| Bondy Blog – Un ghetto dans le ghetto |
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| Nouvelles générales - Immigration | |||||||||||
| Écrit par Valérie Dufour | |||||||||||
| Dimanche, 15 novembre 2009 17:50 | |||||||||||
| Mise à jour le Mardi, 17 novembre 2009 10:02 | |||||||||||
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PARIS – « Je ne viens pas ici souvent. J’y viens pour le boulot. (...) Moi, je ne me promènerais pas ici le soir. Je ne doute pas que des gens bien vivent ici, mais il y a du trafic de drogue. »
Venant de la blogueuse Stéphanie Vanet, ces propos sur les cités urbaines sont un peu surprenants. Voyez-vous, cette jeune journaliste, qui travaille au Bondy Blog, est née et a grandi à Bondy, une banlieue située à une dizaine de kilomètres au nord-est de Paris. En ce samedi pluvieux, les rues de cette ville de 53 611 habitants sont pratiquement vides, mis à part quelques personnes qui s’affairent à ranger des perches de métal, vestiges du petit marché hebdomadaire installé à un jet de pierre de la gare qui vient de fermer boutique. « Où sont les gens ? C’est la fin de semaine, alors ils sont à Paris ! C’est là où tout se passe pour la majorité des habitants : le boulot, les études, le divertissement... Bondy, c’est pour dormir », glisse en riant Idir Hocini, lui aussi journaliste de ce blogue né des cendres des émeutes des banlieues françaises à l’automne 2005.
Candide conversation Sa collègue Stéphanie et lui ont accepté de jouer les guides touristiques pour RueFrontenac.com. L’espace d’un après-midi, nous avons parcouru à pied les principaux quartiers et artères de Bondy, et ils ont parlé candidement de leur vie professionnelle et personnelle. La représentante du site Internet des employés en lock-out du Journal de Montréal s’est rendue à Paris à l’invitation de la French-American Foundation pour participer à un symposium sur la couverture de l’immigration.
« Ici, c’est l’inverse des États-Unis. La pauvreté est en banlieue, pas dans les villes », souligne Stéphanie pendant que nous parcourons la partie sud de la ville. Séparé physiquement par la voie ferrée, ce quartier est bordé de jolies maisons (« des pavillons », précise Idir) et il compte un immense parc de trois hectares, le seul espace vert d’envergure de la localité. « C’est ici que les Blancs habitent », blague Idir. « Il ne faut pas l’écouter, il vous déballe des clichés », réplique Stéphanie en lui jetant un regard complice. Stéphanie et Idir ont tous deux grandi ici. Ils ont fréquenté les mêmes écoles. Ils ont couru dans ce parc. « C’est derrière ce buisson que j’ai embrassé ma première copine », lance Idir, un véritable stand-up comic sur deux pattes. La seule différence, c’est que le jeune homme de 28 ans habitait dans une tour de logements un peu glauque avec ses parents d’origine algérienne, alors que Stéphanie vient d’une famille française classique. Ville ouvrière À l’image des autres banlieues parisiennes, Bondy a d’abord été une ville ouvrière avant de se transformer en cité dortoir dans les années 1960. C’est à cette époque que le gouvernement de la France a construit de nombreux HLM, des tours d’appartements modestes conçues pour accueillir principalement les ouvriers maghrébins et leurs familles. « Le Bondy Blog est là pour dénoncer certains préjugés. La génération d’Idir et de moi, on est allés ensemble au collège. On dit que Idir est Algérien, mais ce n’est pas vrai. Il est Français comme moi. Le blogue est une lutte continuelle pour montrer la France de la banlieue, pour montrer ce que la France est vraiment. Il faut arrêter les clichés comme le mouton dans la baignoire ou ce genre de trucs archaïques », insiste Stéphanie, qui est également conseillère à l’insertion dans un centre local d’emploi.
En traversant la ville, mes guides pointent du doigt les changements dans le décor urbain. Ils notent que les maisons sont plus vieilles, que la brique laisse lentement la place au béton. « Là, c’est la mairie... On dirait un édifice russe des années 1950 », dit Idir. Mordor Après une brève visite dans la sombre église Saint-Pierre, nous passons la rue principale où des immeubles ont été retapés en condos neufs en direction du Nord et tours de HLM de ce secteur. Stéphanie parle des « barres », Idir appelle ce coin de la ville « Mordor », en référence au Seigneur des anneaux. « Hier, je passais ici, et un mec m’a traitée de « chienne ». Je n’avais rien fait. Je ne lui avais pas parlé. Je ne l’avais même pas regardé. Je n’ai rien répondu », raconte Stéphanie en enjambant le petit pont qui passe par-dessus le canal Ourcq. « Tu devais porter une mini-jupe. Tu as dû l’aguicher », laisse tomber à la blague Idir. « Non ! Pas du tout », réplique Stéphanie. En entrant dans ce secteur, la faune urbaine change un peu. L’activité est plus importante dans les rues. On y voit des enfants et plusieurs femmes portant le hijab. Une voiture passe. Le passager sort un drapeau algérien et nous crie : « On va détruire les Égyptiens ! », en référence à l’important match de foot qui aura lieu le soir même. Outre les nombreux tags, les tours à logements n’ont rien de bien différent des immeubles à haute densité qu’on trouve à Montréal. Mais l’isolement d’une frange de la population immigrante dans ce coin de la ville fait que ces HLM forment un parfait petit secteur pour les petits criminels qui, le soir venu, vendent de la drogue, brisent les vitres des arrêts d’autobus et commettent des vols.
Le bon et le moins bon « Nous, on parle du bon et du moins bon. On rapporte tout. Si on est dans Bondy-Nord et qu’on voit un deal de drogue pendant notre reportage sur un autre sujet, on le dit. Avant le Bondy Blog, les reportages étaient très biaisés contre la banlieue. (...) La première fois que j’ai vu des journalistes, c’est après les émeutes », signale Idir. Titulaire d’une maîtrise en histoire, il a commencé à collaborer au Bondy Blog en 2006. Comme tous les jeunes journalistes, il lui a fallu un peu de temps pour se trouver un créneau dans les médias traditionnels, mais il a actuellement en poche un contrat de deux ans avec la chaîne TF1. Stéphanie et Idir sont le reflet des efforts de Nordine Nabili et de tous ceux qui se sont succédé à la direction de ce blogue depuis 2005. Celui qui a été rédacteur en chef du Bondy Blog de l’été 2007 à 2009 regarde le travail accompli avec fierté. En plein coeur de la fin de semaine, les locaux de ce média électronique bourdonnent, un blogueur travaille sur un montage vidéo, un autre arrive d’une assignation dans une autre ville, un de ses collègues se prépare à couvrir le match de foot entre l’Algérie et l’Égypte. La voix des jeunes « Dans la tête des élites françaises, les citoyens des banlieues ne sont pas des Français à part entière. Ce que réussit à faire le Bondy Blog, c’est de maintenir la voix des jeunes des banlieues en vie et d’être innovant. On est le caillou dans la chaussure des médias classiques. (...) Il y a trois ou quatre ans, être journalistes pour ces jeunes n’était pas un rêve imaginable », souligne M. Nabili. Ce journaliste d’expérience qui a travaillé notamment pour l’agence Reuters et Radio France Internationale a réussi à établir un partenariat avec l’École supérieure de journalisme de Lille. Et cette nouvelle alliance lui permet actuellement de parrainer une vingtaine de jeunes qui projettent de faire des études en journalisme.
Le Bondy Blog en chiffres • Le Bondy Blog compte une quarantaine de blogueurs répartis dans huit villes, principalement en France mais aussi en Suisse et au Sénégal. On prévoit l’ouverture d’une version anglaise du Bondy Blog au début de 2010 à Londres. • Selon les responsables du site, le Bondy Blog attire quelque 25 000 visiteurs uniques chaque jour. • Le Bondy Blog est financé par Yahoo! à hauteur de 4 000 euros (environ 6 000 $ CA) par mois et le budget prévisionnel 2010 prévoit des dépenses de 12 000 euros par mois (quelque 18 000 $ CA). Ce budget permettra aux responsables du site de mieux rénumérer ses effectifs. • Les blogueurs reçoivent 40 euros (quelque 60 $) pour chaque participation.
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