En attendant les États-Unis PDF Imprimer Envoyer
Blogues - Jean-François Codère sur le trottoir
Vendredi, 10 juillet 2009 12:03
Ah! Les Américains! Que ferions-nous sans eux? Nous ne trouverions probablement jamais la façon de réformer l'industrie des médias, en tout cas.
  
  

La manne présentement pour les consultants Web, les «gourous» comme j'aime les appeler, se trouve dans la façon d'adapter une business autrefois très rentable (les journaux papier) qui traverse actuellement deux crises de front: une crise structurelle qui la touche particulièrement, et une crise conjoncturelle liée à un déclin économique généralisé.

Partout, donc, on trouve de ces opinions sur différents modèles d'affaires qui pourraient «sauver le journalisme». Les mêmes reviennent souvent et ce ne sont pas les plus brillants. Inviter les lecteurs à faire des dons par exemple. Est-ce que les gens font beaucoup de dons pour la musique qu'ils téléchargent en ligne? Est-ce que les gens seraient vraiment intéressés à «donner» leur argent, ne serait-ce qu'un 5¢, à Quebecor ou Power Corporation, les deux gigantesques empires détenant respectivement le Journal de Montréal et La Presse?

Mais peu importe. Ces modèles nouveaux émergent et sont même testés.

Dans l'édition du mois de juin du magazine Le 30, publié par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), mon collègue Vincent Larouche en énumérait dix dans un article intitulé «Comment vendre un journal». Ça allait des journaux à goûter (!) aux bons de réduction en ligne, en passant par le micro-paiement, les organismes à but non-lucratif, etc. Pas tous valables, mais il y a bien deux ou trois idées qui méritent de s'y attarder dans le lot.

Certains de ces modèles sont déjà à l'essai. Où? «Aux États-Unis», bien sûr. Parfois en Angleterre ou en France. Mais au Québec? Rien. Au Canada? Non plus. Pourquoi? Pourquoi pas ici?

On dira que les Américains bénéficient d'un marché plus important ou encore qu'ils ont davantage de moyens. Or ce n'est pas toujours vrai.

Bien sûr, le New York Times ou le USA Today bénéficient de lectorats qui n'ont rien à voir avec ce qu'on peut trouver au Québec. Mais les initiatives  intéressantes ne viennent pas toujours des plus gros journaux. Et l'immense concentration médiatique canadienne a au moins l'avantage d'avoir créé de grandes entreprises (Quebecor, CanWest, Gesca, TorStar, etc.) disposant de suffisamment de moyens pour investir dans de nouvelles initiatives.

J'ai donc plutôt l'impression, malheureusement, que ces empires souffrent de frilosité. On n'ose pas essayer. Ou peut-être ne se sent-on pas la compétence d'essayer. Peu importe, le résultat est le même: l'industrie médiatique canadienne, plutôt que de se lever et de prendre les devants, attend recroquevillée dans un coin que quelqu'un, quelque part («aux États-Unis»?) trouve la formule magique.

Je n'invente rien. Au cours d'une conférence sur l'avenir des médias imprimés organisée récemment par l'Alliance Numérique à laquelle j'ai participé, des représentants de Gesca (La Presse ) et Sun Media (Le Journal de Montréal) ont carrément admis que pour l'instant, «on attend de voir ce qui va se passer aux États-Unis».

Bien sûr, quand la formule magique aura été trouvée, son créateur aura déjà pris de l'avance sur ses concurrents et pourra peut-être même la monnayer directement en la revendant. Et ce ne sera visiblement pas notre pays ou notre province qui en bénéficiera.

Pourquoi pas un partenariat?

Bien sûr, je suis parfaitement conscient qu'essayer des modèles d'affaires n'est pas une mince tâche. Il y a des défis techniques à relever, mais surtout de très gros défis de marketing et d'«acceptation sociale», à défaut d'un meilleur terme. Or justement, le contexte ne pourrait être plus favorable dans ce dernier cas. Tout le monde et sa mère qui suit un tantinet l'actualité est au courant que l'industrie des journaux ne se porte pas à merveille. C'est le moment ou jamais de bénéficier d'un brin de sympathie du public pour lui faire accepter de nouvelles façons de faire.

L'autre ennui, évidemment, c'est la vive concurrence dans ce domaine. J'utilise fréquemment l'analogie de la corde à danser. Pas la courte que l'on fait tourner soi-même, la longue que deux personnes font tourner pour une troisième. Présentement, les médias canadiens regardent la corde tourner en bordure de l'action en essayant d'évaluer sa vitesse et son rythme. Or un jour ou l'autre, il va bien falloir que quelqu'un se décide à s'avancer et à tenter sa chance, quitte à s'écraser en pleine figure au premier essai.

Bien sûr, personne ne veut être celui qui va s'écraser la figure en premier. Et donc personne ne saute. La corde tourne dans le vide en faisant des clac-clac qui commencent à ressembler à des coups de fouet, mais tout le monde essaie de l'ignorer.

Et si tout le monde se tenait par la main et sautait ensemble?

L'un des modèles d'affaires qui, à mon sens, est le plus prometteur est le micro-paiement. Faire payer les gens une certaine somme, même dérisoire, pour lire les articles. Ce n'est pas gagné et il faut que ce soit bien fait, mais je crois que c'est jouable. Chose certaine, ça vaut la peine d'être essayé.

Or voilà, il est plutôt évident que le premier journal qui va tenter le coup va perdre un paquet de lecteurs qui vont aller chez le concurrent. Qui plus est, c'est une technologie qui peut coûter assez cher à développer, surtout si c'est pour se planter.

Pourquoi, donc, les principaux conglomérats médiatiques canadiens ne s'assoiraient-ils pas à une même table pour s'entendre et développer un nouveau standard technologique de micro-paiement pour l'information? Un système idéalement ouvert et adaptable à un maximum de plateformes?

Ils pourraient tous l'inaugurer en même temps, quitte à appliquer des tarifications différentes selon leur public et leur produit. Ça frôle un peu la concertation illégale de style cartel, j'en conviens, mais dans les circonstances, ça pourrait sauver une industrie qui, justement, pourra se reconcentrer à lever le voile sur d'autres cartels.

Et qui sait, peut-être que si ça se faisait, quelqu'un «aux États- Unis» serait intéressé...

Commentaires (3)

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d'ac pour payer mais...
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Bonjour,

Pour avoir des lecteurs payant, faudrait avoir plus de contenu. Le journal vaut ce qu'il vaut. Donnez-moi des articles sur plusieurs pages, avec beaucoup de recherche et d'explication sur des sujets interessant (suis pu capable des meutres et cie) et la je payerais. Mais bon, je paye deja pour des magazines alors la place est prise. Vous pourriez toujours utiliser les archives comme +.

Mais des nouvelles de fait divers, des opinions de journaliste et de vedette avec quelques potins, ca demeure dans le gratuit selon moi.
steve_p , juillet 13, 2009
payer plus pour quoi?
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Internet pour moi c'est comme le complexe 10-30 plein de magasin, de boutique et de service, mais auquel on nous chargerait 35-40$ par mois pour être en mesure d'y aller. Ca donne pas le gout de dépenser plus une fois la-bas, meme peut-etre de pas y allez pantoute, d'ou l'idée qu'on aime ce qui est gratis sur internet... Enlevez le 40 piasse pis on va être en mesure de commencer à le dépenser autrement pour certain. Il faut également reduire considérablement l'offre de nouvelles gratuites en même temps.
Maxime , juillet 12, 2009
À tout risquer...0n se brûle
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À mon avis, les journaux sont en grande partie responsable de ce qui leur arrive. À vouloir mettre tous leurs oeufs dans un site internet (avec pub en surdose) en affichant la majorité des articles majeurs de l'édition papier, il y avait risque qu'une bonne partie des lecteurs de l'édition papier se contente dorénavant de cyberpresse.ca, ou canoe.ca, par exemple. Et c'est ce qui est arrivé. Ça donne quoi d'avoir des milliers de lecteurs du site si ça ne coûte rien? La façon de procéder du Devoir me semble mieux adaptée. On ne donne pas tout. Quelques grands titres pour titiller la curiosité), quelques articles et le tout est joué. Votre article est très intéressant et pertinent. Si la formule idéale existait aux USA, il me semble qu'on le saurait. Le côté positif, c'est qu'au moins les américains cherchent. Chez nous, c'est l'immuable répétition des mêmes formules. Les éditions du samedi, à ce sujet, en sont la preuve patente. Ce n'est pas parce qu'on publie plus de cent pages que ça veut dire que ça va bien.
jgc/Québec , juillet 11, 2009

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