Le marché a failli lamentablement dans la lutte contre le réchauffement de la planète», affirme Sir Nicholas Stern. Malgré la démonstration actuelle, malgré le délire qui consiste à penser que, voyant les prix grimper, Dieu va se frotter les mains et remettre du pétrole dans les puits secs pour profiter de l'aubaine, il se trouve encore des gens pour accorder au marché une quelconque vérité. On pense alors que la baisse des cours de l'énergie reportera à plus tard la recherche et le développement de ces types d'énergie. Or, comme l'a parfaitement démontré Sir Nicolas Stern, lorsque le prix de l'énergie remontera, on trouvera à nouveau une bonne excuse pour relancer les forages, les explorations et l'exploitation des énergies sales comme le pétrole, le charbon, le gaz naturel ou l'uranium.

«Selon une étude récente de l'InstitutPersonne, 10 milliards de dollars (..) d'investissements aux États-Unis dans l'isolement des habitations et des locaux administratifs de l'État fédéral pourraient créer et maintenir jusqu'à 100 000 emplois entre 2009 et 2011, tout en économisant de 1 400 à 3 100 milliards de dollars par an entre 2012 et 2020.»

En Chine, même constatation: «Un total de 2,85 milliards de mètres carrés de bâtiments économiques, représentant 16,1% des bâtiments existants, a été construit dans les villes et les villages chinois (...) Il est prévu qu'en 2010, un standard permettant de réduire l'énergie de 50% sera introduit dans les bâtiments des villes et des villages chinois. Quant aux grandes métropoles et quelques grandes villes, l'utilisation de l'énergie va baisser de 65%, selon les critères qui seront mis en application.»

Les subventions actuelles, notamment celles liées à l'utilisation des combustibles fossiles, sont aussi une source importante d'investissement. En les abolissant peu à peu, les gouvernements sont capables d'y puiser des ressources supplémentaires tout en accompagnant les changements d'habitude des entreprises et des particuliers. Leur suppression à terme «pourrait réduire les émissions de C02 par cinq à six pour cent chaque année. Actuellement, les subventions aux combustibles fossiles sont de 200 milliards de dollars par an contre un soutien pour les technologies à faible émission de carbone estimé à 33 milliards de dollars par an.»

L'investissement en recherche et développement est évidemment indispensable. On parle d'une augmentation de «30 milliards de dollars à 90 milliards de dollars en 2015 et à 160 milliards de dollars d'ici 2025» pour stabiliser le C02 dans l'atmosphère à 550 parties par million.»

L'investissement passe aussi par des formes de crédit pour inciter l'utilisation de technologies et d'habitudes plus vertes. «Une attention particulière doit être prêtée aux nouvelles solutions et règles financières qui répondent au manque de financement local dans les économies moins développées car ceci exclut ces économies à la création d'infrastructures à faible émission de C02

Ailleurs, les gouvernements et les populations ont déjà pris des des mesures comme en Ontario, où un programme de 3 milliards étalés sur 8 ans constitue un début pour les questions de changement climatique, de technologies environnementales, d'énergies alternatives ou non polluantes.

En Europe, un programme de la politique communautaire de cohésion apporte un impressionnant montant de 105 milliards d'euros au service de l'économie verte. Cet investissement permettra la création d'emplois à long terme, la régénération des économies locales et soutiendra également l'engagement communautaire dans la lutte contre le réchauffement climatique. Ce montant représente le triplement des montants annoncés pendant la période budgétaire 2000-2006.

Face au déni et à l'atonie qui caractérise jusqu'à aujourd'hui la prise en compte de la crise climatique, il apparaît que la crise économique, par ses ressemblances et son apparence de soudaineté, peut aider à mobiliser. Les gestes de sauvetage des institutions financières et des organismes qui l'ont provoquée – au-delà du sentiment d'injustice qu'ils peuvent susciter – nous montrent qu'il est possible de mobiliser des investissements massifs et coordonnés.

Les solutions à la crise écologique passent par une remise en cause radicale de notre gloutonnerie, le développement d'alternatives énergétiques et la mise en oeuvre de nouvelles forme de gouvernance, plus respectueuses de l'ensemble de la population. Il ne reste plus qu'à agir, en mettant sur de bons rails écologiques les moyens que l'urgence du déraillement économique sait mobiliser.

Ce sera cher et long et il est même peut-être trop tard, mais ce sera moins cher et – espérons-le – plus long que l'inaction. Puisqu'il s'agit au final d'investir pour sauver l'humanité et ses valeurs, il est important de se montrer dignes de ces valeurs en agissant.

Pour lire l’intégralité du chapitre sur L'importance de l'investissement dans l'économie verte

À lire également: Un projet de société visionnaire sur l’avenir énergétique au Québec

Vendredi: Bref retour sur la gestion de l’énergie depuis 15 ans

Samedi: Bureau des audiences publiques sur l’environnement

Dimanche: Les considérations de base liées à l’énergie

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