Après avoir été jetés à la rue par leur employeur, les 253 lockoutés du Journal de Montréal ont fondé RueFrontenac.com. Un nom inspiré évidemment de la rue sur laquelle se trouve nos bureaux, mais surtout parce que Frontenac est un ancien gouverneur de la Nouvelle-France têtu et coriace qui a défendu âprement la colonie contre les attaques anglaises. Une mentalité qui, nous disions nous, collait parfaitement aux lockoutés.
Le propriétaire du vignoble Bouchard-Champagne et son maitre de chais français Stéphane Cardon ont fait découvrir trois excellents vins aux goûteurs de la Bande des vins. Photos Chantal Poirier
Quand Richard Champagne a décidé de planter des vignes du cépage Frontenac sur le versant sud du mont Saint-Bruno pour tenter de produire un des meilleurs vins au Québec, c’était parce que le Frontenac est un cépage réputé pour sa résistance aux éléments. Il résiste aux attaques de l’hiver québécois jusqu’à 37 degrés sous zéro.
Pas étonnant donc, avec ces points communs, que les bouteilles produites par son domaine, Bouchard-Champagne, aient fait de l’œil aux membres des la Bande des vins de RueFrontenac.com.
Sans complaisance
Mais au-delà de ce romantisme, c’est sans complaisance que la Bande s’est attaquée à la dégustation des vins présentés par M. Champagne.
Bien au contraire, puisque la dégustation de vins québécois peut représenter tout un déchirement pour les amateurs de vins que nous sommes. Car évidemment, on souhaite de tout cœur qu’ils soient bons. On souhaite constater les progrès accomplis et ne dire que du bien de nos compatriotes, des travailleurs acharnés, passionnés et ingénieux, des missionnaires un peu fous même. Parce que, pour faire du vin dans notre pays, il faut être un peu de tout ça.
Le progrès est au rendez-vous certes. Les blancs et les rosés sont fort agréables. Mais les Québécois boivent beaucoup de rouge. Et de ce côté, c’est plus ardu. Nous n’avons pas la chance de bénéficier du soleil torride de la Toscane, ni de Bordeaux, pas même de la Bourgogne, la plus nordique des régions à produire de grands rouges.
Sur la bonne voie
Certains viniculteurs sont toutefois sur la bonne voie. Comme Richard Champagne.
Le domaine de 10 hectares est le rêve de retraite de Mona Bouchard et Richard Champagne. De sa vie confortable de comptable, ce dernier a fait le grand saut pour devenir vigneron au début des années 2000.
Il a jeté son dévolu sur d’anciens champs de soja sur le rang des 20, à Saint-Basile-le-Grand. Un sol pentu argilo-sableux prometteur. Et il n’y a planté que du Frontenac, gris pour ses vins blancs et rosé, noir pour les rouges.
Puis il a embauché un chef de cave bordelais, qui a fait ses études en viticulture-œnologie en Bourgogne, Stéphane Cardon. Il pratique une culture la moins interventionniste possible, avec vendanges vertes pour réduire le nombre de grappes sur les ceps, et maximiser la concentration de celles qui y demeurent. Ces faibles rendements font grimper la qualité du vin, mais hélas, le prix aussi. Mais le résultat est là.
Agréables surprises
Décidant que ses vins du millésime 2007 étaient enfin satisfaisants, il vient tout juste de les commercialiser. En restauration surtout. Sinon, il faut l’acheter au domaine, ou le commander. Lire les instructions sur leur site Web.
Pas de projet d’entrée en SAQ pour le moment. La gourmande société d’État est difficile d’accès pour les vignerons québécois, qui y gagnent très peu par bouteille vendue.
MM. Champagne et Cardon ont donc fait goûter leurs produits à la Bande des vins, qui a été agréablement surprise par la tenue de ce nouveau venu, surtout le rouge. Même notre hôte, Xavier, du bar à vin les Trois petits bouchons, un dégustateur chevronné et pointilleux, a salué ces jeunes vins plus que prometteurs.
Première dégustation
Domaine Bouchard-Champagne blanc 2008, 28 $
Cépage : Frontenac gris
Œil : une jolie robe dorée tirant sur l’ambrée, qui rappelle la couleur des Sauternes et des vieux Condrieu. David la compare à la couleur des « feuilles d’arbre à l’automne ».
Nez : Exhubérant, remarquons-nous tous d’emblée. Notre sommelier Pascal y détecte des effluves d’ananas confit, de croûte de crème brûlée, de rancio. David y sent bien l’odeur des barriques de chêne, au tiers neuf, dans lesquelles le vin a maturé. On y sent aussi la marmelade bien sucrée et des notes fumées.
Bouche : Heureusement, tout le sucre que laisse présager le nez ne se retrouve pas en bouche. Puissant, il présente d’agréables notes de minéralité, tout en fraîcheur. Long en bouche, on retrouve encore le goût de crème brûlée. Seul bémol, il manque peut-être un peu de fruit. Mais tout de même, un vin de caractère, tranchent Johanne et Suzanne, notre vidéaste. Pascal accompagnerait une caille aux raisins avec ce vin, ou une pintade cuite dans ce même vin.
Note : Une très bonne note de 7,5 bouchons pour ce vin québécois plein de caractère.
Deuxième dégustation
Domaine Bouchard-Champagne rosé 2007, 20 $
Cépage : Frontenac gris
Œil : Il a la couleur du melon d’eau bien mûr, une couleur tuilée, précise Stéphane Cardon.
Nez : un nez complexe pour un rosé. Framboise selon Johanne, petits fruits rouges acidulés comme la groseille et la canneberge selon Pascal, et même encore ce petit côté croûte de crème brûlée.
Bouche : Nous nous excusons à l’avance pour l’émotive réaction de Philippe, mais elle est si évocatrice qu’on ne peut l’écarter. « Bordel !!! », s’exclame-t-il. « Quelle explosion en bouche, de fruits et de fraîcheur », précise-t-il. « Il est beaucoup plus complexe que le rosé moyen, il y a même une petite trame tannique », ajoute Pascal. Pierre, lui, a hâte de le boire sur une terrasse au soleil cet été. On le dégusterait volontiers avec une tarte aux tomates et fromage de chèvre.
Note : une excellente note de 7 bouchons pour ce rosé.
Troisième dégustation
Domaine Bouchard-Champagne rouge 2007, 24 $
Cépage : Frontenac noir
Œil : une robe opaque, au pourtour rouge violacé.
Nez : « Ça sent la marmelade, la grosse fraise, le menthol, la cerise à l’eau de vie ! Wow, je n’en reviens pas de ce nez ! », s’exclame Pascal. En respirant, les fruits que l’on détecte se font de plus en plus confits. Johanne croit humer un parfum de caramel.
Bouche : Des parfums qui se retrouvent tous en bouche. Équilibré entre le fruit, la fraîcheur, l’acidité. Une trame tannique présente mais soyeuse. Délicieux. « À l’aveugle, je n’aurais jamais dit que ce vin venait du Québec, j’aurais misé sur la Loire », opine Philippe. « C’est mon coup de cœur du lot », ajoute Pierre. « Je décrète ce vin fait de Frontenac vin officiel du lock-out », conclut Fabrice. À noter que le millésime 2008 est disponible, mais il sera différent, car vieilli en barriques de chêne alors que le 2007 a été élevé en cuve d’inox. Il est pour le moment trop jeune et attendra quelques années pour atteindre son apogée. À mettre en carafe absolument.
Note : Nous lui donnons 8 bouchons.
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Le Club de dégustation de RueFrontenac.com
Dépourvue de chroniqueur de vin, l'équipe de RueFrontenac.com a décidé de repenser sa façon de parler du précieux liquide.
Nous avons décidé de fonder un club de dégustation virtuel et de goûter à des vins chaque semaine dans une ambiance simple et décontractée. Le fruit de nos rencontres vous sera présenté sur notre site tous les samedis, en mots, en images et en vidéo
Par-dessus tout, nous voulons que les lecteurs se reconnaissent et que les produits présentés soient à la portée d'un peu tout le monde. Dans un langage simple, nous vous parlerons de vignerons, de cépages, de terroirs et de millésimes. Toutes les deux semaines, nous aurons la chance d'accueillir le sommelier et journaliste Pascal Patron, qui animera des ateliers au restaurant Les 3 Petits Bouchons – qui a gentiment accepté de nous accueillir – et offrira des petits trucs sous forme de capsules vidéo.
Il est important de savoir que nous sommes des amateurs et non pas des connaisseurs en œnologie. Nous espérons toutefois que cette expérience vous inspirera.
Au plaisir de vous faire voyager dans un verre,
La Bande des vins
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Tant qu’à boire, vaut mieux se taper du bon vin. Guidés par notre sommelier Pascal Patron, la Bande des vins a eu la main heureuse cette semaine, en choisissant trois bonnes bouteilles de France et d’Italie. Un blanc ample et minéral, un pinot noir du Nouveau Monde frais et un rouge aux saveurs balsamiques pas piqué des vers.
Existe-t-il réellement meilleur repas après une journée passée dehors à skier, ou tout simplement en regardant une tempête s’abattre sur nous, qu’une raclette, fondue au fromage et autres tartiflettes ?
Dernièrement, la Bande des vins a triché et pas à peu près. Pour souligner notre première année de conflit et nous donner un peu de pep dans le soulier, High Road Communications nous a payé la traite, littéralement, nous offrant quatre bouteilles de rêve.
Pour la Bande des vins de cette semaine, notre sommelier préféré nous a dégoté trois petits vins pleins de caractère. Un caractère qui leur vient probablement du fait que tous sont des produits qui clament haut et fort leurs origines.
Rue Frontenac est publié par les 253 membres en lock-out du Syndicat des travailleurs de l'information du Journal de Montréal. Son nom s'inspire de la rue où se côtoient leurs bureaux et ceux du Journal de Montréal, le «quotidien de la rue Frontenac».
Il fait aussi référence à ce jour d'octobre 1690 où Frontenac a lancé à l'émissaire anglais venu demander la reddition de la ville de Québec qu'il n'avait «point de réponse à faire à votre général que par la bouche de mes canons».
C'est finalement un léger clin d'oeil à une source d'inspiration, Rue89.