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L'adolescent avec une balle dans la tête PDF Imprimer Envoyer
Blogues - Bertrand Raymond sur le trottoir
Lundi, 20 avril 2009 11:31

Triste anniversaire aujourd'hui à Littleton, une fort jolie banlieue du Colorado. Il y a 10 ans, deux étudiants du Columbine High School, motivés par un ardent désir de tuer, ont fait irruption dans l'école, assassinant 12 adolescents et un professeur, et massacrant 24 autres élèves avant de se suicider... Ils s'étaient juré d'en tuer 500.

 
 

C'était à ce jour le plus grand massacre commis dans une école américaine. Des scènes horribles ont été racontées plus tard par des survivants qui avaient échappé aux balles des tueurs.

J'étais à Denver pour les séries de la coupe Stanley, trois semaines après le drame, quand les quotidiens ont publié la photo d'un étudiant de 16 ans, Lance Kirklin, dont le côté gauche du visage avait été reconstruit en partie. Il avait été atteint de cinq balles, dont l'une avait fait éclater son visage.

«I feel great», avait dit l'adolescent, qui avait eu l'idée de s'exposer ainsi en conférence de presse afin que ses amis, répartis dans trois autres hôpitaux, gardent espoir.

L'État du Colorado et l'Amérique entière ont été profondément marqués par cette tuerie qui, en cette journée d'anniversaire, fait replonger les familles des victimes dans ce drame épouvantable. À l'époque, l'Avalanche avait exprimé sa solidarité avec les victimes d'une façon tangible. Pour la durée des séries éliminatoires, ses joueurs avaient porté sur l'épaule un écusson rappelant les initiales du collège. Peu de temps après le massacre, six joueurs roulant dans des véhicules anonymes pour éviter d'alerter les médias avaient visité en privé chacun des hôpitaux, distribuant encouragements et cadeaux aux éclopés.

L'un d'eux, Patrick Ireland, a sans doute été le blessé le plus visible durant l'événement tragique. Des images ont été transmises partout dans le monde, le montrant pendu par une jambe à une fenêtre de la bibliothèque du deuxième étage. Il avait déjà eu le pied droit fracassé par un projectible et deux balles lui avaient transpercé le crâne. L'une d'elles était sortie par l'arrière de la tête et l'autre, on ne sait trop pourquoi, est restée emprisonnée dans son crâne. Cette balle lui tiendra compagnie pour le reste de ses jours.

Une visite marquante

Pierre Lacroix, alors président et directeur général de l'Avalanche, après avoir mis ses joueurs au service des blessés, avait ses entrées dans tous ces hôpitaux à l'accès très limité. Je l'ai accompagné quand il a rendu visite au jeune Ireland à l'hôpital Craig, à Littleton. Un moment particulièrement inspirant que je ne suis pas près d'oublier.

Le moral de l'adolescent était bon. Le côté droit paralysé, il s'exprimait avec une lenteur compréhensible, mais il allait devoir réapprendre à lire et à écrire.

Lacroix avait un cadeau spécial pour lui: un porte-clefs auquel était greffée une coupe Stanley miniature. Un objet à l'usage exclusif des joueurs qu'il avait fait fabriquer pour les inspirer dans leur marche vers la coupe Stanley. Il a glissé la coupe argentée dans la main du courageux patient en lui faisant la promesse de l'inviter à participer au défilé en compagnie des joueurs, un mois plus tard.

Pour l'encourager, Lacroix lui a fait une confidence. «Mon fils Éric jouait avec les Kings de Los Angeles, il y a trois ans, lui a-t-il raconté. Cette saison-là, il a subi deux blessures au visage qui ont nécessité 100 points de suture.»

«Wow! 100 points de suture, j'en ai eu combien, moi?» a demandé Patrick en se tournant vers son père. La scène qui a suivi nous a tous donné des chaleurs. John Ireland a soulevé la casquette de son fils et a commencé à faire le compte sous nos yeux.

«Tu en as eu 15 ici, a-t-il dit en laissant glisser ses doigts sur le point d'entrée de la première balle. Tu en as eu 12 autres ici, a-t-il ajouté en indiquant l'entrée de la seconde balle. Et si ma mémoire est bonne, tu en as eu une bonne vingtaine sur le pied.»

Il y a eu un silence dans la pièce. Les yeux du gros Pierre flottaient dans l'eau. Si je n'avais pas été là pour raconter l'histoire d'un miraculé qui aurait pu mourir de deux balles à la tête ou d'une chute par la fenêtre de l'édifice, j'aurais quitté la chambre en vitesse, le cœur à l'envers.

Trois jours plus tard, les Red Wings de Detroit ont éliminé l'Avalanche. Il n'y a pas eu de défilé à Denver, pas de coupe Stanley, si on fait exception peut-être de celle que Patrick Ireland conservait précieusement dans ses effets personnels.

Ce n'était pas si important, après tout. Patrick avait bien d'autres chats à fouetter. Au cours des mois qui allaient suivre, il allait être très occupé à faire disparaître les cicatrices qui ornaient sa tête et à chasser les images horribles qui perturbaient ses nuits.

Des cicatrices qui lui rappelaient qu'il n'y aurait pas eu de défilé pour lui de toute façon s'il avait été au nombre des victimes.

 

Commentaires (3)

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Un grand journaliste
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Un petit mot M. Raymond pour vous dire que vous resterez pour toujours un des meilleurs journalistes sportifs que le Québec est connu. En espérant que ce triste lock-out ne vous fera pas le déshonneur de finir votre carrière sur le trottoir. Ne lâchez pas, puisqu'on adore vous lire.
Anthony Marcotte , avril 22, 2009
Merci
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Très beau texte M. Raymond...
Marco , avril 21, 2009
L'essentiel.
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Bonjour M.Raymond!
Je lis toutes vos chroniques avec beaucoup d'intérêt.Merci de nous rappeler que dans la vie il y a des évennements plus importants que la coupe stanley,lacoupe grey,la série mondiale ou le super bowl.Il ne faut pas nier l'importance du sport comme développement d'une personne mais cela dois rester pour les spectateur un loisir,oui c'est merveilleux quand notre équipe gagne mais iln'y a pas de quoi faire une dépression si on se fait batrre paar Boston cette année.Bonne séries à tous les fans.
Aurélienne Morin , avril 20, 2009

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