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Une annonce «stratégique» de la Caisse de dépôt PDF Imprimer Envoyer
Affaires - Opinion
Écrit par Géraldine Martin   
Mardi, 18 août 2009 13:08
Mise à jour le Mercredi, 19 août 2009 11:33

Revenons sur le rendement nul de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Après tout, on peut bien se le permettre. C’est notre bas de laine...

Eh bien, le moins qu’on puisse dire, c’est que la Caisse s’en est bien tirée avec son annonce de la semaine dernière.

Malgré les mauvaises nouvelles, l’institution financière a fait parler d’elle quoi, une journée? deux? À peine.

Tout un contraste avec l’annonce des pertes annuelles historiques de 39,8 G$, qui avait déclenché un tsunami médiatique et politique, en début d’année.

En fait, le timing était parfait. D’abord, c’est l’été. Les Québécois ne sont pas là ou bien ils ne veulent rien savoir de l’actualité.

Idem pour les députés, qui n’ont pas lâché BBQ, piscine et gougounes pour réagir à cette annonce.

Enfin, la Caisse peut remercier l’équipe Spectra, qui a accaparé les médias en annonçant un changement de calendrier dans l’organisation des FrancoFolies, provoquant une guéguerre des festivals pendant une bonne semaine.

Bref, côté image, la Caisse a limité la casse. Mieux: d’une certaine façon, Michael Sabia, le nouveau président et chef de la direction de la Caisse, a répondu aux préoccupations des Québécois puisque pour la première fois, l’institution a levé un pan de voile sur ses finances en plein milieu d’année.

Certains diront que tant qu’à faire, le dirigeant aurait pu donner le portrait complet, mais c’est déjà mieux que rien.

Une sortie exceptionnelle

Cependant, ne vous y trompez pas. Ce n’est pas parce que la Caisse s’est légèrement dévoilée au beau milieu de l’été qu’elle répétera l’exercice l’an prochain. C’est uniquement l’ampleur des changements qui a poussé M. Sabia à publier quelques chiffres.

Jamais le dirigeant n’a dit que la Caisse allait désormais livrer de l’information à mi-parcours. Les choses changeront peut-être un jour, mais pour l’instant il s’agit d’une situation exceptionnelle, nous a confirmé Maxime Chagnon, le porte-parole de la Caisse.

Il y a par contre un avantage pour un nouveau dirigeant à annoncer rapidement de mauvaises nouvelles. À moins d’une débandade sur les marchés financiers, M. Sabia devrait pouvoir présenter de meilleurs chiffres lors de ses prochains résultats annuels.

Quand on est au creux, on ne peut que remonter. Évidemment, cela implique qu’on ne trouve pas de nouveaux squelettes dans le placard....

L’immoblier sous l’ère Rousseau

Le dernier en date concerne les investissements de la Caisse dans l’immobilier. Selon les informations divulguées la semaine dernière, c’est ce secteur qui a coulé l’institution financière au premier semestre.

La Caisse a pris un nouveau virage dans l’immobilier sous la gouverne d’Henri-Paul Rousseau, arrivé à la tête de l’institution en 2002.

Concrètement, la Caisse a commencé à véritablement développer le créneau des prêts subordonnés en 2003. L’objectif est clair: «Faire du financement hypothécaire une catégorie d’actif propre à générer des rendements supérieurs à ceux des titres à revenu fixe traditionnels», indique le rapport annuel de 2003 de la Caisse (page 37).

Il faut comprendre que les prêts subordonnés sont plus risqués que le traditionnel prêt hypothécaire de premier rang. Par exemple, lorsqu’il y a défaut de paiement qui conduit à la vente d’un immeuble, les institutions qui ont accordé ce type de prêts ne sont jamais remboursées les premières. En contrepartie, elles bénéficient d’un taux d’intérêt plus élevé.

Mardi dernier, la Caisse a annoncé son retrait de ce secteur qu’elle juge aujourd’hui trop risqué. Il n’y a pas si longtemps, ce type de financement était pourtant une priorité: «En 2004, la croissance du financement immobilier s’est poursuivie par des investissements sous forme de dette subordonnée sur les marchés privés et publics au Canada et aux États-Unis.

Cette croissance et cette diversification du portefeuille Financements hypothécaires continueront de faire partie des priorités du groupe Immobilier», indique le rapport annuel de 2004 (page 60).

Un virage qui a porté fruit

Il faut dire qu’à l’époque, la stratégie porte fruit. En 2004 et en 2005, le groupe immobilier est la division qui offre le meilleur rendement, soit 22,7% et 26,4%, respectivement. Alors la Caisse continue à investir dans ce créneau. En 2006, le rendement atteint encore 20,2% mais par la suite, les choses se corsent. La crise immobilière anéantit le secteur et les rendements s’effondrent, passant de 12% en 2007 à –16,1% en 2008.

L’ironie, c’est que M. Rousseau ne s’est pas gêné à son arrivée pour critiquer la stratégie de son prédécesseur (Jean-Claude Scraire), une stratégie qui avait accordé beaucoup trop de place, selon lui, aux marchés boursiers et à certains titres du secteur des technologies, des médias et des télécommunications qui ont par la suite été frappés par l’éclatement de la bulle.

«Au cours des trois dernières années, la Caisse a payé le prix d’une stratégie qui avait donné d’excellents résultats au cours des années précédentes», disait-il dans son premier message aux actionnaires, en 2002 (rapport annuel de 2002).

L’histoire se répète aujourd’hui. Entre 2004 et 2006, la Caisse a en effet dégagé d’excellents rendements (voir tableau), mais en 2007 et
en 2008, l’institution financière a payé en partie le prix de sa stratégie.

Le fameux papier commercial (PCAA) a particulièrement fait mal. À ce chapitre, la Caisse a annoncé mardi qu’elle devait prendre une nouvelle provision de 400 M$ reliée au PCAA.

Aussi, au 30 juin, la provision totale s’élevait à 6 G$ puisque la Caisse avait déjà provisionné 5,6 G$ depuis l’éclatement de la crise en 2007. Cette radiation représente 47% du montant initial de papier commercial évalué à 12,8 G$. Cela signifie que la Caisse croit qu’elle pourrait perdre près de la moitié de cet investissement.

Rebâtir une équipe

Il reste encore un hic. Selon les informations livrées par la Caisse mardi dernier, le rendement de ses placements autres que ceux réalisés dans le secteur de l’immobilier, soit par exemple ceux réalisés en Bourse, était de 5% au 30 juin dernier.

C’est inférieur au rendement médian des gestionnaires de caisses de retraite, qui tournait autour de 6,5% au cours de la même période.

Bref, la Caisse a complètement loupé le rebond des marchés boursiers du début d’année. Par exemple, le S&P/TSX a bondi de 17%.

Pire, en 2008, la Caisse a carrément réduit son exposition aux marchés boursiers au moment où justement il aurait été bon de l’élargir. Au 31 décembre 2008, la part de l’actif net des déposants placé dans les marchés boursiers se chiffrait à 22,4%, contre 36,3% un an auparavant.

C’est maintenant clair. M. Sabia doit rapidement rebâtir une solide équipe de gestionnaires. Le travail a commencé. En avril dernier, plusieurs dirigeants ont quitté la Caisse, comme François Grenier, qui était premier vice-président aux marchés boursiers.

M. Sabia a également recruté Roland Lescure, un directeur de Groupama Asset Management, une grande société de gestion de portefeuille française, qui deviendra à l’automne son bras droit au poste de premier vice-président et chef des placements.

Mais il y a urgence. Si la Caisse s’en est bien tirée cet été côté image, elle doit maintenant montrer qu’elle peut récupérer nos billes. Une question d’argent, mais aussi de dignité.

TABLEAUX

Rendement global de la Caisse depuis huit ans.
2001: –4,99%
2002: –9,57%
2003: 15,2%
2004: 12,2%
2005: 14,7%
2006: 14,6%
2007: 5,6%
2008: –25%

Source: rapports annuels

Rendement du secteur immobilier depuis 2003
2003: 15,5% (immeubles) / 9,6% (financement hypothécaire)
2004: 22,7%
2005: 26,4%
2006: 20,2%
2007: 12%
2008: –16,1%

Source: rapports annuels

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