Un souper avec votre vigneron préféré PDF Imprimer Envoyer
Nouvelles générales - Style de vie
Écrit par David Santerre   
Lundi, 25 mai 2009 14:35
Mise à jour le Samedi, 30 mai 2009 01:28

J’ai toujours été fasciné, lors de balades dans quelques régions viticoles du monde, et même ici au Québec, par les conversations que j’ai eues avec les vignerons chez qui je me suis arrêté pour visiter leur domaine et déguster le fruit de leur labeur.

 
 

Peu importe le prestige du nom figurant sur l’étiquette de leurs bouteilles, la passion avec laquelle ils créent leur nectar est toujours contagieuse. Hélas, la Bourgogne, Bordeaux, la Toscane ou la Californie ne sont pas à la porte.

C’est pour cette raison qu’un hôtelier des Laurentides, un peu fou et passionné de vins, a décidé de faire venir à nous les vignerons du monde.

François Péloquin, sommelier de formation et directeur de la splendide Auberge du Lac-Morency à Saint-Hippolyte, organise depuis quelques années des soupers vignerons, aux six semaines environ.

Le concept est simple, le vigneron débarque avec ses produits, le chef et le sommelier de l’auberge concoctent un repas gastronomique de plusieurs services qui s’accorderont chacun avec les vins présentés. Tout au long du repas, le vigneron se déplace aux tables des convives, répond à leurs questions, parle de ses vins, de son métier, sa philosophie, pour le plus grand plaisir de tous.

«Nous avons déjà eu la visite d’Alain Brumont (propriétaire du domaine Montus à Madiran et star des vins de pays des côtes de Gascogne, en France) et récemment John Priest, de la maison Étude, en Californie. Nous faisons salle comble presque à chaque fois», explique l’original directeur, qui a lui-même planté 2500 pieds de vigne sur le terrain de son auberge en vue d’y servir bientôt sa propre cuvée de vin de glace.

 
La magnifique cave de l’Auberge du lac Morency.

Question de vérifier les dires du patron, je me suis rendu à la dernière soirée qu’il a organisée. Ça tombait bien, l’invité était la vedette du jour dans le petit monde du vin.

Cuvées gagnantes

Thomas Bachelder est le vigneron derrière le succès des vins du Clos Jordanne, dans la région de Niagara en Ontario. Ce jour-là, il venait d’apprendre que dans une dégustation à l’aveugle organisée par le magazine Cellier, et qui se voulait une sorte de remake du jugement de Paris de 1976, son Chardonnay Claystone Terrace avait remporté la compétition contre les plus grosses pointures du vin blanc, dont le Clos des Mouches, en Bourgogne.

Bachelder s’est présenté au lac Morency avec six cuvées, trois pinots noirs et trois chardonnay. Le vigneron est né à Montréal, mais c’est à Beaune en Bourgogne, une région viticole qu’il vénère (avec raison), qu’il a appris son métier.

«Le pinot noir et le chardonnay m’ont choisi. J’ai commencé par m’intéresser aux bordeaux, mais j’ai découvert qu’il n’y a pas un cépage qui nous parle autant de l’endroit d’où il vient que le pinot noir», a expliqué M. Bachelder aux dîneurs, dont certains n’ont jamais manqué une seule de ces soirées.

Pas étonnant alors que le style de la maison soit résolument bourguignon.

D’abord par la façon de travailler. La dénomination des vins du Clos Jordanne a un petit air de famille avec la très complexe classification des crus de Bourgogne.

 
Le chardonnay Claystone Terrace, champion du jugement de Montréal.


Les vins d’entrée de gamme, les Village Reserve, sont issus d’un assemblage de raisins cultivés dans diverses parcelles du Clos Jordanne, situées sur l’escarpement de la rivière Niagara dans le village de Jordan. Les cuvées plus prestigieuses, Claystone Terrace et Le Grand Clos, sont quant à elles produites de raisins issus de la seule et même parcelle dont elles portent le nom.

«Les producteurs de vins du Nouveau-Monde évaluent souvent leurs meilleures cuvées selon laquelle est la plus foncée. Et ils l’appellent la cuvée réserve. C’est trop simple. J’ai voulu retrouver le système des lieux-dits, où l’on choisit dans chaque vignoble la partie qui a le plus de caractère, le plus de finesse, et pas la plus foncée», raconte le vigneron.

Et tout au long du repas, c’est cette finesse toute bourguignonne qui m’a fasciné dans les pinots noirs de M. Bachelder. Même son Village Reserve, la cuvée d’entrée de gamme, est un petit régal de fruits rouges , doté d’une belle acidité et d’une touche herbacée.

Évidemment, quand on grimpe dans la hiérarchie de la marque vers les pinots de Claystone ou du Grand Clos, on gagne en complexité.

Ce dernier, tout en subtilité, dégage des arômes de sous-bois, de petits fruits des champs, sa minéralité et sa douce et interminable finale lui confèrent une grande classe. Digne de certaines appellations prestigieuses de Bourgogne selon moi. Il faut dire qu’à plus de 60$, un pinot canadien se doit d’être exceptionnel pour détourner l’amateur de la section Bourgogne de la SAQ.

Ajoutons aussi que le chef de l’auberge l’avait magnifiquement accompagné d’un suprême de pintade fermière aux bolets de Gaspésie. Vin et plat se mettaient mutuellement en valeur.

Quant aux blancs, je dois confesser une infime déception. Le chardonnay de Claystone, le grand gagnant du jugement de Montréal, est celui des trois vins blanc du Clos Jordanne qui m’a le moins plu. Trop boisé à mon goût. Charmeur certes, mais un peu racoleur.

 
Le pinot noir Le Grand Clos, le grand cru canadien.

Mais bon, je me suis délecté des deux autres, et même de son chardonnay d’entrée de gamme, le Village Reserve, dont les 23$ plutôt que les 40$ du Claystone ne font que le rendre plus sympathique. J’ai apprécié son fruit, ses notes de caramel, même la présence de notes boisées ne détonne pas, contrebalancée par la minéralité et une légère acidité. À l’apéro, avec le saumon fumé maison de l’auberge, c’était gagnant.

Et encore, impossible de passer sous silence la classe du Grand Clos, son nez exubérant et son incroyable longueur en bouche. Avec un plateau de fromages fins, un délice.

On a certes affaire ici au meilleur pinot noir canadien et parmi les bons produits hors de la Bourgogne, à mon avis. De facture moins bourguignonne, les chardonnay sont tout de même très réussis. Quant à en trouver à votre SAQ, soyez à l’affût sur le site Web du monopole d’État (www.saq.com), les nouveaux arrivages ne font pas long feu.

Pour terminer sur l’auberge, si vous le désirez, les soupers se terminent souvent par une visite dans la cave à vin. Un détour plus qu’intéressant pour l’amateur, avec ses 3000 bouteilles de tous millésimes et de tous les pays.

Le prix du repas varie selon les vins qui sont présentés. Dans le cas présent, c’était 105$. Pas exagéré pour un six services magnifiquement cuisiné accompagné de grands vins.

Pour savoir quand aura lieu le prochain souper vigneron, et qui en sera l’invité, consultez le www.lacmorency.com.





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