Un livre choc sur le projet Rabaska PDF Imprimer Envoyer
Nouvelles générales - Opinion
Écrit par Jessica Nadeau   
Lundi, 06 avril 2009 17:12
Mise à jour le Lundi, 06 avril 2009 19:27

Un projet insensé comportant des risques majeurs, un environnement et un patrimoine défigurés, une ressource énergétique dinosaure qui éloigne encore un peu plus le Québec des objectifs de Kyoto, une loi sur le développement durable occultée, des analyses bâclées, un gouvernement inconscient et irresponsable qui bafoue le droit des citoyens au profit d’un consortium international prêt à investir des centaines de millions de dollars… Le livre Rabaska : autopsie d’un projet insensé, qui paraîtra en librairie dans les prochains jours, fera l’effet d’une véritable bombe, faisant couler encore un peu plus d’encre dans la désormais célèbre saga du port méthanier à Lévis.

Les quatre auteurs – Gaston Cadrin (géographe), Bernard Dagenais (expert en communications), Michel Lessard (spécialiste du patrimoine) et Pierre-Pascal Sénéchal (science politique) – affirment avoir mené une «enquête rigoureuse sur les véritables raisons qui ont amené l’État à abandonner ses citoyens responsables». Ils décortiquent avec patience et lucidité chacune des étapes qui ont marqué le processus, depuis le lancement du projet en avril 2004 jusqu’à l’acceptation gouvernementale en mars 2008.

Selon les auteurs, «le terminal Rabaska est un projet mal localisé, à risque technologiques majeurs et non conformes aux principes de développement durable». Mettant de l’avant la Loi québécoise sur le développement durable, selon laquelle tout nouveau projet doit prendre en compte le caractère indissociable des dimensions environnementale, sociale et économique des activités de développement, ils dénoncent les commissaires du Bureau d’audiences publiques en environnement (BAPE) affectés au dossier.

«Il est tout à fait inexplicable que les commissaires du BAPE […], au lieu de mener une réflexion rigoureuse et sérieuse sur les véritables enjeux de ce projet, se soient aussi facilement accommodés des arguments et des prétentions du promoteur et se soient montrés aussi perméables aux attentes politiques», écrivent-ils.

Ainsi, même s’ils ont affirmé en présentation de leur rapport que les décisions avaient été guidées par les grands principes du développement durable, «rien n’indique de façon convaincante (...) que ces éléments ont eu une quelconque influence dans l’analyse des commissaires», affirment les auteurs.

 
Rabaska : autopsie d’un projet insensé,
publié aux Éditions Fides, en librairie dès le 10 avril.
 

 Lévis , ville la plus polluée

Sur le plan environnemental, les 146 000 tonnes de GES  qui seront émise par les installations, combinées à celles déjà existantes, feront de Lévis «la ville la plus polluée du Québec par habitant», disent-ils. Et selon eux, si on se fie aux experts, le gaz naturel est un combustible fossile qui devrait cesser d’être brûlé avant 2050 pour faire face aux changements climatiques. Le gaz naturel est, selon les auteurs de Rabaska : autopsie d’un projet insensé, une  «ressource énergétique dinosaure» venue d’ailleurs pour des clients d’ailleurs qui éloignera – encore un peu plus –  le Québec des objectifs de Kyoto.

Se fiant aux arguments mis de l’avant par les promoteurs, plaident messieurs Cadrin, Dagenais, Lessard et Sénéchal, les commissaires du BAPE «ont cru que le gaz naturel remplacerait des énergies plus polluantes au Québec ou ailleurs, ce qui n’a d’ailleurs jamais été démontré. Dans le contexte énergétique québécois, riche en électricité hydraulique et éolienne, quelle aberration!».

Des citoyens bafoués

Si les consultations du BAPE n’ont rien donné, que dire des consultations avec les citoyens farouchement opposés au projet? Un exercice «bidon», estiment les auteurs. Un déni social et un mépris total des populations concernées, qui rejettent massivement le projet.

«Cette population est dans le désarroi, elle est inquiète pour son avenir. Ne voulant pas jouer à la roulette russe avec la vie de leur famille, plusieurs se sont résignés à la perspective d’un déracinement social, en quittant éventuellement ce milieu de vie apprécié. Pour ceux qui resteront, leur inquiétude persistera.»

Comment expliquer alors que le gouvernement n’a aucunement pris en compte leur résistance et va de l’avant avec ce projet qui changera à tout jamais le visage de la côte de Lévis-Bellechasse juste en face de l’île d’Orléans? Ce même gouvernement qui affirmait l’an dernier que «l’acceptation sociale est essentielle à tout projet… éolien»? Pourquoi ce qui est bon pour l’éolien, complètement inoffensif et vert, ne le serait pas pour un port méthanier qui implique des risques d’explosion importants?

Ces questions, contradictions et autres irrégularités pour le moins troublantes sont soulevées par les auteurs, qui révèlent, sans avoir peur des mots, les dessous et les coulisses de cette «saga fort révélatrice de la pauvreté de nos élites et de la faiblesse des institutions».

«En refusant toute analyse prospective, sérieuse et indépendante, le gouvernement Charest a fait preuve d’une inconscience et d’une irresponsabilité dont il aura à répondre un jour ou l’autre. Son discours a été essentiellement modelé sur celui du promoteur et sur celui des lobbies locaux ou nationaux qui n’ont pas toujours les intérêts supérieurs du Québec comme motivation première.»

Avec un projet estimé à 840 millions de dollars, on peut se demander en toute légitimité si les centaines de millions promis donnent le droit à nos politiciens de jouer avec l’avenir d’un fleuve et de ses habitants.

En exclusivité,  un extrait du livre Rabaska : autopsie d’un projet insensé



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