| Internet, mort des journaux et gourous |
|
|
|
| Blogues - Jean-François Codère sur le trottoir | ||
| Vendredi, 20 mars 2009 11:25 | ||
|
Les difficultés financières éprouvées par de nombreux journaux américains, combinées au lock-out actuellement en vigueur au Journal de Montréal, ont créé un terreau fertile pour les «gourous» du Web, qui ne se peuvent plus d'annoncer la mort des journaux. Or, autant comme journaliste que comme consommateur d'information et internaute, je trouve leur discours alarmiste et exagéré, quand il n'est pas parfois carrément faux ou farfelu. Le temps est venu, je crois, pour quelques arguments contraires.
Il faut d'abord observer qui sont ces chantres de la mort des journaux. Au Québec en particulier, ce sont premièrement des gens dont l'entreprise repose sur le Web et qui ont donc tout intérêt à convaincre les masses que c'est sur le Web que ça se passe. Ce sont aussi des gens qui n'ont aucune ou très peu d'expérience dans le monde des médias traditionnels et qui, par conséquent, se livrent à des jugements sur les façons de procéder ou sur la culture de ces médias basés sur rien d'autre que des rumeurs ou des perceptions. Ce sont aussi des gens qui, présentement, gagnent très bien leur vie à annoncer la mort des journaux. On ne peut les blâmer, il y a un public pour ce genre de discours et ce public est prêt à payer. Et plus le ton sera alarmant, plus ils paieront. De qui est formé ce public? D'autres entrepreneurs qui font affaires sur le Web et qui paient pour entendre ce qu'ils veulent entendre. Ou encore de patrons de médias traditionnels qui sont particulièrement heureux de faire semblant de croire aux pires balivernes, en espérant que leurs employés y croient aussi. Le cas de Twitter J'ai assisté cette semaine à une conférence de l'un de ces chantres du Web québécois, Michelle Blanc, intitulée « Si j'étais propriétaire du Journal de Montréal » Le titre ne venait pas d'elle et sa conférence ne s'attardait pas particulièrement au cas du Journal, mais plus à l'industrie des journaux et même des médias dans leur ensemble. J'ai eu l'occasion de lui poser, devant public, une simple question qui, je suis heureux de le voir, l'a forcée à s'en défendre encore le lendemain. Cette question portait sur Twitter. Au cours de sa conférence, Mme Blanc a encore une fois ressassé l'exemple de l'amerrissage sur la rivière Hudson, qu'un passager de traversier avait été le premier à «twitter», battant ainsi, en termes de vitesse, les grands médias. Ça y est, le journalisme venait de mourir avec cette photo tirée d'un iPhone, arguait-elle essentiellement. Au hasard, comme ça, j'ai demandé qui, dans la salle, avait vraiment appris la nouvelle par le biais de Twitter. Quelques mains se sont levées, dont la sienne, et je me permets encore de douter de la sincérité de certaines d'entre elles. Cette simple question a incité Mme Blanc à faire un grand pas derrière en admettant que Twitter n'était pas un réseau grand public et qu'il restait (resterait?) réservé à un public restreint, néanmoins constitué de leaders d'opinion. Son argumentation s'est alors plutôt tournée vers la «vélocité». Là encore, je me permets de douter de la «vélocité» de Twitter. D'abord, s'il est acquis que la photo du type de Twitter était la première à être diffusée, il n'est pas évident qu'il ait été le premier à transmettre l'information. Comme l'a souligné mon collègue / concurrent Tristan Péloquin, de La Presse, les médias traditionnels sont eux aussi capables d'apprendre une nouvelle rapidement, ne serait-ce que par la surveillance des ondes de radio policières. Et eux aussi sont capables de publier un petit texte de 140 caractères qui défile en bas de l'écran ou une mention sur leur site Web. Ça s'appelle une breaking news, ça fait la réputation de chaînes comme CNN depuis des années et des années. Comme le soulignait aussi Tristan Péloquin, il y a toujours eu des gens qui arrivaient sur les lieux d'un événement avant les journalistes. Et ils ont toujours été la source d'information privilégiée des journalistes. Tant que leur témoignage se limite à « J'ai vu l'avion dans l'eau, voici une photo», en quoi est-ce une révolution que ce message passe par Twitter plutôt que par une clip à CNN? Allo ? Il y a quelqu'un ? Mais plus encore, je crois qu'il faut distinguer la rapidité de mise en ligne et la rapidité de propagation d'une nouvelle mise sur Twitter. Il suffit effectivement de cinq secondes à des pouces bien entraînés pour diffuser la nouvelle par téléphone cellulaire. Mais combien de personnes sont abonnées au fil Twitter de l'individu qui le fera? Combien surveillent à ce moment même les nouveaux messages qu'ils reçoivent sur Twitter? Combien vont le «retweeter» à combien d'abonnés à leur propre fil surveillant eux aussi leur téléphone à ce moment précis? Je crains malheureusement que la fameuse fable de LaFontaine selon laquelle «Rien ne sert de courir, il faut partir à point» ne s'applique pas ici. Twitter a beau partir à point, il manque rapidement de jambes à côté des médias traditionnels. Pourquoi? C'est tout simple. Il y a encore, selon un sondage SOM récemment cité par Branchez-Vous, 32% des adultes québécois qui n'«utilisaient pas personnellement Internet» en 2008. Ce qui ne veut pas dire non plus, loin de là, que les 68% utilisent Internet régulièrement. Ces gens, les chantres font comme s'ils n'existaient pas. Cela me force à revenir un peu sur la nature même des prophètes de malheur. J'ai déjà dit que ce sont presque tous des gens qui travaillent sur le Web. Ce sont aussi des gens qui, par la force des choses, sont entourés d'autres gens qui travaillent sur le Web. Ça a déjà été mon cas. De 1999 à 2002, j'étais journaliste à temps plein sur Internet. Je connais le monde dans lequel ces gens vivent et ce n'est malheureusement pas un monde représentatif de l'ensemble de la population québécoise. C'est un monde où quelqu'un qui n'a pas de blogue ou qui n'est pas abonné à Twitter est à toutes fins utiles un attardé. Un monde où règnent ThinkGeek et Amazon, mais où n'existent pratiquement pas Canadian Tire et Wal-Mart, qui font pourtant des affaires d'or. C'est un monde, aussi, où les annonces classées dans les journaux, c'est «fini», «complètement dépassé». Qui annoncerait dans un journal quand il y a Kijiji et Craigslist? Ceux qu'on oublie Or, dans le vrai monde, les annonces classées du Journal de Montréal ont récolté près de 17 M$ l'an dernier. À ce que j'entends, c'est presque autant, peut-être même un peu plus, que les revenus totaux de Cyberpresse. Ce ne sont pas des chiffres que vous allez entendre souvent de la part de ces prêcheurs. Dans le vrai monde, et je suis à même de le constater ces temps-ci durant mes heures de piquetage, les gens viennent encore (et malheureusement) en masse acheter des petites annonces au Journal EN PERSONNE! Pourtant, ce serait si simple de le faire par téléphone ou par Internet. Vous avez beau croire que ces gens sont des attardés, chers chantres, ces gens ont encore de l'argent à dépenser. Et si vous continuez de les ignorer, ce sont d'autres que vous qui vont l'encaisser.
Partager
Envoyer par courriel
Commentaires (12)Flux RSS pour les commentairesAffichez les commentaires Petite Lecture enrichissanteJe vous invites à allez voir un autre point de vue! http://sethgodin.typepad.com/seths_blog/2009/03/the-right-size.html À propos des gourous du Web 2.0
Jean-François,
les temps sont difficiles, mon travail de pigiste s’assèche comme une vieille peau, et j’en suis venu à la conclusion que je ne devais pas faire n’importe quoi pour assurer ma survie financière. C’est donc la raison pour laquelle j’ai décidé de devenir le blogger spécialiste de la «Mort des journaux». En fait, il n’est pas nécessaire de proposer des solutions. Il suffit tout simplement de décrire le problème de façon plus dramatique que l’autre blogger l’a fait précédemment. Si Steve Outing dit que les journaux sont dans une spirale de la mort, et que Clay Shirky prédit un bain de sang, alors Clay Shirky l’emporte haut la main. Par la suite, rédigez des billets sur votre blog à l’effet que tout ce qui est en ligne est merveilleux, et que tout ce qui vient du monde des journaux est de la merde, et n’oubliez surtout pas de dire que, dans votre prochain livre, vous décrirez en profondeur le phénomène. http://www.axonpost.com/?p=457 Un débat sans fin
Article plein de bon sens, même s'il met un peu vite tout le monde dans le même sac. Les généralisations sont toujours dangereuses. Heureusement que des personnes externes (et pour la majorité anciennement internes) réfléchissent à l'avenir des médias car ce n'est quand même pas très brillant dans les rédactions... et plutôt récent il faut l'avouer. Au passage $17 M pour les annonces classées c'est beau... mais 1/ le revenu compte peu, c'est la marge dégagée que l'on aimerait connaître 2/ ce n'est pas parce qu'un revenu existe qu'il n'est pas en danger de disparition. L'ignorer est aussi irresponsable que de l'exagérer.
Quelques réponses
Pardonnez l'absence d'un fil suivi, je répondrai simplement à quelques points à la pièce.
À tout seigneur, tout honneur, je commencerai donc par Michelle. Tu soulignes le fait nous ayons lancé RueFrontenac.com plutôt qu'un journal papier comme argument et tu t'avances un peu. Notre choix repose sur deux raisons: faire la preuve par quatre que nous ne sommes pas opposés au Web, comme tentait à l'époque de le faire notre employeur (mission réussie, je n'ai plus entendu cette ligne depuis) et le coût rébarbatif de lancer un quotidien papier à Montréal, compte tenu de surcroît de la présence de deux quotidiens gratuits. Disons que les stations de métro sont déjà assez occupées comme ça. Quant à Michel Monette, il est vrai que je suis à tout le moins aussi biaisé que Michelle dans le débat. C'est pourquoi je ne m'y suis pas immiscé plus tôt et c'est probablement pourquoi d'autres collègues ont attendu jusqu'ici ou ne l'ont pas fait encore. Vient un moment toutefois où il faut que les gourous répondent de leurs paroles en l'air. J'ai par ailleurs moi-même souri en écrivant le passage sur le ton alarmiste et son impact sur les ventes. C'est tout à fait une recette que j'ai vu exploitée. Quant à la provocation, vous n'avez encore rien vu ;-) La rumeur veut que je sois le prochain conférencier lors de la même assemblée, les 3rd Tuesdays... « La fin des journaux »
Venant d'acheter, aujourd'hui même, La fin des journaux de Bernard Poulet (Gallimard), et la discussion, ci-dessus et ci-dessous, semblant bien engagée, je prendrai donc le temps de parcourir d'abord cet ouvrage up to date - ayant l'air d'en être un d'excellente qualité - avant de faire ici quelque commentaire à ce sujet on ne peut plus névralgique et d'actualité.
Tirez les premiers
Le débat entre quelques blogueurs influents et quelques journalistes autour de l'avenir de l'information me semble être dans un beau cul-de-sac. D'une part, parce qu'il est évident qu'il y a conflit d'intérêt des deux côtés. Ensuite, parce que les accusations à l'emporte-pièce ne peuvent mener qu'à d'autres accusations à l'emporte-pièce.
J'ai bien entendu votre intervention dans la rediffusion de la conférence de Michelle Blanc et elle était à la fois pertinente et carrément provoquante. C'est drôle, mais j'ai eu l'impression du chrétien dans la fausse aux lions en vous entendant interpeller Michelle Blanc. Vous étiez en territoire ennemi et vous avez dégainé. Avouez que ce n'est pas tout à fait subtil Vous n'aimez pas que madame Blanc dise à ses clients qu'ils peuvent se passer de vous? Pourtant, si les relationnistes cessent de vous courir après, vous ne serez pas heureux d'en être enfin débarrassés? OK je peux comprendre votre désir d'en découdre ce soir-là, mais je ne comprends pas pourquoi vous revenez sur cet incident. J'aurais bien aimé, à la place, que vous nous parliez du dernier State of the News Media, pour nous expliquer, en toute objectivité, en quoi les tendances que l'on constate chez nos voisins du sud vont jouer dans l'avenir des médias d'ici. Non seulement les blogues, Facebook, Twitter, les médias citoyens et tutti quanti ne vont pas remplacer le journalisme chez nos voisins américains, c'est même au contraire une grande source de ce qu'il s'y écrit. Prenez acte. Il me semble que quelqu'un a déjà écrit quelque chose du genre «parlez-en en mal, parlez-en en bien, mais parlez-en». Pour ce qui est de votre avenir à court, moyen et long terme, je crois que votre vrai problème, ce n'est pas de savoir sur quel support va se retrouver votre texte ou même si vous devrez ou non faire du multiplateforme, votre vrai problème ce sera de pouvoir travailler dans des conditions qui vont vous permettre de faire du journalisme professionnel. En passant, quand vous écrivez que 32% des adultes québécois n'«utilisaient pas personnellement Internet» en 2008, ce sont des chiffres qui sont à peu de chose près identiques aux États-Unis. Pourtant, la chute des journaux y est dramatique... Attention à ne pas mettre tout le monde dans le même paquet! :)
Intéressant billet. Un seul point m'agace cependant: en affirmant que les "gourous du Web" affirment haut et fort que les journaux se meurent, on met tous les spécialistes du Web dans le même paquet. Je me permet de différer d'opinion.
Philippe Le Roux, président de VDL2, fait la couverture de Québec Inc ce mois-ci. Comme gourou du Web au Québec, il est difficile à battre, du moins pour le sérieux et le ton réfléchi qu'il utilise lors de ses interventions. Il possède en crédibilité ce que d'autres ont en rayonnement. Et pourtant, il continue d'appuyer les journaux dans leur tranformation, ayant jusqu'ici accompagné Le Devoir dans un passage au Web réaliste, pragmatique et réussi. D'ailleurs, Le Devoir est probablement le seul journal au Québec à tirer profit de sa présence sur le Web plutôt qu'à voir celle-ci cannibaliser ses revenus. Je ne pense pas que Philippe soit le seul spécialiste du Web à faire la différence entre une évolution et une révolution. C'est un fait avéré, les journaux ont la vie dure, au point où plusieurs meurent, et mourront. Est-ce la fin catastrophique d'une industrie, ou un signal, un peu brutal certes, de changements nécessaires? Je préfère, moi aussi, croire à la capacité de plusieurs des joueurs en place d'évoluer. Oui, des changements radicaux à prévoir. Et après? Internet ne sera pas la première innovation technologique à bousculer ses prédécesseurs, sans pour autant toujours les faire disparaître. Peut-êre, par contre, serait-il temps de penser à dépoussiérer la machine un peu, et à la réajuster. Et cela, parfois, s'accompagne de l'obligation d'en changer les rouages, et d'accepter que tous ne pourront conserver leurs acquis et continuer à agir comme il y a 20 ans. Un signe des temps cependant: il m'aurait été impossible de vous lire, et encore moins de vous répondre, autrement que par le Web, puisque j'y puise une très grande partie de l'information que je consomme. Les articles de journalistes professionnels forment au moins 50% de ce que j'y lis, le reste provient d'une myriade de sources qui me permettent de m'offrir un contexte plus large. Une dernière chose: malgré le grand intérêt de votre article, j'ai du mal à comprendre votre argumentaire lorsque vous associez les propos des "gourous du Web" qui sont écoutés par "les patrons de médias traditionnels qui sont particulièrement heureux de faire semblant de croire aux pires balivernes, en espérant que leurs employés y croient aussi." Cela ressemble fortement à une suggestion de conflits d'intérêts, et vos lecteurs n'oublient pas que votre syndicat est lui-même en négociations avec lesdits patrons... (Ce qui n'enlève rien, remarquez, au reste de votre argumentaire qui est plein de bon sens!) En terminant, le passage suivant chatouille un peu mon esprit critique: "On ne peut les blâmer, il y a un public pour ce genre de discours et ce public est prêt à payer. Et plus le ton sera alarmant, plus ils paieront." Vous me pardonnerez, mais je ne peux pas lire cela d'un journaliste du Journal de Montréal (en lock out mais tout de même...) sans sourire un peu... Les marchands de fouets ou les vendeurs de balayeuses
Puisque le débat fait toujours rage et que j'y suis mêlé, je vais me permettre d'ajouter ma tasse de sel.
Je suis parfaitement d'accord avec l'analyse de Jean-François Codère. Les journaux sont en crise, peut-être, mais le journalisme n'est pas mort. Les journalistes s'adaptent. Ils prennent un immense plaisir à découvrir cette puissante plateforme qu'est la Toile. Cette semaine seulement, j'ai donné deux conférences traitant du sujet. L'une à des journalistes membres de la FPJQ, curieux de découvrir les outils du web; l'autre à des journalistes étudiants passionnés par l'évolution du journalisme écrit traditionnel vers un journalisme multi-plateforme. Comme Jean-François, j’en ai un peu marre d’entendre parler les gourous du web 2.0 à travers leur chapeau. Certain auront peut-être lu la discussion ouverte que j’ai eue cette semaine avec Michelle Blanc au sujet de sa conférence intitulée Si j’étais propriétaire du Journal de Montréal. Pour ceux qui n’ont pas suivi le fil, permettez-moi de résumer les faits : au lendemain de son allocution, j’ai repris Michelle sur mon blogue au sujet d’une affirmation totalement erronée qu’elle a faite lors de sa conférence. Elle y a déclaré que lors de la tuerie de Dawson, “l’information la plus pertinente et la plus à jour était sur Wikipedia”, alors que (les sites de) “Radio-Canada et Canoe étaient down”. Elle ajoutait que la première source à avoir révélé le nom du tueur était également Wikipedia. « Le vraies images, les vraies photos, les vraies informations, qui s’est fait tirer, c’était sur Wikipédia ». J’ai démonté ses affirmations point par point (ici : http://tinyurl.com/dmyteb). Sur son blogue, Mme Blanc a répondu à ma sortie par ces mots (http://tinyurl.com/de83rp) : « j’ai commis une bourde. Un impair. Je me suis mal exprimée et j’ai blessé la fierté toute légitime du journaliste qui est heureux d’avoir fait un scoop. » J’ai sursauté en lisant cela. Voilà une belle pirouette pour se sortir d’une impasse gênante. Ramener tout le débat à une affaire d’égo. J’adore ! Désolé, mais je n’ai nullement été blessé dans mon égo par les déclarations erronées de Mme Blanc. Ce qui m’a dérangé, c’est que Michelle Blanc ait fait devant son public (composé essentiellement de relationnistes) une déclaration à l’emporte-pièce sans d’abord vérifier le moindre fait. Et des déclarations à l’emporte-pièce, il y en avait plus d’une dans sa conférence. Au point où moi et certains collègues nous demandions de quoi elle parlait. Bonjour la rigueur. Comme je l’écrivais plus haut, le journalisme se transforme. Contrairement à ce que croit Michelle Blanc, dans nos journaux, des gens sérieux réfléchissent tous les jours à la meilleure façon de livrer une nouvelle. Chaque matin, on se demande si telle ou telle histoire doit faire l’objet d’un article « breaking news », d’un article d’analyse, d’une chronique ou même d’un vidéo. Les salles de rédaction cherchent constamment des façons de créer le dialogue avec les lecteurs. Cyberpresse est maintenant sur Twitter. Pendant ce temps, Mme Blanc s’égosille à dire que la FPJQ mène le même combat que les marchands de fouets ont mené lorsque l’automobile est apparue. Facile à dire, quand on ne sait pas grand-chose de la presse écrite et de ce qui se passe à l’intérieur. Venant de la bouche d’une personne qui « vend » de la stratégie Web, ça me fait penser aux vendeurs de balayeuses qui jettent un tas de poussière sur la moquette pour prouver à quel point leur machine aspire bien… ou plutôt, aspire avec une grande « vélocité ». un vrai débat
Par rapport aux débats que soulève le journal de montréal de ce temps-ci, selon les autres plate-formes de Quebecor en rapportent en tout cas, je trouve ceux de ruefrontenac mauditement intéressants
Moi je suis un accro de tous les journaux papier mais j'aime tout autant lire les bons journalistes sur internet. À quand les manchettes de rue frontenac sur twitter ? l'avis de la Gourou en question
Cher Jean-François
Tout d'abord, c'est gentil de me considérer comme une gourou. Venant de toi, ça me flatte. Puis je n'ai jamais annoncé la mort des journaux. J'ai plutôt parlé de leur transformation et de l'apport de plus en plus essentiel du citoyen à l'activité journalistique et de l'importance pour le journaliste de monitorer ce qui se fait sur la toile. D’ailleurs dans mon billet La crise appréhendée des journaux au Québec, j’explique pourquoi le raz de marée qui secoue les journaux d’Amérique, sera moins important au Québec qu’ailleurs. J’ai cependant annoncé la mort lente des annonces classées et c’est un fait que partout en Amérique du Nord (et plus lentement au Québec à cause de la différence de la langue) les gens utilisent les services d’annonces classées gratuits tels que Craigslist ou Kijiji. J’aurais pu aussi ajouter que même l’industrie de la vente immobilière se modifie grâce à des services en ligne comme Duproprio.com. J’invite aussi tes lecteurs à écouter par eux-mêmes ma conférence qui est en Webdiffusion gratuite sur mon billet Webdiffusion de ma conférence sur l’avenir des médias. Il est aussi ironique que ton syndicat ait décidé de mettre en ligne RueFrontenac plutôt que d’en avoir fait une version papier. Ce fait avalise le propos de ma discussion et démontre bien que malgré votre mésentente avec la partie patronale, vous avez compris que l’information journalistique sera Web ou ne sera pas. C’est d’ailleurs sur le Web que désormais les jeunes et les moins jeunes s’informent tel que le dévoile les résultats de l’étude annuelle du Bureau de la publicité interactive du Canada (IAB) portant sur l’évolution de l’utilisation des médias au Canada. • L’Internet est le média numéro un relativement au pourcentage de temps qui lui est consacré par semaine chez les 18-24 ans (40 %) et les 25-34 ans (33 %) au Canada anglais. Au Canada français, l’Internet se classe également au premier rang relativement au pourcentage de temps qui lui est alloué par les 18-24 ans et il s’approche rapidement des niveaux de la radio et de la télévision chez les 25-34 ans. Ce n’est donc pas seulement un phénomène de quelques geeks perdus dans les brumes du Web, n’en déplaise à ton syndicat. Par ailleurs, la possibilité qui m’est offert de commenter ton article est une révolution en soit et elle est très positive par rapport au journal papier. C’était ça l’essence de ma présentation que les gens peuvent entendre ici. J’anticipe aussi le plaisir de te revoir et de continuer cette « obstination » sur un sujet qui semble nous passionner tous les deux… Non sérieusement...
C'est rafraîchissant de voir enfin le point de vue de quelqu'un qui a vécu et travaillé des deux côtés de l'autoroute de l'information.
La mort des journaux a été annoncée lors de la naissance 1) du cinéma 2) de la radio 3) de la télé et encore à quelques reprises. Impossible que les journaux restent les mêmes (comme la télé qui a changé avec CNN, la radio qui est devenue média d'info en continu ou même de cinéma qui a cessé d'être média d'information [avant les journaux qu'il devait supplanter] mais qui a su se réinventer pour aller plutôt bien, madame la marquise). Et c'est tant mieux. Les nouvelles sortent rarement de la tête des journalistes et de leurs patrons. (Même que quand c'est le cas trop souvent, comme au Ournalle de Mourialle, ça a l'air phony). On se fie sur ce que les gens nous suggèrent et nous font remarquer. Depuis que le monde est monde, les «rapporteurs» se fient sur les témoins, ce qu'ils ont vu et ce qu'ils en pensent pour faire de l'information. Ce n'est pas seulement dans de dénichage d'événements que le journalisme se distingue, c'est surtout dans le traitement de l'information qui est dénichée et, par la suite, dans l'analyse. Ça me fait bien rire d'entendre parler de journalisme citoyen , de Twittage et tutti quanti comme raisons de croire à la mort des journaux et des journalistes. Il suffit d'avoir visité une scène de fait divers pour comprendre que ce n'est pas parce que quelqu'un a vu quelque chose et qu'il veut bien le raconter que c'est pour autant a) la vérité b) la même chose que tout le monde a vu. Même les policiers qui travaillent sur une scène ne vont pas tous l'interpréter de la même façon. C'est en recueillant tous ces points de vue et en communiquant ce que la superposition de ces points de vue reflète qu'un journaliste peut rendre un portrait fiable (non, je sais, pas un portrait absolu ou rigoureusement exact) de ce qui s'est passé. Prétendre que les Twitteux à iPhone vont rendre le métier de journaliste caduque est ridicule. Parce que tout le monde sait comment tenir un marteau depuis toujours mais, pourtant, un méchant paquet de monde gagnent leur vie à travailler sur la construction... Ecrivez un commentaire |




























