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Malartic: le grand dérangement pour des milliers d’onces d’or PDF Imprimer Envoyer
Affaires - Économie
Écrit par Yves Chartrand   
Mardi, 14 avril 2009 15:38
Mise à jour le Jeudi, 16 avril 2009 21:13

MALARTIC – La paisible petite ville de Malartic est envahie depuis plusieurs mois par les grues, les camions remorqueurs et les constructeurs. Ce boom-town de 3 500 habitants fondé par une première ruée vers l’or au début du siècle fait l’objet présentement d’un grand dérangement pour permettre à la compagnie minière Osisko d’aller chercher des milliers d’onces d’or qui se trouvent encore dans le sous-sol, en bonne partie sous la ville. Pressée d’extraire le métal jaune, la compagnie n’a même pas attendu d’avoir son certificat d’autorisation.

 
 

Joseph Côté, un mineur à la retraite, complétait mardi midi le déménagement des meubles de sa modeste maison au 531, rue Central. Et il pestait devant «tout le trouble que ça donne».

Sa maison sera déracinée le 22 avril et sera transportée dans un nouveau quartier, où de nouvelles fondations l’attendent. Pour faire cette opération peu ordinaire, Osisko lui a consenti 5 000 dollars après une entente de gré à gré.

Malgré tout, l’homme considère que la mine à ciel ouvert géante qui avoisinera bientôt la ville est «un bon projet». «Ça va créer beaucoup d’emplois et d’activités économiques. On peut pas être contre cela», dit-il.

C’est un peu le sentiment général qu'on retrouve chez les citoyens. Ceux-ci assistent à ce grand dérangement comme à une pièce de théatre surréaliste. Dans les restaurants et les dépanneurs où les gens ont l’habitude de siroter un café, on ne parle que de ça.

«C’est vrai que ça brasse pas mal, mais que voulez-vous que l’on fasse devant un projet d’un milliard de dollars? On peut pas refuser», dit d’un air résigné un citoyen attablé au restaurant Kool, en bordure de la route 117.

 
Plusieurs maisons de Malartic seront transportées dans un nouveau quartier. Photo Pierre-Paul Poulin
 

Même l’église

Sur les 200 maisons que la compagnie Osisko veut retirer du vieux quartier de la ville, 80 ont déjà été transportées ou démolies. S’y ajoutent deux écoles primaires, un centre d’accueil pour personnes âgées et le centre de la petite enfance Bambin Câlin, presque neuf. Et si on fait écho aux rumeurs qui courent dans les rues ici, la superbe église de briques claires pourrait aussi subir le même sort, de même que la route 117, qui pourrait être carrément déviée pour permettre l’exploitation aurifère.

C’est dans cette ambiance de klaxons de camions et de vombrissement de grues que se déroule mardi soir la seconde partie des audiences du BAPE, au sous-sol de l’église de Malartic.

La commission du BAPE a pout mandat d’étudier les impacts du projet de mine à ciel ouvert d’Osisko. Le président de la commission d’enquête, Pierre Fortin, et le commissaire Jacques Locas devront produire un rapport dans lequel ils recommanderont à la ministre de l’Environnement, Line Beauchamp, d’accepter ou non le projet. Et la ministre devra ensuite faire sa propre recommandation au Conseil des ministres, qui autorisera ou non le projet, une décision qui devrait tomber quelque part au milieu de l’été.

«Une grosse joke»

Mais pour Henri Jacob, président de l’Action Boréale, cette commission «est une grosse joke». Qu'Osisko amorce son projet sans même avoir l’autorisation du gouvernement prouve que «tout est déjà décidé» et que les audiences publiques ne changeront rien. «En connaissez-vous, des compagnies qui investissent des dizaines de millions avant d’avoir la certitude que leur projet sera approuvé? Moi pas», dit-il.

Le maire de Malartic a eu une réponse très suave lorsque nous lui avons posé la question. «La compagnie prend un risque. Mais ils doivent être assez sûrs de leur coup puisque Osisko a déjà dépensé 300 millions de dollars pour ce projet», dit André Vezeau. On le comprend, le maire est d’accord avec l’ouverture d’une mine géante en bordure de sa ville.

«Une compagnie qui veut investir un milliard de dollars et créer 900 emplois dans une ville en déclin de 3 500 habitants, on peut pas être contre ça, dit le maire Vezeau. GM ne viendra jamais à Malartic installer une usine de chars. Ici, c’est les minières et les forestières. Si demain on dit qu’il n’y aura pas de mines, alors on est mieux de fermer l’Abitibi et de ramener les gens à Montréal. Ce qui marche ici, c’est l’or, il n’y a personne qui va venir faire autre chose.»

Risques et périls

Au cabinet de la ministre de l’Environnement, on abonde dans le même sens. Si Osisko a décidé de s’activer avant même d’avoir son certificat d’autorisation, «c’est à ses risques et périls», soutient Dave Leclerc, l’attaché de presse de Line Beauchamp. La compagnie, ajoute-t-il, «n’a eu aucune garantie que son projet serait approuvé, sinon le processus du BAPE serait discrédité».

Selon le porte-parole, Osisko ne transgresse aucune loi environnementale en procédant de façon précoce au déménagement des maisons de tout un quartier. Le mandat du BAPE concerne uniquement les impacts sur l'environnement qu’entraînera l’ouverture d’une mine à ciel ouvert. Quant à la délocalisation des maisons, «cela est strictement du ressort des autorités municipales, pas du ministère de l’Environnement».

Pourtant, le ministère de l’Environnement s’appelle aussi ministère du Développement durable, dont la loi, adoptée par le gouvernement libéral en 2006, stipule que l’on doit tenir compte dorénavant des impacts économique, environnemental et social d’un projet industriel. Là-dessus, Dave Leclerc est beaucoup moins volubile. Il affirme ne pas connaître toutes les nuances de cette loi.

À lire aussi: Une mine gigantesque sans précédent au Québec

Commentaires (11)

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Ne soyons pas hypocrite
0
Je suis directeur des opérations d'une compagnie minière. Il est juste de critiquer nos erreurs, nous sommes des humains et il est certain que nous pouvons faire mieux. Cependant on ne peut d'un coté vouloir interdire l'exploitation des ressources naturelles et de l'autre utiliser des métaux. Il y a un petit groupe au Mali qui est cohérent, ils refusent tout modernisme absolument tout, pas de roulement à bille pour leur charrettes pas de souliers.
Michel , avril 18, 2009
On colonise...!
0
Comme Jacques Cartier, Osisko a voulu acheter tous les citoyens de Malartic en donnant une dinde à Noel aux 1200 familles et trois petits pots de confiture aux 200 familles du quartier sud. Puis le mois dernier elle a montré son visage hideux de
capitaliste, en boycottant le petit journal communautaire de Malartic parce que celui-ci avait osé parler des inquiétudes des citoyens devant ce projet qui les affectait profondément.
Quel déshonneur pour Osisko et quelle lâcheté..! ! !
robert rousson , avril 18, 2009
Je suis d'accord.
0
Oui je suis d'accord avec toi M. Valiquette. Quel scandale de mettre dans la rue des journalistes de cette envergure! Pour le dynamisme de notre démocratie, soyons solidaire de ceux qui font de la vraie nouvelle.... Merci Monsieur Chartrand.
F.Iordanoff , avril 17, 2009
Bravo M. Chartrand
0
Votre article est très bon. Je l'ai dévoré des yeux jusqu'à la fin. Votre expérience prouve bien à Québecor qu'il ne peuvent se passer de gens aussi extraordinaire que vous. Ne lâchez pas votre excellent travail. Et SO SO SO Solidarité !
M. Valiquette , avril 17, 2009
C'est un viol !
0
Vous avez écrit : ""Qu'Osisko amorce son projet sans même avoir l’autorisation du gouvernement prouve que «tout est déjà décidé» et que les audiences publiques ne changeront rien. «En connaissez-vous, des compagnies qui investissent des dizaines de millions avant d’avoir la certitude que leur projet sera approuvé? Moi pas», dit-il.''

Quel capitaliste sauvage !

Quel chien !

Et pourquoi les profits générés par nos ressources naturelles iraient dans les poches du privé et pas dans les nôtres.

Ils perdront tout l'argent qu'ils auront investi dans ce projet en plus des dommages et intérêts. Charest et Bachand qui dilapident nos avoirs ne seront pas éternellement au pouvoir. Eux aussi d'ailleurs vont passer au ''cash'' pour réparer les pots cassés.

Jeanne du Lys
Jeanne du Lys , avril 16, 2009
...
0
Si jamais ce projet se fait arreter en raison des manifestations, nous devrons demander a Desjardins d'engager 900 travailleurs a minimum 50000$/annee. c'est bien beau l'environnement, mais il ne faut pas oublier que le territoire de l'abitibi existe en raison des ressources naturelles. si il est maintenant impossible d'exploiter le bois, le sol et les rivieres, je ne vois aucune raison de garder cette region ouverte.
ce n'est surement pas le touriste qui sauvera l'abitibi. enlevez les mines et les moulins de bois et il ne restera que des hopitaux, des ecoles et des policiers aux services des chomeurs.
p.s. j'habite l'abitibi
marc , avril 15, 2009
cycle
0
Pis quand il n'y aura plus d'or ils vont sacré tout le monde dehors pis ils vont laisser tout leurs déchets sur place, comme dans certain endroits dans le nord du Québec.

Quelle vision à court-terme...
darksid_1 , avril 15, 2009
...
0
On ne peut être contre 900 nouveaux emplois, mais on peut être contre que tous les géants miniers exploitent nos sols du Québec gratuitement.
Amir Khadir à fait une sortie la-dessus dernièrement.

Aujourd'hui l'or et demain se sera quoi? notre eau potable?

Il est plus que temps que notre gouvernement mette ses culottes et demande les redevances de l'explotation de nos terres Québécoise.
Patriote Cormier , avril 15, 2009
Nous n'apprenons pas de nos erruers
0
Alors que les environnementalistes se demandent s'il est encore possible de renverser la vapeur (concernant la destruction de notre propre environnement), les grosses compagnies à fabriquer du cash se donnent à coeur joie dans ce type de projet. On ne peut leur demander d'avoir une éthique sans reproche, leur seul but est de satisfaire les actionnaires. On ne peut demander non plus aux individus de prendre une décision qui leur ferait personnellement du tord (comme de refuser de travailler dans de tels projet) puisqu'ils savent très bien que quelqu'un d'autre le fera à leur place. C'est plutôt à nos élus, nos décideurs, de prendre des décisions éclairées car ceux-ci ont une meilleure perspective et sont là pour considérer le bien du plus grand nombre, et ce à long terme. Mais ils semblent trop occupés à se mettre la tête dans le sable... peut-être cherchent-ils eux aussi de l'or????

Comme le dit si bien Hervé Kempf. "Pour sauver la planète, sortons du capitalisme". Mais pour ce faire, ils faut prendre des décisions qui rapporteront à moyen terme, donc peu populaires pour se faire réélire. Il semble que notre société est incapable de tolérer le délai entre une action posée et la satisfaction qu'elle rapporte. Exactement comme les jeunes enfants... Sommes-nous en train de régresser collectivement?

Souhaitons-nous bonne chance... nous en avons besoin, en attendant de nous réveiller et de se prendre en main...
Pascale , avril 15, 2009
Plus ça change....
0
Les gens ne le savent peut-être pas mais cette compagnie est en train de refaire le même coup aux citoyens de Malartic qu'au début du siècle dernier.

Roc d'Or,ça vous dit quelque chose?

Les gens préféraient aller s'installer à Roc d'Or,à la sortie de Malrtic,direction Rouyn-Noranda car le sol y était dur et rocailleux plutôt qu'à Malartic,qui était un marais,à l'époque,donc des terrains essentiellement argileux (la fameuse glaise).

Les mines de l'époque,avec la complicité des gouvernements ont obligé les citoyens de Roc d'Or à aller s'installer sur les terrains de Malartic.Quitte à détruire certaines maisons au passage...

Ce sont des faits historiques.
Sylvain Dessailly , avril 15, 2009
...
0
moi je veux une job !!! ou sont les feuilles d application ????
christian , avril 15, 2009

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