| Deux journalistes et leurs enfants chez les dictateurs |
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| Blogues - Marco Fortier sur le trottoir | ||||||||||
| Lundi, 08 février 2010 12:02 | ||||||||||
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Je viens de passer 27 jours en famille dans une des pires dictatures du monde. Et j’ai vécu des moments parmi les plus exaltants de toute ma vie.
Isabelle et moi avons emmené nos filles de 4 et 6 ans au Myanmar, anciennement connu sous le nom de Birmanie. Cet « État voyou », dirigé par des militaires qui ne tolèrent aucune dissidence, fait toujours les manchettes pour les mauvaises raisons. Je vous reparlerai plus tard des événements récents au Myanmar, mais pour vous situer, je veux juste vous rappeler que c’est ce pays qui emprisonne Aung San Suu Kyi, la plus célèbre prisonnière politique de la planète.
On était un peu inquiets avant d’entrer au Myanmar, parce que le « généralissime » Than Shwe – c’est pas mal plus qu’un simple général, ça monsieur – le généralissime Than Shwe, donc, n’aime pas beaucoup les journalistes, encore moins les journalistes étrangers. Sur nos demandes de visa, on a caché nos vraies identités : je suis devenu enseignant et Isabelle, psychologue. On savait que tout irait bien tant que le régime ignorerait qu’on est journalistes. Plusieurs de nos amis – merci Éric Pagé, France Raby, Louise Blanchard, Michel Sénécal – nous avaient raconté avec émotion leurs aventures au Myanmar. Ce qui devait arriver arriva : les généraux nous ont laissés tranquilles. J’ai deux hypothèses : ou bien ils sont trop cons pour taper nos noms dans Google – impossible de manquer que Marco Fortier et Isabelle Ducas sont journalistes – ou bien ils ne prennent pas la peine de vérifier l’identité des étrangers qui demandent un visa, en se disant que les espions et les journalistes parviendront de toute façon à entrer au pays. La vérité est probablement un mélange des deux, mais je penche pour la première hypothèse : les dirigeants du Myanmar paraissent d’une incompétence défiant toute compétition. Pour dominer la nation, les généraux ont soigneusement écarté de l’administration tous les citoyens éduqués, raconte Thant Myint-U, un des auteurs les mieux informés sur le Myanmar, dans son ouvrage remarquable, The River of Lost Footsteps.
Bref, ce pays est dirigé par une bande d’amateurs sanguinaires, qui s’imposent par la seule force de leurs canons. L’incompétence à toute épreuve des militaires nous a sauté aux yeux à toutes les étapes de notre périple. Le Myanmar reste figé dans un passé lointain pendant que ses voisins – l’Inde, la Chine, la Thaïlande – filent à des années-lumière de la misère. Un régime incompétent, dis-je : les pannes de courant – ou l’absence pure et simple d’électricité – sont la norme plus que l’exception, Internet est censuré, la charrette tirée par des bœufs règne encore sur les campagnes, la plupart des routes ne sont pas asphaltées, la majorité des Birmans vivent dans des huttes de bambou sans eau courante. Et surtout, les gens n’ont aucune liberté de parole ou d’association.
On aura l’occasion de jaser de tout ça plus tard. Pour l’instant, je veux insister sur le peuple du Myanmar, qui nous a accueillis à bras ouverts, avec chaleur, avec émotion, avec générosité. Nos filles ont été couvertes de fleurs, de bracelets, de poupées, de sourires, de câlins. Et j’ai vu plus de temples, de pagodes et de Bouddhas en or en 27 jours au Myanmar que dans toute ma vie. Je vous raconte tout ça dans les prochains jours. Suivez-moi.
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Commentaires (11)Flux RSS pour les commentairesAffichez les commentaires Voyage instructif
Bonjour à vous deux,je suis d'accord avec le commentaire de Charles Côté, si nous voulons connaitre un pays il faut le visiter en oubliant ce que nous vivons au Québec il faut s'imprégner des odeurs, des paysages, des gens et des coutumes, après on peut faire les commentaires appropriés. Faites un excellent voyage avec les enfants cela servira à toute la famille par la suite. Bon baiser du Québec.
Pas de panique !
Je suis plutôt sidérée de lire certains commentaires condamnant le fait d'amener deux enfants au Myanmar. Aucun danger ne les guette là-bas, sinon celui de se faire catapulter jusqu'au plafond en s'asseyant sur les bancs des trains, abominablement rembourrés ! J'abonde dans le sens de Marco: l'incompétence règne en maître dans l'administration militaire. A moins qu'on aille lui chatouiller sérieusement les orteils en agitant son statut de journaliste et en s'approchant de trop près de la demeure de Aung San Suu Kyi, à moins aussi que le pays soit en état de crise ou en élections, elle ne bougera pas, bien trop occupée à tyranniser le peuple pour se préoccuper des étrangers.
Que les enfants s'en mettent plein les yeux des bouddhas, des pagodes à toît d'or et des sourires des Birmans: là, au moins, tout n'est qu'ordre et beauté... Narration du voyage
Isabelle et Dom,
Relisez le récit du séjour dans ce pays et vous y verrez une narration de la tyrannie imposée par un dictateur. Je n'ai rien inventé sinon que de lire l'article et prendre pour véridique et stricte la narration. Si ce pays (que je ne connais pas, sauf par lecture) est si sécuritaire, pourquoi parler des dangers. Par procuration
Salut vous deux,
Je suis content de pourvoir vivre votre aventure familiale par procuration et j'espère pouvoir faire un voyage semblable avec mes deux enfants quand ils seront plus grands. Il faut leur apprendre (et à nous aussi) à surmonter toutes sortes de craintes, y compris celle de "l'étranger". La meilleure façon d'y arriver est de s'informer, comme vous le faites très bien, j'en suis convaincu. Au plaisir, Pas de danger
Le pire qui aurait pu nous arriver, c'est que notre demande de visa soit refusée à l'ambassade birmane, à Bangkok, parce que les fonctionnaires auraient découvert notre véritable profession. Une fois que nous sommes entrés au pays, nous avons visité comme des touristes ordinaires, sans aucune activité qui pouvait sembler louche. Alors ça ne sera pas nécessaire d'appeler la DPJ, merci...
Fantasmes
J'ai eu le privilège de vivre les trois années au Myanmar, et je suis sidéré par les commentaires que vous avez reçus à propos des risques que vous auriez fait courir à vos filles.
Quand on ne connait rien à la situation d'un pays, on n'assène pas de fortes vérités ni ne condamne ceux qui ont "l'audace" de vouloir faire découvrir d'autres sociétés à leurs enfants. Les seuls êtres humains qui ont à souffrir des exactions de la junte très primaire qui dirirge ce pays sont les birmans eux-même, pas les étrangers qui sont plus que les bienvenus. Le peuple birman est un peuple extraordinaire d'une gentillesse peu commune. Il a besoin de pouvoir communiquer et échanger avec les visiteurs étrangers. Votre carnet de voyage est un vecteur permettant au monde extérieur de mieux connaitre ce pays et sa situation et mieux comprendre ses habitants. Oui, vous avez eu raison d'y amener vos petites filles, quelle expérience riche en émerveillements et ouverture vers les autres, non elles ne risquaient rien d'autant plus que vous aviez parfaitement identifié les limites dans lesquelles vous pouviez agir. lui-même
Super, Marco !
Bien raconté, bien écrit, et le sentiment qu'au-delà des pages fades des cahiers Voyage, nous pouvons découvrir l'âme des pays que vous découvrez. Voyager par procuration, quand c'est bien fait, ce n'est pas si mal... À toute la famille,de nous tous, on vous embrasse René V. Ouf!
Ouf! Tout semble toujours tant tellement plus pire vu de loin. Vous en prison (!) et vos filles dans un camp de rééducation (!!) Non mais! Des pépins de paperasse, peut-être même l'interdiction d'entrer au pays, mais certainement rien de plus.
Ailleurs fait toujours peur quand on ne le connaît pas! Bravo pour le bel exemple de liberté que vous insufflez à vos filles. Reportage
Je vous remercie pour votre courage et le fait d'avoir pris le soin d'aller la-bas pour vivre et vérifier en personne comment les chose se passent. Ça peut surprendre, mais même dans ces pays ou la misère domine, les gens y s'habituent et la plus part trouvent le moyen d'être aussi heureux que nous. Ce qui ne les empêche pas de voir la différence avec d'autres peuples et de vouloir un meilleurs sort pour eux et/ou leur pays soit en changeant de régime soit en émigrant.
Mais en tant que nouveau père de famille je rejoins l'avis des deux premier commentateurs et je pense que vous avez pris de très gros risques avec la sécurité et même la vie de vos enfants. En tant qu'imigrant venant d'un ancien pays dictatorial, si vous êtes encore la, je vous conseille de faire sortir vos enfants. Votre voyage
Je suis content de vous lire après 30 jours de silence. Cependant j'abonde avec les commentaires de Guy. Jamais je n'aurais amené mes jeunes enfants dans un pays aussi dangereux.
J'espère que vous en êtes maintenant sorti parce que de la façon dont vous traitez les dirigeants je ne donnerais pas cher de votre peau. Vous êtes rendus où maintenant? En espérant que vous montrerez plus d'assiduité dans votre récit d'aventures.(...) Sans rancune Yves F. Kossé ça ?
Monsieur Fortier,
que vous décidiez, seul ou avec votre conjointe, d'aller au Myanmar malgré que votre carrière de journaliste, sachant que le régime les pourchasse, c'est votre affaire. C'est dangeureux mais c'est votre vie et si votre conjointe vous y accompagne c'est une décision d'une adulte consentante. Mais que vous y ameniez vos enfants, là je ne marche plus. Comme vous le dîtes si bien vous même, c'était très facile d'apprendre que "les deux professeurs" ont menti au régime et ils sont tous les deux de méchants journaliste étrangers qui pourfendent le régime. Si vous êtes emprisonné comme votre conjointe le serait au Myanmar, je ne peux que retenir que c'est par bravade et que c'est tant pis pour vous, vous saviez ce qui vous attendait et vous y êtes allé à la recherche de la gloire à la face du monde. Mais que vos filles se retrouvent dans des camps de rééducation, ou pire encore, dans des bordels d'état, par votre faute, là je suis complètement et parfaitement outré et je ne serais pas surpris qu'il s'agisse d'un cas de protection par la DPJ et/ou de retrait des passeports des enfants. Une chose est certaine, maintenant que vous avez rendu publiques les vraies raisons de votre voyage, toute votre famille à intérêt à ne pas y retourner. Guy B Ecrivez un commentaire |
































