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Plus qu’un livre, Maîtres chez nous, 21e siècle est un véritable projet de société sur l’avenir énergétique du Québec élaboré par quelques environnementalistes aussi chevronnés que visionnaires. Dénonçant les scandales et décisions illogiques tout comme le manque de vision stratégique du gouvernement québécois et de la société d’État Hydro-Québec depuis les 15 dernières années en matière d’énergie, ils proposent des pistes de solutions simples et viables pour que le Québec prenne le contrôle de son énergie, qu’il se libère du joug des énergies fossiles et qu’il devienne un véritable leader en matière d’énergies vertes.
MCN21 entreprendra une tournée à travers le Québec pour que, collectivement, les Québécois puissent choisir et élaborer un réel projet de société en matière d’énergie. RueFrontenac.com vous présente quelques extraits tirés du livre Maîtres chez nous, 21e siècle. Le premier extrait se présente comme une chronique de «l'énergie au Québec depuis 15 ans». Le chapitre a été écrit par Daniel R. Breton et peut être consulté dans sa globalité à la fin de l’extrait. Voici une chronique de la gestion de l'énergie au Québec depuis 15 ans, alors que nous célébrons le 15e anniversaire du début du débat public sur l'énergie. Ce débat majeur dans l'histoire du Québec devait marquer l'énergie pour les années à venir au Québec. Il ne l'a pas marqué car on a mis de côté ou contourné à peu près toutes ses recommandations. Quelques dates et moments importants :
Milieu des années 1980: Changement du mandat d'Hydro-Québec par Jacques Parizeau. De société d'État ayant à rendre des comptes au peuple du Québec, Hydro-Québec n'a désormais de comptes à rendre qu'au gouvernement et doit tendre vers une maximisation de ses profits à court terme. Autrement dit, Hydro-Québec va devoir penser selon une logique d'entreprise privée. Cela fera en sorte que les aspects écologique et démocratique de la mission de la société d'État s'en trouveront diminués de façon importante. Le président d'Hydro-Québec, Robert Boyd, s'y oppose.
1995: La Coalition pour un débat public sur l'énergie, dont le président de l'AQLPA, André Bélisle, était porte-parole, a pu convaincre les Québécois que nous n'avions plus besoin de nouvelles centrales électriques. Il était maintenant admis que des programmes efficaces d'économie d'énergie pourraient suffire à la demande pendant de nombreuses années, tout en ne nuisant ni à l'environnement, ni aux finances publiques. Cette coalition fera naître le débat public sur l'énergie présidé par Alban D'Amours, qui en viendra aux conclusions suivantes: ce qui doit primer sur toutes les autres formes d'énergie pour assurer l'avenir du Québec et de la planète, ce sont les économies d'énergie et l'efficacité énergétique, suivies des énergies vertes telles que l'éolien, le solaire et toutes les nouvelles sources d'énergie vertes qui se développeront.
1997: Hydro-Québec achète près de la moitié des actions de Gaz Métropolitain (43%). André Caillé, alors président de Gaz Métropolitain, devient président d'Hydro-Québec. Dès lors, la destinée d'Hydro-Québec prendra un autre virage: – coupes majeures dans la recherche et le développement, la moitié des chercheurs de l'Institut de recherche en électricité du Québec (IREQ) seront ainsi «rationalisés». Au moment où la recherche semble plus importante que jamais, cette décision apparaît pour le moins étrange; – ventes de pans entiers d'Hydro-Québec au privé; – décret de M. Caillé: aucun nouveau projet ne sera mis en chantier si son énergie coûte plus de 3 cents/kWh. Ainsi, la construction de centrales cessera brutalement. Seuls les projets de mini-centrales, privées, seront mis de l'avant; – fin des programmes d'efficacité énergétique. Les budgets de l'Agence d'efficacité énergétique seront d'ailleurs diminués radicalement.
À tel point que, lors du débat sur le projet du Suroît en 2004, l'Agence d'efficacité énergétique n'avait même plus assez d'argent pour présenter un mémoire!
D'aucuns diront publiquement quelques années plus tard que si nous sommes sur le point de manquer de capacité de production d'électricité, c'est principalement dû aux écologistes et aux premières nations qui se sont opposés à la construction des projets de barrages tels que Grande-Baleine et les mini-centrales. Ce faisant, ils omettront de mentionner qu'en n'allouant que les projets de moins de 3 cents/kWh (ce qui est devenu à ce point à peu près impossible) et en coupant tout programme d'efficacité énergétique, M. Caillé et son équipe nous mènent tout droit vers un déficit de capacité! Lorsqu'on apprend par ailleurs que, dès leur arrivée, ils ont commencé à planifier les 12 projets de centrales au gaz naturel et le projet de port méthanier Rabaska, il y a lieu de se poser de sérieuses questions.
La loi 116
Plus tard, le premier ministre Lucien Bouchard élaborera en collaboration avec André Caillé la loi 116 qui divisera Hydro-Québec en trois entreprises distinctes : Hydro-Québec Production, Hydro-Québec Distribution et Hydro-Québec Transport. Dans ce contexte, ils soustrairont Hydro-Québec Production au contrôle de la Régie de l'énergie et priveront ainsi les Québécois de la possibilité de déterminer, de manière indépendante des fournisseurs d'énergie, leurs véritables besoins. Hydro-Québec Production camouflera alors ses données dites confidentielles «sous prétexte de concurrence». Ainsi, quelques mois à peine après le débat public sur l'énergie qui aura mené à la création de la Régie de l'énergie pour que les besoins énergétiques soient discutés de façon transparente et démocratique – entre autres à cause de la façon de faire trop secrète des dirigeants d'Hydro-Québec –, on nous ramène dans le noir. Il nous faudra à nouveau nous fier aux dirigeants d'Hydro-Québec pour savoir «ce qui est bon pour nous». La plupart des politiciens ne connaissant rien au dossier de l'énergie, cela passera comme une lettre à la poste.
2004: le Suroît, un sursaut de conscience populaire. Objectifs: 800 MW, 800M$, 60 emplois permanents Gaz à effet de serre: 2 400 000 tonnes de CO2 par an (soit 600 000 voitures en équivalence de CO2) Émissions polluantes : équivalent de 12 000 voitures. Le 23 décembre 2003, alors que tout le monde se prépare pour Noël, Stéphane Bertrand (ancien vice-président de Gaz Métro et, soit dit en passant, chef de cabinet du premier ministre Jean Charest) fait passer le décret autorisant la construction de la centrale du Suroît. Cette centrale, qui aurait été gérée par General Electric, aurait fonctionné au gaz naturel, ressource dont nous ne disposons pas au Québec, polluante et de plus en plus onéreuse.
La raison officielle de cette décision que véhiculera André Caillé est la suivante: nous allons manquer d'énergie très bientôt car le niveau d'eau des barrages est trop bas, selon les chiffres de la société d'État. Le seul hic, c'est que la haute direction refuse de nous montrer les chiffres. À l'hiver 2003-2004, prenant pour prétexte cette pénurie annoncée d'électricité, M. Caillé demandera même aux gens du Québec de baisser leur thermostat pour bien nous faire comprendre que nous étions à la limite de nos capacités! Le «coup de la panne»...
À cette époque, une collègue d'université me révélait qu'un de ses professeurs de relations publiques aurait avoué à la classe à laquelle elle assistait que cet «appel» avait été élaboré dès l'automne afin de créer un sentiment d'urgence et d'insécurité auprès de la population. C'est effectivement un moyen éprouvé et très efficace de manipuler l'opinion publique…
Seul problème, l'appel fonctionna si bien qu'en une nuit, tout le Québec put se rendre compte qu'en baissant tout simplement son thermostat, il pouvait économiser l'équivalent en production de la centrale du Suroît, et même plus!
Cette décision, prise en catimini, a mené à la création de la coalition Québec-Vert-Kyoto, aujourd'hui appelée Québeckyoto (dont j'ai été le leader et porte-parole avec André Bélisle) afin de mobiliser les gens autour du fait suivant: au moment où la planète devait diminuer ses émissions de gaz à effet de serre, le Québec allait les augmenter considérablement. De plus, d'un point de vue économique, tous les pronostics prédisaient une hausse du prix des hydrocarbures, ce qui rendait tous ces projets très risqués puisque nous ne possédions pas de gaz naturel et ainsi n'avions aucun contrôle sur son prix, ni sa distribution.
Le débat fut féroce et dura de février à novembre 2004. Fait incroyable, lorsque Thomas Mulcair, alors ministre de l'Environnement, annonça la fin du projet du Suroît auquel il était lui-même opposé, on apprit que, à la suite d'un été particulièrement pluvieux, le niveau des barrages était «revenu» à une hauteur record et que le projet du Suroît n'était plus nécessaire!
Ainsi, si la construction avait commencé comme prévu dès le printemps 2004, nous aurions été pris avec une centrale polluante et émettrice de gaz à effet de serre équivalant aux émissions de 600 000 voitures par an pour plus de 30 ans, alors que le problème s'est, selon les dires d'Hydro-Québec, résorbé de lui-même après quelques semaines de pluie... Quelle planification!
Il est très intéressant de noter que durant cette bataille que nous avons livrée, Thierry Vandal, en tant que vice-président d'Hydro-Québec, affirmait à tous ceux qui voulaient l'entendre que l'énergie éolienne ne pouvait pas fonctionner dans un climat nordique comme le nôtre et que le gaz naturel était le meilleur moyen de fabriquer de l'électricité. Ai-je besoin de rappeler qu'il avait auparavant été VP chez Gaz Métropolitain? Il est aussi bon de rappeler que le fournisseur de gaz naturel pour la centrale du Suroît aurait été Gaz Métropolitain!
Quelques mois plus tard, M. Vandal prendra la place de M. Caillé à la tête d'Hydro-Québec. Une de ses premières déclarations publiques sera de dire que, depuis cinq ans, il avait compris que l'éolien était l'énergie de l'avenir au Québec, en pleine contradiction avec ses positions antérieures.
Mais ce que peu de gens savent, c'est qu'au moment de lancer le Suroît, l'équipe de M. Caillé avait dans ses cartons 11 autres projets de centrales au gaz naturel… Heureusement, les Québécois ont gagné la bataille du Suroît et temporairement forcé le gouvernement – qui s'était pourtant prononcé contre ce genre de projet dans son programme politique – et Hydro-Québec à prendre le virage des énergies vertes. Or ce virage, mal amorcé par un gouvernement qui avait pourtant à l'époque les deux mains sur le volant, est en train de mener à un dérapage. Néanmoins, 11 des 12 projets sont morts. Un seul a survécu: la centrale de Bécancour. Pour lire le chapitre complet sur l'énergie au Québec depuis 15 ans. Pour lire le chapitre complet sur le Bureau des audiences publiques sur l’environnement dont un extrait a été publié vendredi dans RueFrontenac.com. Dimanche: Un projet d'avenir − considérations de base liées à l'énergie Lundi: L'importance de l'investissement dans l'économie vert À lire également: Un projet de société visionnaire sur l’avenir énergétique au Québec
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