Le yin et le yang des Québécois PDF Imprimer Envoyer
Nouvelles générales - Vu de la Colline
Écrit par Yves Chartrand   
Vendredi, 26 juin 2009 20:25
Mise à jour le Vendredi, 26 juin 2009 21:52

QUÉBEC – Il y a quelque chose d’extrêmement contrastant qui s’est produit cette semaine au Québec. Une vision qui montre le yin et le yang des Québécois dans toute sa cruelle beauté. Voir la comédienne Suzanne Clément proclamer mercredi haut et fort au parc Maisonneuve que «nous sommes le monde» et entendre François Legault le lendemain dire qu’un «déclin tranquille» nous guette en raison de notre apathie pour la politique illustrent éloquemment comme nous sommes une nation complètement mélangée qui a perdu le nord.

 

L’avez-vous vue mercredi soir cette belle fille épanouie à la tignasse flamboyante, le feu dans les yeux, la voix forte et émotive, y aller d’un plaidoyer patriotique qui a fait l’apologie de notre «nation», affirmer
que nous sommes «uniques», «libres», que le monde entier nous appartient et nous regarde avec envie comme un modèle de société à atteindre? Dieu que nous sommes beaux à travers les yeux de la comédienne Suzanne Clément!

Mais cette société idyllique existe-t-elle réellement? Sommes-nous le modèle à imiter? La première réflexion qui m’est venue à l’esprit en regardant cette adresse patriotique est que le monde culturel québécois, auquel appartient Mme Clément, est, de fait, exemplaire. À ma connaissance, il n’existe aucun endroit sur cette planète où une petite nation comme la nôtre irradie autant sur la scène internationale au travers de l’art. Le Québec – et en particulier Montréal – est un bouillon de culture exceptionnel.

Ce n’est pas le modèle politique du Québec qui fait l’envie des autres, mais sa créativité culturelle prolifique. Les Céline Dion, Robert Lepage, Richard Desjardins, sans oublier le Cirque du Soleil et l’élite théâtrale, sont des cartes de visite privilégiées pour nous à l’étranger.

Le monde de la culture québécois est celui qui est le plus cohérent au Québec, capable de se serrer les coudes lorsqu’il y a péril en la demeure. On l’a bien vu l’automne dernier après que les conservateurs de Stephen Harper eurent annoncé des coupes dans le domaine de la culture. Les artistes ont riposté par la bouche de leurs canons et ils sont probablement la cause principale de leur quasi-défaite au Québec. Car c’est bien ici que les conservateurs espéraient faire les gains électoraux pour se donner un gouvernement majoritaire.


François Legault a eu le courage de faire la critique non seulement des partis politiques mais aussi du peuple lui-même.
Lendemain de party

Jeudi, le lendemain du party de la fête nationale, c’est une tout autre histoire que nous avons entendue ici sur la colline parlementaire à Québec. Beaucoup moins enivrante. François Legault a confirmé son retrait de la vie politique et en a profité pour livrer un état des choses après plus de dix ans comme élu.

Ce qu’il y a de bien avec les politiciens qui quittent la vie politique, c’est que pour une rare fois, ils livrent le fond de leur pensée sans ce fichu filtre stratégique imposé par les partis politiques. Cela donne de beaux moments lumineux qui font la joie des journalistes. Le témoignage de François Legault était un de ces moments privilégiés: il a eu le courage de faire la critique non seulement des partis politiques mais aussi du peuple lui-même, une chose que l’on voit trop peu souvent.

Son constat est implacable: le Québec a pris le chemin d’un «déclin tranquille» et sans un coup de barre radicale et rapide pour redresser la situation, nous allons péricliter comme société. Il a montré du doigt les problèmes endémiques des systèmes de santé et d’éducation, ce qui n’est pas nouveau, mais surtout, il a dénoncé une dernière fois la voie empruntée par le gouvernement libéral de Jean Charest de replonger le
Québec dans des budgets déficitaires sans réel plan pour retrouver l’équilibre budgétaire durant son mandat.

Selon Legault, les libéraux viennent de jeter à la poubelle le grand consensus établi par le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard en 1998, ce qu’il considère inacceptable.

Impasse politique

Mais la raison qui le rend «inquiet pour l’avenir du Québec», c’est surtout l’impasse politique qui perdure au Québec depuis une décennie en raison de l’apathie générale de la population. Le «cynisme actuel nous empêche de bouger», a-t-il lancé. «Je souhaite que les Québécois sortent de leur torpeur et commencent à se poser des questions. La question du Québec n’est pas réglée mais on refuse de l’admettre collectivement.»

Pour lui, la clé pour redynamiser notre société est toujours la souveraineté, un projet qui «piétine» en raison de l’indifférence des Québécois. Mais l’envers est aussi vrai, ajoute-t-il. Un renouvellement
significatif du fédéralisme canadien dans lequel le Québec serait confortable est «un fruit qui n’en finit plus de mûrir» car on a cessé de revendiquer. «La perte de confiance et le cynisme de la population à l’égard de la classe politique freinent tout élan», juge François Legault, qui désespère devant cette indifférence. «La fatigue, le cynisme et le fatalisme ne peuvent servir d’excuses pour accepter l’immobilisme. Le Québec doit retrouver la voie du courage et de l’audace.»

Alors, voilà pourquoi j’ai toujours entretenu une certaine réserve envers ces manifestations de nationalisme exubérant de la Saint-Jean où nous nous enveloppons dans le drapeau fleurdelisé et crions jusqu’à en perdre la voix comme nous sommes beaux, émancipés et uniques. Non pas que je nie ce droit de dire haut et fort notre existence mais bien parce j’y ai toujours vu une fausse illusion malaisée. On oublie de «se bouger le cul» une fois la fête terminée, a écrit Pierre Bourgault.

Le Québec est une construction inachevée envahie par le vert-de-gris. Mais nous agissons comme si cette ébauche était l’œuvre d’art que nous désirons, comme l’a laissé entendre Suzanne Clément mercredi soir. Pour ma part, je trouve cela d’une tristesse infinie et chaque 24 juin me le rappelle cruellement…

Commentaires (7)

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Très vrai
0
Votre texte suggère une bonne réflexion Monsieur Chartrand.
C.Pelletier , juin 29, 2009
Règlementation obsessionnelle Québécoise
0
Bonjour à tous,

Nous avons de la misère à mettre un pied devant l'autre, je crois que la règlementation obsessionnelle en est une des causes.

Prenons juste le petit exemple des virages à droite sur les lumières rouges. Ici, à Longueuil,on nous a installées des interdictions de virage sur la rouge à peu près partout. Il y 3 ans, on a ajouté de ces panneaux d'interdictions pour en enlever un peu l'année suivante. Nous sommes envahis de lumières "spéciales" pour tourner à gauche et de flèche verte qui nous empêche de tourner à droite. Petite parentèse, on n'est pas encore foutu de faire respecter le passage à piéton, pourquoi alors gaspiller de la peinture?

Quoi qu'il en soit, toutes ces règlementations n'ont pour objectifs que création d'emploi mais n'ont rien de productif. Il en est ainsi pour la réforme scolaire, nous payons des personnes que l'on qualifie de grands penseurs et ça donne comme résultat, un décrochage scolaire à la hausse et des lacunes innacceptables chez ceux qui auront eu une passe gratuite.

En fait d'improductivité, dure à battre les 105 conseillés de la ville de Montréa et quoi dire aussi de l'improductivité de l'ensemble de la députation.

Il est clair qu'il y a trop de parasites et qu'un très grand nettoyage s'impose. Que ceux qui ont le pouvoir d'entreprendre ce nettoyage se lèvent!
Serge Cournoyer , juin 28, 2009
le mur
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Un jour, des artistes ont rédigé un texte intitulé Le refus global et les choses ont commencé à changer. J'ai cru il y a quelques années que le texte des Lucides allait provoquer quelque chose. Mais non, il faut croire que le fruit n'est pas encore mûr mêm si le vrai mur s'approche à grande vitesse. Mais je ne vois pas comment les moins de quarante ans peuvent vibrer en écoutant Jean Charest ou Pauline Marois.
gilles lacoste , juin 27, 2009
vue du ciel
0
Bonjour , voilà que je viens de lire l'article de Yves Chartrand et cela m'a donné le goût de commenter . Il y a bien des raisons je crois du pourquoi de l'écoeurement face à la Politique ,à l'envie de participer à un supposer avancement .....
Premièrement ,oui vue dans haut ,oui nous sommes un Pays libre ,un peuple pouvant prendre certaines décisions ,plus que bien des humains sur cette terre ......mais il y a encore un "hit", trop de POUVOIR détenu par les membres de la politique .....Pour la plupart ils ne sont pas là pour les bonnes raisons , si l'on gardait seulement ceux qui ont le désir de travailler pour l'épanouissement de la population ils ne seraient pas nombreux à siéger .....mais oui ils sont actuellement trop nombreux à vouloir y être pour poser(photos) pour lever les mains au ciel et dire haut et fort nous avons le POUVOIR yé!!!!!!.....Quelle sottise !
Je reviens à mes propos de ce que devrait être les membres du gouvernement ,ils devraient y avoir des membres élus oui , mais pour travailler à redistribuer les biens (argent ) toujours pour l'avancement d'une communauté et de voir au bien pour l'humanité .....(Présentement ils passent plus de temps à se chicaner au parlement entre partie politique au lieu d'être là à travailler en équipe pour le bien de tous , ben non ils se chicanent comme des enfants qui ne sont pas disciplinés , et après ils voudraient que l'on aient confiance en eux!!!...... )
Vue dans haut nous sommes tous égaux où que nous soyons sur la terre ,sommes-nous devenus inégales sur la planète par notre manque de loyauté envers l'autre ,notre manque d'inégalité envers l'autre?... , enfin quand nous redonnerons , quand nous recréerons l'harmonie sur la terre entière , nous arrêterons de nous comparer ,car il n'y aura plus d'intérêt à le faire ....
Nous avons oubliés que nous sommes tous issus de la même matière , un jour très prochainement nous nous rappellerons , que la balance se fait par l'harmonie , que l'harmonie est le résultat de nos causes .........causes/effets......
Ce jour là en faite les hommes et femmes politiques n'existeront plus de la sorte, ceux d'aujourd'hui aiment se faire voir , se faire félicité , avoir des éloges ,sinon ils n'y seraient pas (enfin la plupart) , mais bien au contraire tous ces gens qui sont là pour faire avancer la communauté, la société ,l'humanité, devraient bien au contraire, être, discret.....
Nous sommes dans l'ère de la conscientisation , là où la conscience s'élève se révèle ,et qui fera basculer l'humanité vers des avenues plus glorieux ......
Nous sommes tout près de ce jour ...........
une terrienne , juin 27, 2009
Quand on est bien on fête ?????
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Si a chaque fête nous célèbrons haut et fort et qu'après on retourne a notre vie quotidienne et ainsi de suite a chaque fête..Peut-être que Nous somes bien en général et les fêtes nous donnes la chances de l'exprimer ?? Qui sait????
Michel Poirier , juin 27, 2009
Notre réalité n’est pas celle que l’on veut crier sur tous les toits.
0
M. Chartrand, vos propos représentent bien la pensée plutôt brouillonne de plusieurs adultes nés dans les années 1980. La pensée de québécois qui constatent jour après jour leur inutilité sinon que la pertinence de leur existence pour leur seule et unique survie. La pensée floue de mères dans l’obligation de travailler de nuit ou sur rotation pour ramener un salaire décent à la maison. La pensée de plusieurs québécois non instruits, sous-qualifiés, facilement remplaçables et rarement appréciés malgré leurs capacités. La pensée de milliers de salariés ridiculement peu payés rendant impossible leur participation au développement culturel et scientifique de notre patrie dont certains sont si fiers. Les derniers mots de François Legault politicien sont essentiels. Je souhaite que ce soit par de tels élans de conscience face à notre réalité que nous, mieux nantis et moins bien nantis, unirons nos efforts pour assurer aux générations futures la possibilité d’être en santé, de s’instruire et de vivre plutôt que de survivre. Et pour vous, Monsieur Yves Chartrand, merci du fond du coeur de continuer à vous faire un des « chiens de garde de notre démocratie » malgré le manque flagrant de considération du patron, des dirigeants et de quelques faux collègues du Journal de Montréal.
Isabel Arcand , juin 27, 2009
oufffff....
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Le monde de la culture québécois est celui qui est le plus cohérent au Québec.....

puis-je avoir une explication a cette phrase???
je ne comprends pas...

Pierre , juin 27, 2009

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