Ça va bien pour Tou.tv PDF Imprimer Envoyer
Blogues - Jean-François Codère sur le trottoir
Jeudi, 22 juillet 2010 17:32

Les affaires vont bien pour Tou.tv. Pas assez pour être rentable, du moins pas encore, mais suffisamment pour que Radio-Canada ait dû réévaluer son plan d’affaires afin de tenir compte d’un succès dépassant les attentes.

«Nous avions estimé un certain succès, mais jamais autant que ce que nous avons eu», résume Robert Trempe, directeur général principal aux revenus à la Société Radio-Canada.

En mai dernier, j’ai publié deux billets quant à la décision de Radio-Canada de rendre Tou.tv disponible gratuitement. Le premier avait suscité beaucoup de réactions et de questions, auxquelles j’avais répondu dans un second. Le tout avait été fait dans la foulée de prises de position publiques de Pierre Karl Péladeau et de Maxime Rémillard à l’encontre de cette gratuité.

Depuis, Vidéotron a lancé sa riposte, IllicoWeb, reconnaissant du même coup l’intérêt de la démarche de Radio-Canada. Tou.tv, de son côté, s’est davantage commercialisé. Les épisodes, d’abord diffusés sans interruption, ont notamment commencé à être découpés en quatre ou cinq portions séparées par des messages publicitaires. Bref, l’occasion était belle de faire le point avec M. Trempe, l’homme chargé de trouver une façon de rendre Tou.tv rentable.

Celui-ci est d’abord revenu sur le choix de tout offrir gratuitement. «C’est comme lorsqu’on lance une nouvelle chaîne de télé. Il y a généralement un débrouillage de quelques mois pendant lesquels la chaîne est offerte gratuitement pour développer une habitude, puis elle devient payante. C’est le modèle que nous avons essayé de reproduire avec Tou.tv.»

À voir le nombre de réactions reçues après les deux billets précédents, il n’y a plus de doute que l’habitude est maintenant créée. Les internautes québécois ont adopté Tou.tv et s’imaginent mal maintenant devoir s’en passer. Reste à Radio-Canada à trouver la façon de rentabiliser cet intérêt.

Sur ce front, la société d’État peut se réjouir pour deux points. D’abord, l’intérêt publicitaire est au rendez-vous. «La demande est très forte pour la publicité vidéo, que ce soit en preroll, midroll ou endroll», confirme M. Trempe. Plus important encore, «nous avons réussi à aller chercher des tarifs intéressants».

Bientôt un abonnement?

La publicité est pour l’instant le seul vecteur de revenus de Tou.tv. Un deuxième pourrait s’ajouter bientôt.

«Éventuellement, on pourrait tenter de vendre notre contenu de qualité, que ce soit par abonnement ou par vente à la pièce», confirme M. Trempe. Celui-ci s’inspire notamment de Vidéotron, qui vend sur Illico des épisodes de certaines séries.

«Les gens aiment beaucoup regarder les séries américaines comme Dre Grey, leçons danatomie ou Beautés désespérées. On pourrait leur vendre des ensembles de deux ou trois épisodes.» La formule pourrait aussi s’appliquer à des séries québécoises produites par des producteurs indépendants, Mirador par exemple.

Pas question, par contre, d’exiger un paiement pour des émissions produites localement par Radio-Canada. «On n’ira jamais vendre des émissions comme Découverte, LÉpicerie ou les bulletins d’information, jure-t-il. Ça va toujours être accessible gratuitement sur Internet. En fait, «toujours» est un grand mot, mais c’est ce qu’on vise. Ça ne se fera pas tant que je serai là.»

Voilà qui devrait rassurer en partie ceux qui militaient pour la gratuité de Tou.tv en invoquant le fait que Radio-Canada est financée en grande partie par leurs impôts.

Pas de cannibalisation

L’autre bonne nouvelle que les premiers mois de Tou.tv ont permis de constater, c’est que l’effet de cannibalisation appréhendé entre Tou.tv et l’antenne régulière de la société d’État est «minime», selon M. Trempe, qui parle, de mémoire, de «moins de 10 %».

«Nous avons eu une très grosse écoute pour Minuit, le soir, qui n’était pas diffusée à la télé. Pour C.A., les gens allaient beaucoup regarder les saisons précédentes.»

Cette donnée est très importante parce que la cannibalisation était l’ennemi le plus craint des diffuseurs. Les internautes étant encore moins payants, publicitairement parlant, que les téléspectateurs, le pari d’offrir gratuitement sur Tou.tv des épisodes à peine quelques minutes après leur diffusion à la télévision régulière était risqué.

«On ne verra plus des cotes d’écoute de plus de trois millions comme on le voyait dans le temps de La Petite Vie, constate M. Trempe. Mais on découvre que l’addition de la télé, de Tou.tv et éventuellement du mobile et de la vidéo sur demande produit de plus gros auditoires. On peut encore aller chercher des totaux de 1 ou 1,2 million en additionnant tout.»

Pas encore rentable

Les choses vont bien, donc, mais ça ne veut pas dire que Tou.tv soit rentable. De toute façon, peu d’entreprises le sont aussi rapidement.

«Pour la première année, la publicité va couvrir les frais reliés à la bande passante, qui sont très élevés, affirme M. Trempe. Bien évidemment, ça ne couvre pas encore toutes les dépenses d’exploitation, mais il y a un prix pour innover.»

Commentaires (4)

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encore limité au ordinateur... et à quelques rare téléphones Android 2.2
0
Je suis capable de visionner tou.tv sans problème sur mon Android.


tou.tv requière Flash Player 10.0 et plus. Adobe vient tout juste de lancer Flash Player 10.1 pour Android 2.2 Froyo. (Il n'y a pas eu de version 10.0 pour Android) Certains téléphone HTC Android possède le "HTC Flash Player" mais ne permet pas la lecture de vidéo sur tou.tv (avec un HTC Hero en tout cas...).

Au Québec, nos "excellentes" compagnies de téléphonies cellulaires ne vendent pas encore de téléphone avec Android 2.2 (pas même le futur Samsung Galaxy S qui sort chez Bell dans 2 semaines). Et je ne compte pas sur eux pour avoir une mise à jour (2.1 n'est toujours pas disponible pour le HTC Hero Telus et la situation semble la même chez Rogers et Bell). Pourtant, la mise à jour des Hero à 2.1 est disponible un peu partout dans le monde.

Donc, à moins d'avoir un téléphone "hors norme" (un téléphone importé comme un Nexus One de Google ou d'avoir "rooté" son téléphone pour le mettre à jour), il n'est pas possible d'y installer Adobe Player 10.1.

CG, je pense qu'il s'agit de la seule façon d'utiliser tout.tv sur un Android. Est-ce que tu as un façon de faire??
Patrice , juillet 25, 2010
pas qu'aux ordinateurs
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"Le site aurait connu sûrement un succès encore plus grand en étant compatible avec les téléphones intelligents"
Je suis capable de visionner tou.tv sans problème sur mon Android.
cg , juillet 23, 2010
encore limité au ordinateur...
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Dommage, mais par les choix technologiques de Radio-Canada, tou.tv se limite à une utilisation sur les ordinateurs. Le site aurait connu sûrement un succès encore plus grand en étant compatible avec les téléphones intelligents/tablettes/lecteurs multimédias (pour la portabilité) et les consoles de jeux (pour un utilisation sur un téléviseur).

Imaginez regarder vos émissions via votre connexion 3G ou mieux encore en baladodiffusion dans le métro!

Imaginez regarder tou.tv sur votre ACL 40" et + dans le salon sans avoir à brancher un ordinateur!
Patrice , juillet 23, 2010
Plus que des impôts
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«Voilà qui devrait rassurer en partie ceux qui militaient pour la gratuité de Tou.tv en invoquant le fait que Radio-Canada est financée en grande partie par leurs impôts.»

C'est vrai, mais c'est aussi davantage. Rad-Can n'est pas que financée par «nos impôts», elle est surtout une télévision d'État, une chaîne nationale, qui a une mission claire d'universalité.

Le jour où certains pourront regarder en ligne les émissions qu'elle a produites parce qu'ils peuvent se le payer, et que d'autres ne le pourront pas, ce principe sera perdu.

Ça n'a rien à voir avec les impôts: le chômeur qui ne paie pas une cenne pour Radio-Can devrait avoir autant accès à la production de Rad-Can que tous les contribuables. C'est une question de citoyenneté, pas d'argent. Une question de principe, finalement.
Samuel , juillet 23, 2010

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