La sorcière d'Hochelaga-Maisonneuve PDF Imprimer Envoyer
Nouvelles générales - Vu de la Colline
Écrit par Yves Chartrand   
Mercredi, 03 juin 2009 21:20
Mise à jour le Jeudi, 04 juin 2009 09:33

QUÉBEC − C'est fou, ce qu'on peut entendre de la bouche de nos élus, lorsqu'on ferme les micros et qu'on assure nos interlocuteurs d'un confortable anonymat. Hier, autour des abreuvoirs des corridors de l'Assemblée nationale, on jasait un peu beaucoup de la candidature-surprise de Louise Harel à la mairie de Montréal.

 

On dit surprise, mais en réalité, personne ne s'est décroché la mâchoire inférieure devant cette annonce. L'an dernier, lorsque Louise Harel a dit bye-bye à son confortable siège de députée de la circonscription d'Hochelaga-Maisonneuve qu'elle occupe depuis 1981, journalistes et députés ne se gênaient pour la taquiner sur ses ambitions municipales.

«Pis, Louise, vas-tu te présenter contre Tremblay à Montréal?», lui lâchait-on dans le corridor des pas perdus du Parlement, question souvent accompagnée d'un gros rire bien gras.

Redoutable politicienne

Louise Harel ne disait alors que des banalités, faisant bien attention de ne pas se couper de quelque pont que ce soit. C'est là exactement son genre. Car qui la connaît sait très bien que derrière sa voix mielleuse et ténue se cache une redoutable politicienne et une infatigable travailleuse qui frise la workaholic.

En fait, on a cessé de compter les aides de camp qu'elle a épuisés au point de les précipiter dans des burn-out et des congés de maladie. La madame est un puits d'énergie sans fond. Ou plutôt, elle en a un, maintenant qu'elle a franchi la barrière de la soixantaine, mais il est encore très très creux, n'en doutez pas…

Louise Harel avait déjà traité la défunte mairesse de Québec, Andrée Boucher, de «sorcière» pour sa façon de faire de la politique. On pourrait lui retourner le compliment. Pour avoir réussi à manœuvrer dans l'ombre pour tasser Benoît Labonté et prendre les rênes de Vision Montréal, on pourrait lui coller le titre de sorcière d'Hochelaga-Maisonneuve.

 
Louise Harel a une capacité de travail qu'il ne faut pas sous-estimer. Photo Olivier Jean

Tous les courriéristes parlementaires vous le diront: ici à l'Assemblée nationale, on avait pris l'habitude d'écouter deux fois plutôt qu'une les enregistrements de ses conférences de presse. Car son ton de voix si doux et si féminin peut être terriblement trompeur. Son timbre de mezzo-soprano voile souvent une charge sans aucune pitié à l'encontre d'un adversaire. À plus d'une occasion, on l'a vue déchiqueter méthodiquement Philippe Couillard en petits morceaux avec une voix de canari pratiquant le yoga.

Éternelle contestataire

Louise Harel est une éternelle contestataire qui met très peu d'eau dans son vin. Sa feuille de route au Parti québécois parle d'elle-même. Pour les vieux de la veille qui sont là depuis le tout début, c'est celle qui a toujours contesté le pouvoir, même de l'intérieur, autant celui de René Lévesque, de Jacques Parizeau ou de Lucien Bouchard que celui de ses adversaires libéraux. Quelques-uns nous ont dit mercredi, avec un demi-sourire, que Louise Harel est celle qui a «syndiqué le PQ» avec son défunt mari Michel Bourdon.

Plusieurs péquistes affirment aussi que Louise Harel est celle par qui le malheur est arrivé au début des années 2000. Lorsque, comme ministre des Affaires municipales, elle a convaincu Lucien Bouchard et Bernard Landry de donner suite au projet idéaliste «Une île, une ville» du maire Pierre Bourque, elle a signé l'arrêt de mort de sa formation et a pavé la voie à l'élection de Jean Charest en 2003.

Car la dame n'a pas voulu faire les choses à moitié. En bonne social-démocrate, elle a jugé que ce qui était bon pour Montréal l'était aussi pour toute la province. Elle est parvenue à ses fins en convainquant Lucien Bouchard que ce serait là la marque qu'il laisserait dans l'histoire du Québec. «Lulu» l'a crue… et il s'en mord encore les doigts.

Très grosse erreur de jugement, avouent aujourd'hui les péquistes sous le sceau de la confidence. Si on s'était contenté de faire la fusion des villes de l'île de Montréal sans s'embarquer dans une opération chromée mur à mur qui a mis le Québec à feu et à sang à l'époque, la suite des choses aurait sans doute été très différente, disent des péquistes encore un peu choqués du traumatisme politique qui a suivi.

Libéraux peu rassurés

Du côté des libéraux, on dit voir venir Louise Harel «gros comme un ballon de plage». Des députés montréalais du PLQ s'attendent à «une guerre ouverte», si jamais elle remportait les élections de novembre prochain à la tête de Vision Montréal. Certains libéraux l'appellent déjà «Madame j'avais raison».

Ses premières déclarations n'ont d'ailleurs rien pour les rassurer. Louise Harel a dit vouloir mettre fin aux dizaines de petits royaumes que le gouvernement Charest a créés en 2004 pour tenter de rapiécer tant bien que mal l'inextricable gâchis des défusions municipales. Finis les maires d'arrondissement et les chicanes de clôture qui minent le développement harmonieux de la métropole québécoise.

La théorie de Louise Harel est séduisante mais tout à fait invendable au gouvernement libéral, qui n'a aucune envie de marcher dans la peinture pour corriger ses honteuses erreurs. Elle pourrait bien provoquer en outre un haut-le-cœur généralisé dans la population qui n'a plus une once de sympathie et d'énergie pour ces débats kafkaïens à la sauce politique.

Bonne nouvelle pour Tremblay

Du côté de Montréal, on rit sous cape au cabinet du maire Gérald Tremblay. L'arrivée de Louise Harel est la meilleure nouvelle depuis longtemps, nous a-t-on susurré à l'oreille. Gérald Tremblay, qui ne cesse de débouler dans l'estime électorale depuis la récente cascade de présumés conflits d'intérêts, pourrait bien y puiser un second début. Qui va voter pour Louise Harel dans les anciennes municipalités devenues montréalaises? se demande-t-on.

Louise Harel a une énorme côte à remonter pour parvenir à décrocher le pouvoir en novembre, mais il ne faut surtout pas sous-estimer sa capacité de travail et son gigantesque talent à manœuvrer dans les eaux troubles. Elle en a vu de toutes les couleurs depuis 1974, année où elle est devenue présidente du Parti québécois de Montréal-Centre. Elle est ce qu'on appelle une bête politique.

 

Commentaires (2)

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Elle feras une très bonne mairesse.
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Elle à fait une excellente député et je crois qu'elle sera tout aussi compétente au poste de mairesse de Montréal.
C'est une femme dévoué pour ses concitoyens et dotée d'une énergie vive et positive.
Bonne chance Madame Harel.
Jacques Dubé , juin 05, 2009
Gros frame-up en politique municipal
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C'est un frame-up, Labonté ne passait pas la barre, aucun charisme, il a décimé le parti Vision Montréal de 22 personnes de valeur au niveau de ce parti politique. Peut-on penser qu'Harel sera élue et se tassera pour lui offrir la mairie ? Probablement que c'est ce qu'ils ont mijoté, mais se tassera-t-elle? Madame aime le pouvoir et bloquer les projets, fini la rue Notre-Dame et la revitalisation du quartier car du monde qui ont faim mangent dans ta main...
Ginette Séguin , juin 04, 2009

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