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Sénat : le « bon gars » et les autres PDF Imprimer Envoyer
Blogues - Marco Fortier sur le trottoir
Jeudi, 27 août 2009 16:33

Si j'ai bien compris, vous êtes fâchés de la nomination de Jacques Demers au Sénat. « Quoi, un analphabète à la Chambre haute ? Un vulgaire gars de sports QUI NE SAIT MÊME PAS LIRE nous représentera à Ottawa ? Quelle honte ! »

On se calme un peu, S.V.P. D'abord, une petite nouvelle : les députés, ministres et sénateurs ont des employés payés pour lire à leur place. Voyez-vous, ces messieurs-dames, même ceux qui savent lire, sont très occupés. Ils n'ont pas le temps de se taper les centaines de pages qui aboutissent chaque jour dans leur boîte de courrier.

Les élus et sénateurs se font préparer des résumés d'une page ou deux des grands enjeux de l'heure. On peut raisonnablement croire que Demers sera assez grand pour en retenir l'essentiel. Il est majeur et vacciné, à ce que je sache.

S'il a été capable de diriger cinq équipes de la LNH et de gagner la coupe Stanley avec le Canadien, Jacques Demers peut sans aucun doute siéger au Sénat. Surtout qu'il possède une qualité rare, la plus importante : il a du coeur. Beaucoup de coeur.

Demers est un des rares personnages publics à avoir osé se tenir debout face à Quebecor, dans le conflit qui oppose Le Journal de Montréal à ses 253 employés syndiqués. Il a démissionné de son poste de chroniqueur au Journal quand Pierre Karl Péladeau a jeté ses employés dans la rue, par un matin glacial de janvier dernier.

Simple geste de solidarité, a expliqué Jacques Demers. On ne franchit pas une ligne de piquetage. Ça ne se fait pas, a ajouté Demers quand il est venu rendre visite à la gang de RueFrontenac.com, ce printemps.

Il nous avait livré tout un pep talk. Ça nous avait fait du bien de l'entendre, même s'il parle un peu tout croche avec ses phrases pleines d'anglicismes. On avait vu de nos propres yeux la recette de son succès : intégrité, attitude « positive » et un coeur grand comme ça. Ça marche, je vous le dis.

Il nous avait même dit de ne pas en vouloir à Quebecor de nous avoir mis à la porte, que la colère ne mène nulle part. Un ange, le bonhomme.

Ça va faire du bien de voir un gars comme lui au Sénat. J'espère juste qu'il ne se fera pas gober par le système, par le chèque de paye de 130 400 $ et qu'il gardera sa liberté de parole.

Un vieux truc des libéraux

Stephen Harper, en tout cas, reprend un vieux truc des libéraux en nommant un «bon gars» comme Jacques Demers parmi une flopée de nominations partisanes au Sénat. Jean Chrétien connaissait le tour de passe-passe : il envoyait au Sénat un Frank Mahovlich ou un Jean Lapointe en même temps qu'il parquait ses amis libéraux à la Chambre haute, en remerciement pour leurs services rendus.

Nommés hier au Sénat : Doug Finley, organisateur en chef des conservateurs et architecte des deux victoires de Harper depuis 2006; Carolyn Stewart-Olsen, fidèle attachée de presse de Harper depuis sept ans, et de son illustre prédécesseur Stockwell Day avant lui; Don Plett, président du Parti conservateur; et Claude Carignan, maire de Saint-Eustache et candidat conservateur déchu.

Bref, Stephen Harper se paye des organisateurs à plus de 130 000 $ par année à même les fonds publics. Comme il l'avait fait en décembre dernier en nommant 18 sénateurs, dont les militants conservateurs Michel Rivard et Léo Housakos, chargés de revamper le parti au Québec.

Pour les conservateurs, c'est tout un revirement : Stephen Harper a toujours dénoncé le Sénat comme une institution désuète et antidémocratique. Il n'avait nommé que deux sénateurs en trois ans, dont l'ex-ministre Michael Fortier, qui a échoué dans sa tentative de se faire élire aux Communes l'automne dernier.

Harper oublie ses grands principes et nomme des sénateurs sans avoir même commencé à réformer le Sénat. Il tente depuis trois ans de limiter le mandat des sénateurs à huit ans et d'implanter des élections au Sénat. Mais il s'y prend tellement mal qu'une levée de boucliers, au Québec notamment, paralyse tout projet de réforme de la Chambre haute.

On dirait des fois que ce n'est pas Jacques Demers l'analphabète, mais Stephen Harper...

Voir aussi autre texte sur la nomination de Jacques Demers au Sénat.

Commentaires (7)

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Sens critique
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@ sco100
Je me demande qui est le plus «bucké», comme vous dites, entre vous et Jacques Demers.
Comme si le fait de respecter une ligne de piquetage = «jouer à l'autruche».
Tout le monde le sait qu'une crise secoue l'industrie des médias.
Ça ne veut pas dire que Quebecor a le droit de se comporter en sauvage et de jeter 253 employés dans la rue. Un contrat de travail, ça se négocie.

Marco Fortier, RueFrontenac.com , septembre 01, 2009
...
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Si je comprends bien, bucker par réflexe comme l'a fait Demers, c'est se tenir debout face à Quebecor, et ça, ben, ça transcende absolument tout, même quand se tenir debout face à Quebecor, ça revient à nier qu'une crise grave secoue votre industrie et que le Journal n'est à l'abri de rien.

Jouer à l'autruche et applaudir quand d'autres font pareil au mépris du gros bon sens, c'est encore du journalisme, ça? Pas sûr.
sco100 , août 30, 2009
Féliçitation
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Simplement un gros bravo à M. Demers. Il faut beaucoup de débrouillardise et de ténacité pour arriver à faire tout le travail qu'il fait. Il le fait bien.
M.Demers lit lentement et puis après... Il y a des députés moins intelligent que lui qui siègent à la chambre des communes. Rappelez-vous Maxime et tous les créationnistes qui y sont.
Non, je ne suis pas inquète pour M. Demers, il est moins naïf qu'on le pense.
carmelle Cantin , août 30, 2009
appui à ses chums
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Demers n'avait pas le choix de se joindre au côté des syndiqués puisque ses grands chums au Journal sont les Bertrand Raymond, Marc De Foy, Pierre Durocher et Mario Leclerc qui ÉCRIVAIENT sa chronique hebdomadaire. Il l'a fait pour des intérêts personnels. Je n'en démords pas...il n'a pas sa place au Sénat.
À quand la nomination de Ti-Guy Émond, Régis Lévesque et de Youppi au Sénat?
pierre , août 28, 2009
Il n'en demeure pas moins un amuseur public
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Il sera tout à fait à sa place au Sénat !
Just One , août 28, 2009
Un peu d'intégrité au sénat ne fera pas de tort
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M. Demers ne fera ni pire ni mieux que tous les autres sénateurs.
Il a au moins la lucidité de reconnaître ses limites personnelles et d'annoncer qu'il veut concentrer son implication dans les domaines qu'il connaît.
Quelques propos entendus depuis sa nomination, notamment de la part de certains de ses collègues "sportifs" camouflent à peine la jalousie qui les motive.
J'ai entendu Réjean Tremblay, affirmer à plusieurs reprises depuis hier :"On aime tous Jacques, c'est un bon gars..." puis d'y aller de quelques commentaires assassins : "on voit qu'il a bien appris son texte par coeur.." "qui lui expliquera les projets de loi?...." et finalement, la meilleure : "le sénat est le dernier rempart de la démocratie".

Je crois plutôt que M.Tremblay se demande comment se fait-il que lui qui a chassé Mario Tremblay de Montréal, lui qui côtoie les "grands" de la formule 1 et du tennis, lui, ami de Marcel Aubut n'ait pas hérité de ce poste.
Christian Nadeau , août 28, 2009
Marco, Marco, Marco...
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La plupart du temps, j'aime lire tes chroniques. Il y a des exceptions à tout...
Bien sur que Harper a nominé Demers pour 2 raisons: gagner de la sympathie (qui se traduira peut être en votes) parmi "monsieur tout le monde" au Québec, et pour nous faire regarder la main gauche, pendant que la main droite fait autre chose... Tu as très bien expliqué cette 2ième raison. Bravo, je n'ai rien à redire la dessus.

Mais, il ne faut pas faire semblant que Demers ne peut lire ni écrire, et que son expérience professionnelle est surtout dans le hockey. Sans être méchant, l'ami Demers est aussi un petit brin naïf sur les bords. Un homme moins naïf, aurait vu la manœuvre de Harper, et aurait refusé de servir de poudre, poudre à saupoudrer dans les yeux des électeurs, et des ennemis du parti conservateur. L'ami Demers n'a rien vu... Il était trop ébloui par cette grande marque de reconnaissance à son endroit... En espérant qu’il ne sera pas trop ébloui dans son travail…

Et, quel exemple il envoit aux plus jeunes, le sénateur Demers? Pas nécessaire de lire ni écrire. Pas nécessaire de comprendre qu'un petit politicien (Harper) se sert de vous comme une marionnette. Pas besoin d'aller à l'école s'éduquer. Regardez moi! J'ai gagné un salaire dans les 6 chiffres pour la plupart de ma vie, et j'ai maintenant 2 ou 3 pensions dans les 6 chiffres. Pas besoin de savoir lire, écrire, ou parler les jeunes!

Forrest Gump était un film, une fantaisie. Merci l'ami Jacques. Car, Forrest est bien vivant...
Libre pensé , août 27, 2009

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